Le Gabon a décidé d’arrêter d’importer. Pas tout de suite, pas tout d’un coup, mais la direction est prise. Le 4 mai 2025, deux ministres gabonais signaient cinq contrats stratégiques avec des groupes étrangers pour un total de 775 milliards de FCFA, soit près de 1,2 milliard d’euros. Objectif : produire localement 130 000 tonnes de poulets de chair par an et créer environ 100 000 emplois. Le tout avant 2027.
Cinq contrats, plusieurs pays, un seul but
Le holding turc Hakan Kiran, le camerounais AVI Group et l’Association agricole chinoise pour les échanges internationaux font partie des signataires. Chacun s’engage sur une ferme avicole intégrée, couvrant l’accouvage, l’élevage, la provenderie, l’abattage et la logistique.
AVI Group, acteur camerounais, investira 10,8 milliards de FCFA dans une ferme à Oyem, dans le Woleu-Ntem, pour une capacité de 10 000 tonnes annuelles. Le turc Hakan Kiran, lui, mise 15 milliards de FCFA sur Ntoum pour 60 000 tonnes. Et la partie chinoise engage 155 milliards de FCFA sur plusieurs infrastructures agro-industrielles réparties entre Libreville et Port-Gentil.
Ces partenaires bénéficieront d’une exonération d’impôt sur les sociétés pendant cinq ans et d’avantages fiscaux sur les équipements et intrants. 150 petits producteurs locaux seront aussi accompagnés techniquement. Quinze d’entre eux accèdent déjà à des prêts à taux réduit de 4 % via un fonds de 6,8 milliards de FCFA géré par la Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon.
Les chiffres que cite le ministre Pacôme Kossy donnent le vertige : 70 % des produits alimentaires sont importés, pour environ 1 milliard de dollars. Les importations de poulet représentent 75 % de la consommation nationale. C’est énorme.
Une ambition plus large que le poulet
L’avicole est la partie visible. Mais le projet de souveraineté alimentaire gabonais couvre aussi le manioc, la banane, l’oignon, la tomate, le porc, le bœuf. Les denrées alimentaires pesaient environ 20 % des importations du pays en 2024, selon la Banque mondiale.
C’est un virage industriel assumé, pas juste un slogan électoral.
Le projet minier de Belinga, estimé à 10 milliards de dollars, suit la même logique. Transformation sur place, refus de l’extraction brute. Une interdiction d’exportation du manganèse non transformé est prévue à partir de 2029. La dette gabonaise devrait atteindre 86 % du PIB cette année, bien au-delà de la norme régionale. Mais Libreville semble vouloir avancer malgré tout, avec ou sans FMI.
On ne sait pas encore si ces engagements tiendront le calendrier fixé. Les projets d’envergure en Afrique centrale ont souvent pris du retard.
Reste que la méthode gabonaise, entre investisseurs étrangers et champions privés locaux, ressemble de plus en plus à un modèle que d’autres pays de la région observent avec attention.
Journaliste pour 237online.com, Jean-Paul Dzomo Nana couvre l’actualité politique et diplomatique du continent africain.
📰 Voir tous ses articles →
Crédit: Lien source