Guinée: large victoire du parti présidentiel aux législatives et municipales, selon les résultats provisoires
Avec notre correspondant à Conakry, Tangi Bihan
Côté résultats, le mouvement Génération pour la modernité et le développement (GMD) de Mamadi Doumbouya et ses partis alliés remportent l’essentiel des 147 sièges à l’Assemblée nationale, alors que les partis d’opposition comme le Front démocratique de Guinée (Frondeg) ou le Bloc libéral devront se contenter d’un siège chacun.
À lire aussiÉlections en Guinée: faible affluence dans les bureaux de vote, les électeurs ont voté dans le calme
Même tendance pour les élections communales : le GMD remporte la majorité absolue ou relative dans la quasi-totalité des conseils communaux, que ce soit à Conakry ou dans les villes de l’intérieur du pays.
Selon ces résultats provisoires, aucune grande ville n’a été gagnée par une liste d’opposition.
Côté participation, la Direction générale des élections a annoncé un taux de 52,87 % pour les législatives et de 58,51 % pour les communales, des chiffres jugés « peu crédibles » par Ibrahima Diallo, l’un des leaders des Forces vives, qui pointe la faible affluence dans les bureaux de vote.
« Défaillances opérationnelles »
Pour leur part, les observateurs du Wanep avaient relevé des « défaillances opérationnelles » dans l’organisation du double scrutin et même des « cas avérés de corruption, de pression et d’ingérence administrative » dans certaines circonscriptions.
Côté pouvoir, Jean-Paul Cédy, fraîchement élu député, se félicite que la mouvance présidentielle ait été « plébiscitée ». Et il ajoute : « Il nous revient de mettre tout cela en musique pour obtenir des résultats concrets » pour la population.
Selon le Code électoral, les candidats à la députation ont huit jours pour déposer un recours. Les candidats aux élections communales ont, eux, trois jours.
Des recours déposés
le Frondeg d’Abdoulaye Yéro Baldé conteste les résultats de ces deux scrutins dans plusieurs circonscriptions, et annonce qu’il va exercer son droit de recours. Au-delà des polémiques autour des résultats, l’opposition estime que la monopolisation du pouvoir comporte des risques pour le pays.
Des institutions monocolores sont non seulement néfastes pour la vie démocratique, mais aussi pour le développement économique du pays, estime Samba Camara, un cadre du Frondeg.
« Ils vont penser que tout ce qu’ils sont en train de faire, c’est bon, parce que personne ne les conteste. Je suis sûr que pendant cet intervalle de temps qu’ils vont gouverner, si le pays devait aller à soixante à l’heure dans le cadre de développement, il n’ira qu’à dix ou quinze kilomètres à l’heure, parce qu’ils pensent que tout ce qu’ils font est bon. Il n’y a personne qui peut leur dire « Non, ça ce n’est pas bon.« C’est très important, quelle que soit ta force, d’avoir un opposant à côté de toi, qui peut parfois t’aider à orienter la boussole, à orienter le navire. Mais dire que je suis seul dans le navire c’est à leur risque et péril ».
Aucun problème, rétorquent les autorités. Pour Jean-Paul Cédy, député de la mouvance présidentielle, pas besoin d’une opposition forte. « On n’a jamais été [dans l’idée d’avoir] un contre-pouvoir, pour un contre-pouvoir. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de développement, ce n’est pas une dynamique d’opposition politique. Ce qui a plu aux Guinéens pour élire notre président de la République, c’était sa vision de mettre en avant l’union, l’intérêt général de la Guinée et d’aller vers une politique de développement, et non pas une politique idéologique. Donc, vouloir avoir des opposés idéologiques n’est aujourd’hui pas à l’ordre du jour ».
Les partis se réclamant de l’opposition, comme le Frondeg ou le Bloc libéral, devront se contenter des miettes. Selon les résultats provisoires, ils n’ont obtenu chacun qu’un seul député sur 147. Ce double scrutin doit marquer une nouvelle étape vers un retour à l’ordre constitutionnel depuis le coup d’État de septembre 2021.
Crédit: Lien source