Le site archéologique Gò Cây Thị A est situé au milieu des champs de la commune d’Óc Eo. Photo de : GIA KHANH
Presque tous les journalistes présents à An Giang ont visité le site culturel d’Oc Eo – Ba The, situé dans la région montagneuse de Ba The, commune d’Oc Eo. Ce site archéologique majeur est associé à l’ancien royaume de Funan et date du Ier au VIe siècle. La culture d’Oc Eo est non seulement une source de fierté pour An Giang et le Sud-Ouest du Vietnam, mais aussi un patrimoine d’importance internationale. Ce royaume, jadis prospère, fut un point de passage crucial sur la Route de la Soie maritime, reliant l’océan Indien à l’océan Pacifique.
Selon le professeur agrégé Ngo Van Doanh, le site d’Oc Eo ne se résume pas à un simple amas de briques et de pierres, mais témoigne de la souveraineté historique du Sud du Vietnam, partie intégrante de la culture vietnamienne. Oc Eo n’est pas qu’un site archéologique ; il incarne la puissance du royaume de Funan et son réseau de villes et de ports commerciaux. D’après l’Académie vietnamienne des sciences sociales, les sites archéologiques révèlent trois caractéristiques fondamentales du patrimoine d’Oc Eo : son caractère unique, puisqu’il s’agissait du premier port maritime de commerce international Est-Ouest de la région ; sa systématisation, fruit d’une combinaison de techniques d’irrigation, d’art architectural et de religion ; et sa continuité, un exemple d’adaptation environnementale pour un développement durable.
Actuellement, le site archéologique est confronté à d’importants défis liés au changement climatique, à l’urbanisation, aux conflits entre conservation et développement socio-économique, au manque d’offre touristique et à une communication insuffisante. Pour y remédier, les autorités déploient tous leurs efforts pour préserver le caractère originel de cette brillante civilisation. Il s’agit non seulement d’une course contre la montre, mais aussi d’un voyage pour déchiffrer les strates de mémoire enfouies sous terre depuis des millénaires. Si la conservation physique est une condition nécessaire, la conservation numérique est la condition suffisante pour « immortaliser » ce patrimoine, la clé qui permettra à Oc Eo de s’ouvrir pleinement à l’avenir.
Ayant travaillé dans le journalisme local et occupé le poste de rédacteur en chef adjoint du journal An Giang (avant la fusion), le doctorant Nguyen Hoang Anh Tuan a exprimé son inquiétude : « En consultant les sites d’information en ligne et les journaux locaux, on constate que le terme « Oc Eo » apparaît plus fréquemment dans les rapports périodiques sur la gestion de l’État que dans les rubriques consacrées au tourisme culturel ou à la valorisation du patrimoine pour les jeunes touristes. Des expressions comme « culture archéologique », « fondations architecturales », « strates culturelles », etc., sont employées à outrance. Le contenu existant se concentre principalement sur le compte rendu d’événements : nouvelles fouilles archéologiques, accueil de délégations officielles… Ce style de communication unilatéral et linéaire ne répond qu’à un besoin d’information superficielle, sans susciter d’interaction ni encourager la curiosité du public. »
D’après les chercheurs, Oc Eo est un site patrimonial essentiellement « souterrain », difficilement visible à l’œil nu. De ce fait, le manque de contenu explicatif, notamment par le biais de récits, en rend l’accès difficile aux touristes. Par exemple, au lieu de raconter l’histoire d’un marchand indien commerçant dans la cité portuaire d’Oc Eo, les médias se contentent de décrire la taille et la matière des pièces d’or ou des perles. Sur des plateformes comme TikTok, YouTube et Facebook, le contenu relatif à Oc Eo est très pauvre, voire spontané, et parfois truffé d’informations non vérifiées. Une recherche avec le mot-clé « tourisme à Oc Eo » sur les plateformes de vidéos courtes (TikTok/Reels) ne renvoie que des vidéos rudimentaires du paysage, sans reconstitutions graphiques ni tentatives d’élucidation du mystère – autant d’éléments qui captivent actuellement le public numérique. Ceci témoigne d’une défaillance de la stratégie de convergence des médias.
Selon l’équipe de recherche, pour surmonter les obstacles et exploiter pleinement le potentiel du patrimoine d’Oc Eo – Ba The, il est nécessaire, au lieu de se contenter de présenter un site archéologique, de repositionner Oc Eo – Ba The comme un carrefour de civilisations anciennes. Ce message doit être diffusé de manière cohérente sur toutes les plateformes, des médias traditionnels aux réseaux sociaux, afin de construire une valeur culturelle unique et une adhésion indéfectible au sein de la communauté.
De plus, il est nécessaire de constituer une base de données numérique basée sur un système d’information géographique (SIG). Chaque artefact et chaque fondation en briques doivent se voir attribuer un code d’identification, ainsi que des coordonnées précises et un modèle 3D haute résolution. Ce document constitue non seulement un outil de recherche, mais aussi une archive figée de l’état actuel du site, garantissant son authenticité et permettant une reconstruction fidèle en cas d’érosion ou de dommages au fil du temps. « Nous sommes à l’aube d’un moment historique, le dossier d’inscription d’Oc Eo au patrimoine mondial étant dans sa phase finale. Ne laissons pas Oc Eo se réduire à un simple amas de ruines aux yeux du public. Mettons à profit la puissance de la technologie pour redonner vie à ce patrimoine, affirmer son identité nationale et assurer sa pérennité », a insisté M. Nguyen Hoang Anh Tuan.
Crédit: Lien source