Des milliers de bâtiments et de routes seront menacés par l’érosion et les inondations d’ici la fin du siècle, dans cinq municipalités du sud-est du Nouveau-Brunswick, selon un nouveau rapport. Parmi ces territoires étudiés, Beausoleil et Cap-Acadie sont les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques.
Le rapport, commandité par le ministère des Ressources naturelles et préparé par des scientifiques de l’Université de Moncton et du ministère, s’intéresse aux 1700 km de côtes du Grand Bouctouche (qui comprend les anciennes municipalités de Bouctouche et Sainte-Anne-de-Kent), de Champdoré (Saint-Antoine et Sainte-Marie-de-Kent), de Beausoleil (Grande-Digue et Cocagne), de Shediac et de Cap-Acadie (Cap Pelé, Beaubassin-Est et Grand Barachois).
Les auteurs ont établi deux scénarios différents : un conservateur et un pessimiste. Le premier suppose que l’érosion va continuer à évoluer de manière linéaire selon les taux moyens d’érosion observés jusqu’à maintenant.
Le second se base sur les pires taux de recul de la côte mesurés dans le secteur pour établir l’érosion future. Aucun des deux scénarios ne tient compte d’une accélération potentielle de l’érosion.
Selon le scénario pessimiste, près d’une centaine de bâtiments seraient menacés par l’érosion d’ici 2030, soit dans seulement sept ans, à Beausoleil. Ce chiffre explose à 1125 bâtiments d’ici 2100, soit près de 10 % des bâtiments de la municipalité.
Du côté des routes, ce sont 24 km d’infrastructures qui seraient touchés dans 77 ans, selon le scénario pessimiste, 7,7 km selon le scénario conservateur.
Concernant les inondations extrêmes, comme celles qui sont survenues lors de tempêtes du genre de Fiona par exemple, c’est également la municipalité de Beausoleil qui est la plus touchée.
Lors du passage de la tempête post-tropicale Fiona, la rue Main à Shediac avait été submergée par les eaux. Selon les scientifiques, le niveau monterait beaucoup plus haut lors d’une tempête de la même intensité à l’avenir.
Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère
D’ici 2050, dans moins de 20 ans, le niveau de l’eau pourrait atteindre les 3 mètres lors de ce genre d’événement météorologique. Ces inondations pourraient toucher plus de 2000 bâtiments et plus de 30 km de route.
Le niveau marin monte donc, la même tempête va atteindre des niveaux plus élevés dans l’avenir
, explique l’un des auteurs du rapport, André Robichaud, professeur de géographie à l’Université de Moncton – campus de Shippagan.
Lors du passage de Fiona, les niveaux d’eau avaient atteint les 2,1 mètres. Les scientifiques s’attendent à ce que les niveaux dépasse les 3 mètres lors de futures tempêtes d’une intensité similaire.
À Beausoleil, les conséquences du réchauffement climatique sont déjà réelles dans la municipalité, selon le maire. À l’été, on a perdu notre marina, on a dû la démolir après deux grosses inondations. Les assurances ne voulaient plus assurer les bâtiments
, explique Jean Hébert.
Aider les gouvernements à s’adapter
Du côté de Cap-Acadie, le scénario le plus inquiétant prévoit que 866 bâtiments pourraient être menacés par l’érosion d’ici 2100, contre 459 dans le scénario le plus optimiste.
Près de 1400 bâtiments et 30 km de route seraient touchés par une inondation majeure d’ici 2030.
Même si les données sont moins alarmantes dans les trois autres municipalités analysées, il n’y a aucun endroit où l’érosion et les inondations ne sont pas une menace pour les côtes dans moins de 100 ans.
Le maire du Grand Bouctouche, Aldéo Saulnier, se dit inquiet de la situation et croit que les différents paliers de gouvernement vont devoir mettre la main à la poche pour aider les municipalités face à ces risques.

Le maire du Grand Bouctouche, Aldéo Saulnier, estime que les municipalités ne pourront pas agir sans l’aide des gouvernements.
Photo : Radio-Canada
Il va falloir que le gouvernement donne des montants d’argent assez importants pour qu’on puisse prendre nos responsabilités. La municipalité ne peut pas mettre des millions de dollars pour préserver les côtes, on n’a pas les moyens pour faire ça
, explique-t-il.
L’objectif de ce rapport est de pouvoir donner des données précises aux municipalités pour qu’elles puissent avoir le temps d’adapter leurs infrastructures et de gérer en connaissance de cause leur urbanisme.
L’idée, c’est que les gens, les municipalités, les différents paliers gouvernementaux soient conscients que si on construit dans une zone à risque, les problèmes peuvent survenir et c’est ce qu’on essaie d’éviter
, poursuit André Robichaud.
Une partie des municipalités concernées ont pris connaissance du rapport publié en août. Dans certaines municipalités, il a été présenté à la population lors de réunions publiques ou il le sera.
Avec des informations de Nicolas Steinbach
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