Etienne Laurenceau
Publié le
L’hiver, à La Vieille-Ville, à Saint-Dolay (Morbihan) l’eau recouvre régulièrement une partie de son exploitation. L’été, c’est elle qui manque. Installé avec son épouse Béatrice sur cette exploitation familiale transmise depuis quatre générations, Dominique Balac cultive près de 200 hectares, dont 80 hectares en zone de marais le long de la Vilaine.
Retenues collinaires : la solution ?
La zone, régulièrement inondée en hiver pourrait stocker de l’eau. Alors que les fortes variations climatiques liées au réchauffement climatique s’intensifient, une solution portée par la Chambre d’agriculture et le gouvernement serait les retenues collinaires qui permettraient de stocker naturellement de l’eau en hiver afin de pouvoir l’utiliser pendant les périodes les plus critiques. L’agriculteur pose une condition : « Il faut que le stockage reste économiquement acceptable pour nous. » Pas question d’investir dans de coûteuses bâches d’étanchéité. Il préfère s’appuyer sur une ressource présente sur son exploitation : l’argile des marais, naturellement imperméable.
Situation alarmante
Le projet se heurte toutefois à un autre obstacle. Les parcelles concernées restent classées en zones humides. Des associations environnementales s’opposent à ces aménagements, estimant qu’ils pourraient perturber le stockage naturel de l’eau dans les nappes et les cours d’eau.
Dans les champs, les regards se tournent vers le maïs. Si la chaleur persiste la semaine prochaine, il n’aura pas d’autre choix que d’ensiler plus tôt que prévu.
Habituellement récolté en septembre, le maïs pourrait être coupé avec plusieurs semaines d’avance. La conséquence est immédiate : le rendement passerait d’environ 12 tonnes par hectare à seulement 3 tonnes, sans formation de grains. Un fourrage moins riche, donc moins nourrissant pour le troupeau. Une situation qui risque d’avoir des répercussions en cascade sur toute l’exploitation.
Les effets de la chaleur sont déjà visibles dans les bâtiments d’élevage. Depuis le début de l’été, Dominique Balac estime avoir perdu 15 % de sa production laitière.
Je vais envoyer des bœufs à l’abattoir plus tôt, parce que je n’aurai pas assez de fourrage pour tous les nourrir.
Le problème est double. Les animaux n’auront pas atteint leur plein potentiel de croissance et, avec les fortes chaleurs, la consommation de viande rouge diminue ainsi que son prix.
Une vache morte de la chaleur
L’éleveur a déjà perdu une vache cet été. Mais ce qui l’inquiète le plus se joue sur le long terme. « Avec la chaleur, les vaches sont moins en chaleur. Elles se reproduisent moins. » Les conséquences économiques vont poursuivre l’éleveur jusqu’à l’année prochaine.
Faire avec malgré tout
L’exploitation n’est pas équipée de ventilateurs. Les bâtiments, anciens, ne sont pas électrifiés et leur modernisation représenterait un investissement conséquent. En attendant, le couple Balac s’adapte comme il peut. Dès que les températures grimpent, les vaches sont sorties dans les pâtures pour profiter de l’ombre des haies. Le couple a aménagé ses horaires le matin et le soir.
Dominique et Béatrice n’avaient encore jamais connu de telles températures sur une période aussi longue. Le changement climatique n’est plus un scénario catastrophe décrit par les scientifiques. Il touche désormais la Bretagne régulièrement.
À l’ombre, près de ses vaches, Dominique Balac essuie les quelques gouttes de sueur sur son front. « On ne sait pas où l’on va avec le climat. La fatigue physique et psychologique s’accumule… »
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