Transformer les sargasses pour en faire une ressource, c’est l’objectif de plusieurs porteurs de projets depuis déjà une quinzaine d’années. Les voies de valorisation sont nombreuses et la sargasse dispose d’un véritable potentiel, notamment pour devenir du bio-carton, du bioplastique, du compost ou des cosmétiques.
Pourtant, depuis les premiers échouages de ces algues brunes, la plupart des solutions envisagées en Martinique restent encore au stade de laboratoire. Et aucune algue n’est aujourd’hui valorisée sur le territoire, malgré les tentatives.
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Une usine prête mais à l’arrêt
Au François, l’usine Holdex Environnement est prête à accueillir des sargasses depuis deux ans, mais l’entreprise se heurte à plusieurs obstacles. À l’entrée du site, des montagnes de déchets verts s’amoncèlent, juste à côté de l’amas de bagasses de canne à sucre où les sargasses devraient être entreposées. Sauf qu’aujourd’hui, aucune n’a encore franchi le portail.
Dès 2011, l’entreprise s’était pourtant penchée sur le sujet, selon Mike Bertus, son directeur :
Ce qu’on avait pu repérer, c’est le fait qu’elles agissaient comme de véritables accélérateurs de fermentation, avec une présence très importante d’oligo-éléments.
En 2015, l’entreprise remporte un appel à manifestation d’intérêt soutenu par l’ADEME. Depuis deux ans, l’usine est prête à en accueillir 25 000 tonnes par an :
Une fois qu’elles arriveraient, on les mélangerait. Et ensuite, elles seraient transférées directement dans nos tunnels de fermentation, pour être travaillées et mises en sac.
Des polluants présents
Mais pourtant, aucune algue n’est aujourd’hui valorisée chez Holdex. Le problème provient notamment des contaminants que peuvent transporter les algues, comme l’arsenic. Charlotte Gully, experte sargasses à l’ADEME, précise les précautions nécessaires :
Il y a une vraie vigilance à avoir sur la traçabilité de l’arsenic dans le procédé, pour le maîtriser et obtenir en sortie des produits sains.
Mais le problème ne s’arrête pas là : les algues pourraient également être contaminées à la chlordécone. Face à cette éventualité, Mike Bertus, d’Holdex, prévoit de n’accepter que les algues provenant de certaines zones :
Elle commencerait au niveau du François, du côté de Frégate, pour remonter jusqu’au Diamant.
La crainte d’un nouveau scandale
Des expérimentations complémentaires sont encore demandées à Holdex, malgré toutes les précautions prises par l’entreprise. La crainte d’un nouveau scandale sanitaire freine les avancées, comme l’explique Frédéric Voyer, directeur du GIP Sargasses :
C’est un peu tout l’enjeu de tous les projets de valorisation qui sont proposés. Bien vérifier que les solutions proposées par les porteurs de projets n’amèneront pas plus de difficultés qu’elles n’en résoudront.
En parallèle, Holdex travaille sur un projet de biofertilisants à base de sargasses, une piste supplémentaire pour tenter de transformer ce fléau écologique en opportunité économique.
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