Le président américain Donald Trump, impliqué dans l’industrie des sports de combat aux États-Unis, a usé de ses liens avec le magnat de l’UFC Dana White pour obtenir l’organisation d’un évènement inédit à la Maison Blanche le 14 juin prochain, jour de son anniversaire. Le même schéma se reproduit avec le président de la FIFA Gianni Infantino, qui n’hésite pas à céder aux exigences du milliardaire à l’approche de la Coupe du monde 2026 organisée sur le sol américain, et souligne la manière dont le chef d’État utilise le sport pour valoriser son image et diffuser sa doctrine politique.
Depuis son retour à la Maison Blanche, l’emprise de Donald Trump sur la politique internationale est difficile à contester. Guerre en Ukraine et à Gaza, volonté d’annexion du Groenland, interventions militaires au Venezuela et en Iran… le président américain est présent sur tous les fronts et n’hésite pas à user de son statut et de la diplomatie comme des moyens de se placer sur le devant de la scène.
Cette influence et ce rapport de force exercés par Donald Trump, le monde du sport n’y échappe pas non plus. D’autant plus que la relation entre l’homme d’affaires américain et la sphère sportive remonte déjà à plusieurs décennies, et que le début de son second mandat présidentiel a débuté un an tout juste avant une année 2026 faste sur le plan sportif. Une occasion rêvée pour lui de se rendre toujours plus incontournable, à l’approche notamment de la Coupe du monde 2026 organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique en juin prochain.
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Infantino-Trump, une relation courtisan-courtisé ?
Au cœur de ce rendez-vous sportif planétaire, l’étroite relation qu’entretiennent Donald Trump et le président de la FIFA Gianni Infantino a pris une place prépondérante. Depuis plusieurs années, les deux hommes multiplient les apparitions communes, que ce soit dans le Bureau ovale, lors de la première réunion du Conseil de la paix à Washington en février ou encore lors de la remise en grande pompe du Prix de la paix de la FIFA au président américain en amont du tirage au sort de la Coupe du monde en décembre dernier.
À tel point que certaines organisations non gouvernementales s’interrogent sur la neutralité politique du dirigeant suisse vis-à-vis du président des États-Unis, à l’image de l’ONG FairSquare qui avait saisi la Commission d’éthique de la FIFA en décembre après la récompense décernée à Trump par Infantino.
« Leur relation, on la qualifie parfois de « bromance », mais je pense qu’il y a surtout une relation gagnant-gagnant voire même parfois une position de courtisan de la part d’Infantino vis-à-vis de Trump, alors qu’en général c’est plutôt le chef politique du pays hôte qui cherche à avoir un rapport d’égal à égal avec le président de la FIFA. Infantino veut s’associer à l’homme le plus puissant du monde pour faire briller sa compétition et briller lui-même. (…) Il ne se voit plus seulement comme le président d’une organisation internationale sportive, mais comme le pape du football et un peu l’égal des chefs d’États », analyse Kévin Veyssière, spécialiste de la géopolitique du sport et fondateur du site FC Geopolitics. « Donald Trump, lui, utilise tout évènement qui peut mettre en lumière les États-Unis et qu’il peut tordre pour mettre en avant sa vision politique, sa doctrine MAGA (…). Ça ne peut que favoriser cette extrême politisation de la Coupe du monde. »
« Une vitrine pour exposer sa vision des États-Unis »
Dernière exemple en date : Paolo Zampolli, un proche conseiller de Donald Trump, a confirmé avoir demandé à la FIFA d’exclure l’Iran du tournoi en faveur de l’Italie – non-qualifiée après sa défaite en barrages contre la Bosnie-Herzégovine – dans un contexte de guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis et l’Iran. Interrogé sur ce sujet, le président américain a nié son implication dans cette requête auprès de la FIFA, alors qu’il avait lui-même déclaré en mars sur son réseau Truth Social que « l’équipe nationale d’Iran est la bienvenue à la Coupe du monde, mais je ne pense pas que ce soit approprié pour eux d’y participer, aussi bien pour leur propre vie que pour leur sécurité ».
« Donald Trump peut certainement influencer Infantino sur certains points de la Coupe du monde. Mais de là à obtenir le retrait de la sélection iranienne, c’est de la pure science-fiction. Cela mettrait la FIFA dans une position qu’elle n’aime pas du tout, en créant un précédent politique du fait de la situation géopolitique. Et à chaque Coupe du monde, on lui ressortirait ce cas de l’Iran », tempère Kévin Veyssière, qui évoque notamment des solutions de repli avec les autres pays hôtes.
