Guerre au Soudan | Amnistie demande justice pour les victimes d’un assaut sanglant

Amnistie internationale réclame justice pour les victimes civiles de paramilitaires soudanais ayant pris d’assaut une ville du nord du Darfour en octobre 2025 en perpétrant une « litanie » d’exactions qui représentent des « crimes contre l’humanité », selon un nouveau rapport de l’organisation paru ce mercredi.

Ses enquêteurs sont arrivés à cette conclusion après avoir mené des centaines d’entrevues auprès de survivants du siège et de l’assaut de la ville d’El-Fasher menés par les Forces de soutien rapide (FSR) pour assurer leur contrôle total sur une vaste région riche en ressources naturelles.

Les atrocités survenues à cette occasion « viennent entacher la conscience de l’humanité », a déclaré dans un communiqué la secrétaire générale d’Amnistie internationale, Agnès Callamard, qui presse la communauté internationale de prendre des « mesures concrètes » pour protéger la population et « briser le cycle de l’impunité » dans le pays.

La guerre en cours au Soudan a débuté en 2023 lorsque deux militaires de haut rang ayant coupé court à l’intermède démocratique qui a suivi la chute du dictateur Omar el-Béchir ont décidé de recourir aux armes pour se disputer le pouvoir.

Les FSR du général Mohamed Hamdan Dagalo et les forces armées fidèles au général Abdel Fattah al-Burhan ont d’abord croisé le fer dans la capitale, Khartoum, mais les combats se sont rapidement propagés au-delà.

Les paramilitaires ont pris le contrôle de vastes pans du Darfour, une région de l’ouest du pays déjà marquée par de nombreuses années de guerre civile, avant de concentrer leurs efforts sur El-Fasher.

Ils ont d’abord entrepris, relate Amnistie internationale, une campagne « d’épuration ethnique » en périphérie de la ville en ciblant des dizaines de villages peuplés en majorité par des groupes ethniques non arabes assimilés abusivement à des « esclaves » servant l’ennemi. Des centaines de personnes qui tentaient de fuir ont été abattues.

Un « massacre »

Un adolescent vivant dans un village voisin a notamment témoigné que des combattants l’avaient ligoté et frappé à répétition avant qu’un commandant lui tire une balle dans une jambe en l’insultant. Il a indiqué que huit cousins et cousines, âgés de 11 à 17 ans, avaient été tués à cette occasion.

Les FSR ont ensuite imposé de mai 2024 à octobre 2025 un siège de la ville, coupant l’approvisionnement en nourriture et en aide de manière à précipiter une famine dévastatrice.

Une nouvelle série d’exactions contre la population civile est survenue lors de l’assaut final d’El-Fasher. Des milliers de personnes qui tentaient de fuir se sont butées à des barrières de terre érigées par les paramilitaires pour contrôler les allées et venues.

« Ce qui a suivi est un massacre », relève Amnistie internationale. L’organisation cite notamment une survivante ayant tenté de fuir vers le nord qui affirme avoir vu près d’un millier de cadavres au sol.

Des dizaines de personnes ont déclaré avoir été témoins d’exécutions sommaires, de torture, de viols et de prises d’otages perpétrés par les paramilitaires, qui ont filmé certains de leurs gestes. De nombreux témoins ont affirmé avoir été détenus pendant des mois dans des conteneurs métalliques étouffants de chaleur où il était difficile de respirer.

Des tueries ont aussi été documentées dans la ville, y compris dans le dernier hôpital fonctionnel.

Les caractéristiques d’un génocide

Selon Amnistie internationale, les crimes perpétrés par les FSR au Darfour et ailleurs dans le pays pourraient ultimement être considérés comme « constitutifs du crime de génocide » à l’issue d’une enquête qui suit son cours.

Une équipe d’enquêteurs mandatés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour faire le point sur la situation au Soudan a prévenu dans la même veine au printemps que les attaques des FSR à El-Fasher présentaient les caractéristiques d’un génocide.

Agnès Callamard note qu’il est urgent de déployer une force d’intervention indépendante au Soudan pour empêcher que des abus de cette nature se poursuivent.

Elle demande par ailleurs que soit immédiatement stoppée toute vente d’armes aux Émirats arabes unis, considérés comme l’un des principaux fournisseurs et alliés des FSR.

PHOTO JOHN MACDOUGALL, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La secrétaire générale d’Amnistie internationale, Agnès Callamard

Les mises en garde d’Amnistie internationale surviennent alors que les Nations unies sonnent l’alarme sur le risque d’une répétition des crimes survenus lors de la prise d’El-Fasher.

Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a prévenu il y a quelques jours que les FSR semblaient préparer un assaut d’envergure contre El-Obeid, une ville stratégique d’un demi-million d’habitants située dans la région du Kordofan, dans le centre du pays.

« Nous avons déjà vu ce scénario se dérouler, nous savons où cela a mené », a-t-il prévenu.

La guerre au Soudan a fait en trois ans plus de 150 000 morts et entraîné l’une des plus graves crises humanitaires de la planète. Près de 14 millions de personnes ont dû fuir leur foyer pour tenter d’échapper aux violences.

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