Dengue et chikungunya : la France en alerte face au moustique tigre, vigilance accrue en Guyane et à Mayotte
La dengue, le chikungunya et Zika sont « une priorité de santé publique » contre lesquels il ne faut « pas baisser la garde« . Tel est le message des autorités sanitaires lors d’un point presse mercredi 6 mai pour évoquer la surveillance renforcée des maladies transmises par le moustique, surveillance qui s’est ouverte le 1er mai et durera jusqu’au 30 novembre.
Avant d’évoquer les points de vigilance pour l’été 2026, le Dr Harold Noël, directeur adjoint de la direction des maladies infectieuses de Santé publique France, est revenu sur 2025, « année record pour le chikungunya » dans l’Hexagone avec 2.398 cas importés et 809 cas autochtones.
Cette ampleur inédite est due à l’épidémie qui a sévi dans l’océan Indien et notamment à La Réunion avec plus « de 54.000 cas confirmés« , et à Mayotte. La transmission a été favorisée par « le fait que la souche principale responsable de ces cas […] avait une mutation particulièrement adaptée aux moustiques tigres« , détaille le Dr Noël. Le virus a également pu circuler davantage du fait de la « densité importante » de moustiques tigres qui ont proliféré à cause « des températures élevées dès le début de la saison« .
De nouvelles régions touchées
Si des foyers importants ont été détectés dans des territoires où le moustique tigre (Aedes albopictus) est implanté depuis longtemps comme la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, de nouvelles zones ont été « touchées comme la Bourgogne-Franche-Comté, le Grand Est et la Nouvelle-Aquitaine« .
Cette propagation du chikungunya est révélatrice d’une progression continue de l’Aedes albopictus depuis son arrivée en 2004 à la frontière italienne : « Maintenant ce moustique est présent dans 83 départements » sur les 96 de l’Hexagone.
« Il y a vraiment maintenant une large partie du territoire qui est totalement réceptive à la possibilité de transmettre de façon autochtone ces virus, et c’est pourquoi il faudra être particulièrement vigilant cette année« , alerte le directeur adjoint de la direction des maladies infectieuses de Santé publique France.
Guyane et Mayotte dans le viseur
Pour l’instant, les autorités sanitaires ont recensé depuis début 2026 moins de 200 cas importés de chikungunya, et sur les relevés hebdomadaires, moins de 20 cas importés de dengue par semaine. « C’est sans commune mesure avec ce qu’on va avoir dans les semaines à venir« , prévient le Dr Noël.
Les autorités sanitaires s’intéressent notamment aux Outre-mer, du fait des nombreux « échanges » avec l’Hexagone. La transmission de la dengue « reste modeste » aux Antilles, mais elle « se maintient » avec « 30 à 40 cas par semaine » en Martinique.
Elles suivent de plus près les cas de chikungunya dans les territoires ultramarins, notamment en Guyane où 204 cas ont été rapportés depuis le début de l’année. Une épidémie « a été déclarée depuis peu dans la zone littorale ouest à la frontière avec le Suriname où on a un virus chikungunya circulant qui, lui, n’a pas de mutation d’adaptation Aedes albopictus mais qui doit quand même réclamer un certain nombre de vigilances« .
La situation à Mayotte semble « plus préoccupante » avec « près de 1.000 cas qui ont été rapportés depuis le début de l’année » avec la même souche que l’an dernier adaptée aux moustiques tigres. Les autorités sanitaires se veulent néanmoins rassurantes en soulignant que « la transmission semble se ralentir » : « On est passé d’une centaine de cas hebdomadaires à à peu près 48 cas hebdomadaires dans les dernières semaines de surveillance« .
Vers une circulation tous les étés
Si le directeur adjoint de la direction des maladies infectieuses de Santé publique France reconnaît qu’il n’existe « pas de modèle qui permette d’une année à l’autre de pouvoir prédire le nombre de cas autochtones« , il sait cependant que « des travaux de modélisation » européens montrent une tendance à « voir de la recirculation tous les étés du chikungunya, de la dengue voire du Zika« .
Son inquiétude se porte notamment sur la dengue qui, contrairement au chikungunya, est un virus qui circule toute l’année, « partout dans le monde« , d’où l’importance de rester vigilants en adoptant des mesures de protection individuelles et collectives.
« On va beaucoup s’inspirer de ce qui est fait en Outre-mer où nos collègues ont l’habitude depuis de nombreuses années de mettre en place ces actions-là« , commente Marie Bâville, cheffe du centre de crises sanitaires de la Direction générale de la Santé du ministère chargé de la Santé.
Interrogée par Outre-mer la 1ère sur les innovations développées comme la technique de l’insecte stérile renforcée à La Réunion, elle répond qu’un soutien financier est assuré « par le biais de France Expérimentation pour permettre de développer ces techniques alternatives« , mais qu’il n’est pas prévu dans l’immédiat de les déployer dans l’Hexagone. « On va voir effectivement à l’avenir comment on pourra les introduire dans les techniques de lutte anti-vectorielle et ainsi peut-être progressivement prendre la place des produits biocides« , conclut-elle.
Au-delà des mesures nationales, elle rappelle les bons gestes pour tout un chacun comme éliminer tous les points d’eau (dans les pots de fleurs, les boîtes de conserve, les arrosoirs…) car ils peuvent servir aux femelles moustiques de gîte larvaire pour pondre. Porter des vêtements couvrants et utiliser des répulsifs font également partie de l’arsenal de protection.
Campagne de vaccination en Guyane ?
Quant à la vaccination, « elle est principalement proposée aujourd’hui dans les zones où il y a des contextes épidémiques comme les Antilles, la Guyane ou encore Mayotte ou La Réunion« , poursuit-elle. Interrogée sur les recommandations actuelles concernant le chikungunya après un décès et des réactions graves lors de la campagne de vaccination l’an dernier à La Réunion, elle a affirmé que deux vaccins sont aujourd’hui disponibles, Ixchiq et Vimkunya.
« On a eu des effets indésirables qui étaient au nombre de 17 sur ces 3.250 vaccinations et qui ont amené la Haute Autorité de santé à ajuster ses préconisations [sur le vaccin Ixchiq, NDLR] et donc à retirer la recommandation d’usage pour les personnes de 65 ans et plus, reconnaît la cheffe du centre de crises sanitaires. Ce qu’on a en plus cette année, c’est un nouveau vaccin qui permet de couvrir cette cible de population. »
Les autorités sanitaires ont donc « demandé à la Haute Autorité de santé de produire progressivement des recommandations sur l’usage de ces vaccins, en particulier sur les zones épidémiques.«
« On s’intéresse en particulier à la Guyane et à Mayotte en ce moment« , indique Marie Bâville qui révèle que l’ARS de Guyane « travaille sur une campagne de vaccination qui pourrait être mise en place prochainement« .
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