Ebola: pourquoi la RD Congo peine à ralentir la progression de la maladie alors que l’Ouganda semble gagner la bataille | TV5MONDE

L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) s’intensifie à un rythme « exceptionnel », a averti samedi 1er août l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle a appelé à une montée en puissance de la réponse sanitaire alors que l’Ouganda a déclaré cette semaine « la fin de l’épidémie » dans le pays. 

« L’Ouganda est exempt d’Ebola« , a déclaré le ministère de la Santé ougandais, mardi 28 juillet. Si le gouvernement ougandais se veut confiant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se veut plus mesurée. Elle a indiqué qu’un risque persiste, notamment car la transmission se poursuit dans les régions voisines de la République démocratique du Congo où s’est déclarée l’épidémie en mars dernier. 

Toutefois, le dernier patient déclaré atteint d’Ebola en Ouganda, un ressortissant congolais, est sorti de l’hôpital le 22 juin. Un délai inférieur à la période d’attente de 42 jours requise par l’OMS pour déclarer la fin d’une épidémie.

Si la situation en Ouganda semble s’améliorer, en RD Congo en revanche, l’épidémie s’intensifie à un rythme « exceptionnel », a averti l’OMS samedi 1er août. L’organisation a appelé à une montée en puissance de la réponse sanitaire. Au 30 juillet, un total de 3.605 cas confirmés, dont 1.587 décès, avaient été signalés en RDC, soit un taux de létalité de 44%, selon l’OMS. Les experts estiment que le nombre réel de décès est bien plus élevé. 

  • La situation sécuritaire en RD Congo

« L’insécurité, les déplacements de population, la mobilité des habitants et les mouvements transfrontaliers » compliquent les opérations de riposte et augmentent le risque d’une propagation de l’épidémie à de nouvelles régions, prévient l’OMS. Déclarée officiellement le 15 mai, avec plusieurs semaines de retard, la flambée actuelle est causée par le variant Bundibugyo, pour lequel il n’existe jusqu’à présent ni vaccin, ni traitement et qui est très contagieux et mortel. Elle frappe des régions où la présence de l’État est fragile et les infrastructures de santé largement démunies. 

L’Ituri, province épicentre de l’épidémie, est sous administration militaire depuis plusieurs années, l’armée tentant de démanteler les dizaines de groupes armés qui y opèrent. Plus au sud de l’Ituri se trouvent de vastes zones contrôlées par les rebelles du M23.

Initialement circonscrite à la zone sanitaire de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri, l’épidémie s’est propagée au cours des deux derniers mois à cinq provinces (l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo). Selon l’OMS, la dernière semaine de notification pour laquelle des données complètes sont disponibles a enregistré un nombre record de 567 cas et 296 décès, « ce qui témoigne du rythme exceptionnel de la transmission ». Et des infections continuent d’être recensées parmi le personnel de santé, avec 151 cas confirmés, dont 44 décès.

  • Une réponse plus adaptée en Ouganda

De son côté, l’Ouganda a enregistré au total vingt cas et deux décès dus au virus. Selon la Dr Kasonde Mwinga, chef de l’OMS en Ouganda, le nombre relativement faible de victimes n’est pas dû « à la chance ou au hasard », a-t-elle confiée à la BBC: « C’est parce que les gens ont investi dans la préparation. » 

La RD Congo fait face à sa 17ème épidémie depuis la découverte d’Ebola il y a 50 ans, tandis qu’en Ouganda, c’est la neuvième depuis 2000. Les autorités ougandaises affirment que les expériences précédentes ont permis d’apporter une réponse plus adaptée et ainsi d’endiguer la propagation de la maladie dans le pays à plusieurs reprises. « Nous connaissons Ebola. Le virus est déjà apparu ici à plusieurs reprises, nous savons comment le gérer », a déclaré Alan Kasujja, porte-parole du gouvernement, à l’émission Newsday de la BBC.

(Re)lire Épidémie d’Ebola en RDC: pas de vaccin, ni traitement, des morts jusqu’en Ouganda… Ce que l’on sait sur le variant Bundibugyo

Le premier cas connu en Ouganda venait de RD Congo pour se faire soigner, puis plusieurs autres cas importés ont suivi. Rapidement, les autorités sanitaires ont activé un centre de traitement spécialisé contre Ebola à Kampala, la capitale de l’Ouganda. L’établissement, déjà utilisé lors de la précédente épidémie d’Ebola l’an passé, disposait encore de matériel adapté et d’une « équipe médicale d’urgence » en alerte, a déclaré le Dr David Kaggwa, responsable de l’établissement à la BBC. « Il s’agissait simplement de trier et de commander quelques fournitures supplémentaires, et en une seule journée, nous étions prêts à accueillir les patients. Donc, c’est facile, nous ne partons pas de zéro », a-t-il expliqué. Ensuite, d’autres patients présentant des symptômes se sont directement rendus dans ce centre de traitement, ce qui a évité la propagation du virus dans les hôpitaux « classiques ». 

Autre fait déterminant: l’Ouganda est parvenu à mettre en quarantaine pendant 21 jours plus de 6.000 personnes ayant été cas contact ce qui a fortement joué pour limiter la propagation du virus. 

  •  Des difficultés à surveiller les cas

L’Ouganda a agi rapidement mais le pays bénéficiait également d’un avantage par rapport au pays voisin. C’est en RD Congo que le variant a été détecté et identifié, et l’épidémie déclenchée. L’Ouganda n’avait qu’à agir pour contenir le virus déjà connu. 

Dès la déclaration de l’épidémie, le pays a également fermé la frontière entre les deux pays, ce qui a permis d’enrayer la propagation de la maladie. « Des mécanismes de surveillance ont été mis en place, ce qui a permis d’identifier rapidement tous les patients », a déclaré le Dr David Kaggwa.

En comparaison, la République démocratique du Congo a eu plus de difficultés en matière de surveillance et de recherche des contacts. Un enquêteur de terrain chargé de suivre la propagation du virus à Bunia, ville épicentre de l’épidémie, a déclaré à Reuters que la surveillance avait été entravée par une mauvaise planification, des goulets d’étranglement logistiques et le recrutement de personnel inexpérimenté. Le conflit avec le M23 et d’autres foyers de violence ont déplacé des millions de personnes dans la région, ce qui complique aussi la surveillance des personnes potentiellement contaminées en République démocratique du Congo. 

L’ensemble de la communauté médicale mondiale se mobilise afin de trouver un traitement contre cette souche Bundibugyo. Un vaccin présenté par l’OMS comme « le plus prometteur » contre l’épidémie qui sévit en RDC va être développé par Hilleman Laboratories, basé à Singapour, a annoncé le groupe jeudi. La semaine dernière, un premier volontaire a reçu la première dose d’un autre vaccin contre Bundibugyo, développé par l’université d’Oxford au Royaume-Uni, qui utilise la même technologie que le vaccin contre le Covid-19 d’AstraZeneca.

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