« On n’avait jamais vu Trump impliqué sur la question du football auparavant. Mais cette compétition, c’est l’un des plus gros shows médiatiques au monde, vu par presque 5 milliards de téléspectateurs, qu’il instrumentalise autour de sa personne », poursuit-il. « La Coupe du monde, ça n’est pas que du football. C’est une vitrine pour exposer sa vision des États-Unis au monde », résume Kévin Veyssière. Les prix exorbitants des billets pour assister aux matchs, les restrictions de visas pour les supporters étrangers, ciblant notamment 26 pays africains, ou encore les raids de la police de l’immigration américaine (ICE) sont autant d’exemples qui alertent déjà les observateurs.
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Le MMA, une sphère appréciée par le trumpisme
Si Donald Trump semble à présent vouloir investir les pelouses de football, son intérêt occupe depuis bien plus longtemps les cages et octogones des sports de combat. Dès la fin des années 1980, le milliardaire américain a commencé à bâtir des liens avec la World Wrestling Entertainment (WWE), la plus puissante fédération de catch au monde, et ses fondateurs Vince et Linda McMahon. En 2007, Trump participera lui-même au show en combattant McMahon lors de la « Battle of the Billionaires » (La Bataille des Milliardaires) à l’occasion du WrestleMania 23. Il sera ensuite intronisé au Hall of Fame de l’organisation en 2013, et choisira même Linda McMahon comme secrétaire à l’Éducation des États-Unis au début de son second mandat présidentiel en mars 2025.
Mais avec l’émergence de nouveaux sports de combat, c’est sur le MMA que Donald Trump a désormais jeté son dévolu. Proche de Dana White, le sulfureux président de l’UFC et soutien inconditionnel du milliardaire lors de la campagne présidentielle, Trump assiste régulièrement à des shows de l’UFC comme celui du 12 avril dernier où il s’est rendu à Miami alors que les négociations avec l’Iran battaient leur plein au Pakistan.
« Le MMA est une culture très présente aux États-Unis, donc il y a des objectifs de visibilité intérieure. Le message politique, c’est de dire qu’il s’associe à un sport de combat, un sport assez viriliste qui est en adéquation avec la doctrine trumpienne. (…) Il choisit ses sports par rapport aux sportifs et aux dirigeants qui sont en accord avec sa doctrine. Par exemple, le football américain qui est proche du mouvement Black Lives Matter n’en fait pas partie. La mi-temps du Super Bowl avec le spectacle de Bad Bunny avait pu en témoigner », rappelle Kévin Veyssière.
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Côté MMA, le plus grand coup d’éclat du président américain reste à venir avec l’UFC Freedom 250 organisé à la Maison Blanche le 14 juin prochain pour célébrer à la fois son propre anniversaire et commémorer les 250 ans de l’indépendance des États-Unis. Signe de l’importance de l’évènement, Trump a même obligé le prochain sommet du G7 à décaler ses dates pour ne pas empiéter sur les festivités.
« C’est stratégique pour lui, s’associer à ces shows permet de montrer l’image d’un président en forme qui s’associe à un sport de combat. Il y a aussi l’idée aussi de vouloir aller outre l’image d’un Joe Biden qui était un peu plus dépassé, il cherche toujours à avoir une position assez offensive. (…) Il a tout intérêt à instrumentaliser la séquence de juin qui arrive pour faire passer ses messages à travers le sport », explique Kévin Veyssière.
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Des « variables » à prévoir
Pourtant, rien ne garantit à Donald Trump de ressortir totalement gagnant de cette Coupe du monde, ni de réussir systématiquement à s’accaparer les événements sportifs majeurs organisés sur le sol américain. « Les États-Unis entrent dans une séquence incroyable puisqu’ils organisent la Coupe du monde 2026 et les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Mais ce sera plus compliqué pour lui d’instrumentaliser les JO, parce qu’ils sont organisés en Californie, où l’on trouve une politique démocrate et anti-Trump. (…) D’autant plus que le CIO se détache beaucoup plus des chefs d’État », analyse l’expert en géopolitique du sport.
« Alors qu’avec la FIFA, il a toutes les cartes en main pour instrumentaliser la compétition et faire en sorte que ça soit la Coupe du monde de Trump, poursuit-il. Mais il y a quand même pas mal de variables durant la compétition qui peuvent faire qu’à la fin, ça ne soit pas une victoire pour son image et pour sa vision des États-Unis. »
« FC Geopolitics – Mondial – Nouvelle édition 2026 », de Kévin Veyssière. À paraître le 21 mai 2026 aux Éditions Max Milo.
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