Si vous parcourez les paddocks, son visage vous est certainement familier. Toujours actif en soutien technique chez IDEC Sport, Dominique Noël a roulé sa bosse chez Courage Compétition, ORECA et durant une décennie chez Toyota Gazoo Racing. Il a même piloté la voiture de sécurité en FFSA GT. Il y a quelques années, Dominique nous avait conté une histoire personnelle vécue avec le chanteur Christophe. Cette fois, Dominique nous raconte une anecdote personnelle sur la marque aux trois bandes.
J’ai trouvé ma place. Le côté technique du sport automobile me convient bien, et gagner des courses par pilotes interposés est très gratifiant. Mais je n’ai pas oublié la satisfaction de faire grimper la température des pneus, le plaisir de piloter, de rentrer dans les courbes de plus en plus vite. En 1982, je m’inscris à nouveau et pour la dernière chance à l’école de pilotage Winfield de Magny-Cours. À la fin de l’année j’ai vingt-huit ans, c’est l’âge maximum pour pouvoir participer au volant Elf. J’ai décroché un contrat de sponsoring avec Adidas pour m’aider à financer l’école, en peignant à leurs couleurs mon nouveau casque GPA SJ/F1.
Le nec plus ultra des casques à cet instant, système révolutionnaire de fermeture, SJ pour « sans jugulaire », léger et très bien aéré, il est utilisé par la grande majorité des pilotes de Formule 1, français et étrangers, dans les années 80. Il est full option avec équipement radio, la prise jack côté droit que l’on voit sur la photo, pour converser plus facilement avec le stand sans être perturbé par le bruit environnant et une prise pour l’air médical côté gauche, une réglementation farfelue de « sécurité » qui n’a pas duré longtemps, mais quand même quelques années. Dans les voitures de course de cette période, il y avait une bonbonne d’air fixée à l’intérieur de l’habitacle et reliée au casque par un tuyau souple, elle se déclenchait automatiquement en même temps que les extincteurs embarqués en cas d’incendie.
Photo : Dominique Noel
Envoyer de l’oxygène dans un casque pour vous permettre de respirer de l’air propre pendant que votre voiture est en train de brûler et que vous êtes coincé ou inconscient à l’intérieur, association flammes plus oxygène, ce n’était pas l’idée du siècle. Certainement l’élucubration d’un garant de l’ordre des choses.
De par sa forme sphérique, j’ai aimé reprendre le décor représenté sur les ballons de football de cette époque. Je ne suis pas du tout un passionné de foot, bien loin de là, j’irai même jusqu’à dire très loin de là, mais 1982 est une année de Coupe du Monde. L’idée de décorer mon casque en ballon « Adidas Tango » a séduit « la marque aux trois bandes » crée par Adi Dassler, qui avait fourni, en 1936 pour les jeux olympiques de Berlin, une paire de chaussures à Jesse Owens. Avec ces chaussures, Owens et Dassler allaient devenir quadruples médaillés olympiques. Quatre médailles d’or, l’exploit est immense, tout comme sa portée symbolique.

Photo : Dominique Noël
En remportant ces épreuves sous les yeux du plus gros psychopathe du 20ème siècle, cet immonde salopard sanguinaire qui voulait faire de ces jeux, la démonstration de la supériorité de la « race » aryenne, et à Berlin, capitale de l’Allemagne nazie, Owens devient un puissant symbole anti-raciste. À lire, l’excellente BD, « Jesse Owens, des miles et des miles », de Gradimir Smudja parue en 2024. L’histoire d’un enfant qui court tout le temps, poursuivi par des hordes de sauterelles dans les champs de coton, par les policiers, par le Ku Klux Klan, et ensuite par les athlètes concurrents.
Des dessins splendides rappelant les œuvres de Norman Rockwell. Adidas est devenu depuis, le leader mondial des équipements sportifs. J’avais envoyé des photos de mon heaume de chevalier des temps modernes à cette société allemande, photos faites par un professionnel, accompagnées d’un courrier expliquant mon projet. À cette époque, contrairement à aujourd’hui, lorsque les pilotes choisissaient une décoration de casque, c’était pour toujours. Elle pouvait évoluer en fonction des changements d’équipe ou de partenaires, mais la base de la décoration et les couleurs restaient les mêmes tout au long de la carrière du pilote.
C’est ce que j’ai expliqué dans mon courrier. J’étais persuadé que j’allais devenir le plus grand pilote de tous les temps, j’allais donc porter cette décoration comme un blason tout au long ma vie. Par retour de courrier, Adidas m’a demandé mes mensurations. Ça m’a un peu surpris. Quelques jours plus tard, j’ai reçu un gros colis contenant de nombreuses paires de chaussures, toute la gamme de vêtements de sport de la marque, ainsi qu’un chèque dont je ne me souviens plus le montant, mais largement suffisant pour payer l’école de pilotage.
Comme en 1975, je n’allais pas au-delà des demi-finales à cause d’une sortie de piste éliminatoire. Mais au moins je n’aurai pas le regret d’avoir rêvé en grand et de ne pas avoir essayé jusqu’au bout. « Viser la lune, ça me fait pas peur ».Quand tu racontes ton rêve à un ami et qu’il ne se fout pas de toi, c’est que ton rêve n’est pas assez grand. Ce bagage « pilotage » sur mon CV me permettra de participer, quelques années plus tard, à des séances de rodage, de mise au point de belles et puissantes voitures, ainsi que d’être pilote « Safety-Car » sur différents championnats.

Un look de Renault 5 Le Car by Heuliez (photo : Dominique Noël)
Reconnaissant pour l’aide que m’a apporté Adidas durant cette jeunesse fougueuse, il est impensable aujourd’hui encore, que je puisse acheter une paire de baskets ou un vêtement de sport ne portant pas cette marque depuis ces moments à jamais indélébiles. Finalement, malgré une carrière de pilote plutôt brève, j’ai quand même le sentiment d’avoir respecté mon « contrat ».
Tu veux que je te raconte un secret ? L’histoire de la provenance d’un cadeau. Jusqu’à ce que j’écrive ces lignes, seulement deux personnes au monde le connaissaient. L’ami du cadeau et moi. Le destin de ce casque, était de protéger la tête d’un des plus grands pilotes de cette planète, avant qu’il n’arrive sur la mienne.
La vie des objets peut ressembler à la vie des gens. Avec moi, ce casque n’a participé qu’à des cours en école de pilotage, à une course de côte en Renault 11 Turbo, à des essais d’un prototype Osella PA9 BMW ainsi qu’à quelques séances d’essais sur différentes monoplaces, Formule Ford, Formule Renault ou Formule 3.
Depuis, avec les années et les dates de péremption, il n’est plus homologué. Alors il est devenu un bel objet de décoration en parfait état, pas un éclat de vernis, pas une égratignure, visière d’origine intacte. C’est un ami qui me l’a offert. Il était neuf, dans son carton d’origine, oublié dans un camion transportant des voitures de course, par des gens de chez GPA et jamais réclamé.
Avant de ressembler à un ballon, il était peint en bleu nuit avec l’entourage de l’ouverture pour les yeux peint en blanc. Vu sa date de fabrication, si celui à qui il était destiné l’avait porté, ce casque aurait peut- être protégé pendant deux saisons, le champion du monde des pilotes d’endurance de 1982, de 1983 et le vainqueur avec Derek Bell, des 24 heures du Mans de 1982. De chaque côté de ce casque était écrit en lettres blanches, le nom d’une figure incontournable du sport automobile mondial surnommée « Monsieur Le Mans » : Jacky Ickx
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