(Genève) Les acteurs du conflit au Soudan tirent profit du contrôle de plusieurs types de ressources dans le pays, ouvrant la voie à une « économie de guerre » contribuant à prolonger la crise depuis plus de trois ans, avertit mercredi un rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.
La guerre entre l’armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a éclaté en avril 2023 et a fait, selon certaines estimations d’organisations humanitaires, plus de 200 000 morts.
Pour financer les opérations militaires, les belligérants s’appuient sur le contrôle et l’exploitation des territoires, routes commerciales et ressources naturelles, contribuant à un conflit devenu « de plus en plus auto-entretenu », selon le rapport.
« Les immenses richesses en ressources naturelles du Soudan devraient bénéficier à sa population. Malheureusement, ce que nous observons aujourd’hui est tout le contraire », a déploré le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Volker Türk, cité dans un communiqué.
« En réalité, ces richesses ne font qu’affaiblir les droits de la personne et alimenter le conflit, causant douleur et souffrances à une échelle considérable », a-t-il ajouté.
Le Haut-Commissaire a appelé au démantèlement de cette « économie de guerre », incitant la communauté internationale à « accorder une attention beaucoup plus grande aux matières premières et aux routes commerciales qui contribuent à la maintenir en vie ».
La gomme arabique au cœur du conflit
PHOTO EL TAYEB SIDDIG, ARCHIVES REUTERS
Des voitures criblées d’impacts de balles sur une place de Khartoum, au Soudan, le 11 juin 2026.
Le rapport examine en particulier le commerce de la gomme arabique, résine d’acacia très utilisée pour les boissons gazeuses, les confiseries et les cosmétiques.
Avant le début du conflit, le Soudan représentait environ 70 à 80 % des exportations mondiales de gomme arabique brute.
D’une valeur à l’exportation limitée, cette ressource demeure une source de revenus essentielle pour des millions de Soudanais, insiste le Haut-Commissariat.
Mais de nombreux producteurs, commerçants et familles dépendant de la filière ont été confrontés à des menaces contre leur sécurité, à des détentions arbitraires, des pillages et des extorsions, notamment de la part des parties au conflit et de leurs alliés, selon l’ONU.
En mai 2025, par exemple, la Bourse de la gomme arabique et ses entrepôts, ainsi qu’une partie du marché local d’El-Nuhud, dans le Kordofan-Ouest, auraient été pillés par les FSR alors que les stocks étaient prêts à être exportés, provoquant une importante désorganisation du commerce local.
Selon le rapport, certaines quantités provenant des zones contrôlées par l’armée soudanaise sont acheminées vers Port-Soudan (Est) pour être exportées, tandis que des volumes importants issus des territoires contrôlés par les FSR empruntent des routes de contrebande vers des pays voisins.
L’ONU met aussi en garde contre le rôle joué par certains États voisins et pays de transit dans la circulation de cette ressource, qui pourrait arriver sur le marché sous une autre origine, complexifiant son contrôle.
Volker Türk a appelé les gouvernements à renforcer les mécanismes de responsabilité, de traçabilité, de contrôle réglementaire et d’accès aux recours pour les victimes.
« Les entreprises ne peuvent pas continuer à fonctionner aveuglément lorsqu’elles s’approvisionnent auprès de chaînes de valeur touchées par un conflit », a déclaré M. Türk.
« Elles devraient mettre en place une vigilance renforcée […] notamment en examinant plus attentivement les itinéraires, les intermédiaires, les documents et les éventuels changements d’étiquetage, et veiller à ce que les personnes affectées aient accès à des mécanismes sûrs et efficaces de plainte et de réparation », a-t-il ajouté.
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