Début mai, des lycéens ont fait circuler un classement, sous forme de tier-list, comprenant des photos de leurs camarades, de leur classe et des lycées alentours, associées à des catégories sexualisantes et dégradantes. Ce photomontage sexiste ciblait des dizaines de lycéennes de Baimbridge et du Jardin d’Essai, de la ville des Abymes en Guadeloupe. Les images des jeunes filles ont été récupérées par les lycéens sur leurs réseaux sociaux, sans leur consentement. Ils les ont utilisés ensuite pour dresser une liste dénigrante par catégories, allant de « ballon d’or » à « je ne la touche pas avec un bâton » ou encore « inviolable ».
Le 5 mai, les lycéennes ont découvert le classement sexiste et humiliant, qui circulait sur les réseaux sociaux. « Il y avait des catégories vraiment dégradantes et ma photo était sur la liste » explique Keurslane, une lycéenne de 17 ans. « Je fais partie de l’une des victimes. J’ai été mise dans la catégorie « inviolable », ce qui est inadmissible parce que ça veut dire que le reste des filles sont « violables » selon eux. Littéralement ils me déshumanisent. Et ce n’est pas correct. En 2026 on ne doit pas avoir peur d’être une fille, de marcher seule dans la rue et même avoir peur d’aller en cours. » ajoute Genesis Fabian-Felipe, au micro de la chaîne de télévision guadeloupéenne Canal10.
Dès le lendemain de la parution, les lycéennes ont réagi en lançant une mobilisation « pour montrer leur indignation, leur choc ». « Avec d’autres filles, on a décidé de se réunir pour dire stop à ça. En 2026, c’est inacceptable, c’est irrespectueux, c’est humiliant et on veut plus de ça. » explique Inès, une lycéenne présente. Rassemblées devant leur établissement pour faire entendre leurs voix, elles ont été rejointes par des centaines de lycéennes venues manifester à leurs côtés et dénoncer ces agissements sexistes.
Les lycéennes mobilisées ont osé dénoncer des comportements sexistes et affirmer leur refus de venir au lycée avec la boule au ventre par peur des intimidations, du harcèlement sexuel ou encore de la violation de leur intimité. « Les victimes et les femmes ici présentes réclament des excuses publiques de la part des auteurs. Ce qu’ils ont fait est inadmissible. On veut des heures obligatoires avec la psy du lycée pour parler du fait de respecter les femmes, et d’arrêter la propagation des mouvements masculinistes au sein du lycée Jardin d’Essai ! » résume une lycéenne mobilisée.
En dénonçant collectivement ces agissements, elles montrent qu’elles ne doivent ni avoir peur ni honte. « On voulait être entendues, on ne voulait pas que ce soit minimisé, banalisé comme ça l’a été auparavant, par les précédentes générations » explique Keurslane, une lycéenne de 17 ans. Tandis qu’une de ses camarades rappelle avec force : « Pour les personnes qui comptent refaire ce genre d’actes, nous, femmes, on se mobilisera ! ».
Suite à cette mobilisation, une enquête a été ouverte, car l’établissement et certains parents ont porté plainte. Face au scandale, quelques garçons ont été exclus de manière temporaire, en attendant une procédure disciplinaire. Mais ces sanctions individuelles cachent un véritable problème structurel. Les comportements sexistes des jeunes hommes ne sont pas isolés, ils sont soutenus par une explosion des discours masculinistes sur les réseaux sociaux, les lieux d’étude et de travail. Cette montée des idées patriarcales dans la jeunesse est permise par le sexisme structurel de l’État, qui organise la casse de l’école, des services publics, et la précarité de la jeunesse.
Contre la casse de l’éducation et le sexisme d’État, ces lycéennes montrent la voie à suivre
À titre d’exemple, le budget de l’éducation s’amoindrissant les cours d’éducation à la vie sexuelle et affective ne sont pas dispensés à l’ensemble des jeunes filles et garçons, négligeant ainsi l’éducation au consentement pourtant essentiel. En revanche, l’État trouve les moyens pour embrigader la jeunesse, en finançant et mettant en avant ses « classes Défense » et « son service national ». Les jeunes hommes sont alors poussés dans les bras de l’armée. Dans ce contexte, les coupes budgétaires dans l’éducation et dans la santé vont conduire nécessairement à la reproduction de violences, au lieu de prendre en charge l’éducation et l’accompagnement des victimes.
Ce constat est d’autant plus frappant en Guadeloupe, où le chômage de masse touche particulièrement la jeunesse, alors que le coût de la vie est démentiel et que les moyens alloués à l’éducation sont plus que superficiels. Dans les colonies, à ces attaques massives dans les services publics, s’ajoute une mise au pas décomplexée de la jeunesse à travers une répression coloniale qui vise particulièrement les mineurs. À l’instar du couvre-feu pour mineurs instauré à Point-à-Pitre par Darmanin en 2024. On perçoit donc le caractère colonial de l’État français dans le maintien de ses inégalités sexistes.
Mais les lycéennes du Jardin d’Essai en Guadeloupe nous montrent la voie à suivre pour lutter contre les violences patriarcales : celle d’une mobilisation collective déterminée. Il faut s’inspirer de leur litte et s’organiser dans nos lycées, nos facs, nos lieux de travail, en mettant en place des commissions composées de lycéen·nes, étudiant ·es et travailleur·euses, qui soient indépendantes des directions. Il faut également se coordonner nationalement pour exiger enfin des moyens massifs dans les services publics, afin de se battre contre les violences patriarcales et queerphobes, et cela en toute indépendance d’un État sexiste et raciste qui organise ces violences.
Pour s’organiser depuis nos facs, lycées, lieux de travail, viens à nos tables rondes féministes lors des rencontres anti-impérialistes du Poing Levé pour défendre un féminisme anti-carcéral, antimilitariste et révolutionnaire. Et rejoins le collectif féministe et LGBT Du Pain et Des Roses le plus proche de chez toi !
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