Des scientifiques cartographient pour la première fois les « rivières atmosphériques » en Amérique du Sud

Les rivières ne se présentent pas uniquement telles que nous les connaissons au sol ! Il existe, en effet, des rivières atmosphériques, ou « rivières aériennes », qui sont invisibles à l’œil nu. Dans le ciel, ces dernières prennent la forme d’immenses flux d’humidité traversant en permanence l’atmosphère. Elles permettent d’acheminer de la vapeur d’eau sur des milliers de kilomètres, avant de retomber sous forme de pluie. Bien qu’on ne puisse pas les voir, les rivières aériennes jouent un rôle essentiel pour les écosystèmes.

Dans une étude publiée dans la revue Nature Communications citée par Science Alert, des chercheurs du Conseil national des sciences et technologies de Taïwan (NSTC) ont réussi à cartographier pour la première fois l’ensemble de ces réseaux qui surplombent l’Amérique du Sud. Cette avancée leur a permis de comprendre d’où provient l’humidité qui alimente les pluies du continent et comment elle circule dans l’atmosphère.

Une carte routière céleste de l’humidité

Afin de réaliser cette cartographie des rivières aériennes d’Amérique du Sud, les scientifiques ont combiné des modèles mathématiques et des données climatiques d’observation. Cela leur a permis d’identifier les principaux « bassins versants » de l’atmosphère. Il s’agit de zones où l’humidité est captée grâce à l’évaporation des océans et des sols, ainsi qu’à la transpiration des végétaux, avant d’être transportée par les vents.

Leur étude distingue par ailleurs plusieurs types de rivières aériennes. Les premières correspondent aux portes d’entrée de l’humidité océanique sur le continent, tandis que d’autres jouent un rôle de transit et certaines finissent par libérer leur eau sous forme de précipitations.

Les scientifiques ont, en parallèle, identifié plusieurs points de bascule. Au-delà de certains seuils, l’apport en humidité vers une région peut diminuer brutalement. Ces précisions pourraient permettre de mieux anticiper les conséquences des sécheresses ou des modifications du climat sur les ressources en eau.

Comment le rôle des forêts influence-t-il le fonctionnement des rivières aériennes ?

Si les points d’eau ont un rôle sur ces rivières aériennes, les écosystèmes terrestres sont tout aussi importants. Les arbres permettent, par exemple, d’alimenter continuellement l’atmosphère en vapeur d’eau grâce à la transpiration de leurs feuilles. Préserver les forêts situées dans les zones amont apparaît donc comme un levier majeur pour maintenir ces flux d’humidité.

Parmi les zones critiques, les scientifiques ont identifié le bassin de l’Ucayali au Pérou, où la déforestation pourrait réduire de 5 à 13 % les précipitations annuelles, faisant ainsi chuter de 19 à 50 % le ruissellement annuel. S’ils ont, pour l’instant, travaillé uniquement sur les rivières aériennes en Amérique du Sud, les chercheurs estiment que leur méthode pourrait être appliquée à d’autres continents. « Cela met en évidence l’importance d’intégrer les rivières aériennes dans les cadres de gestion de l’eau », précisent-ils dans leurs travaux.

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