Haine en ligne : cinq réflexes pour le Cameroun

[DIGITAL Business Africa] – Face à la montée des discours haineux, des manipulations informationnelles, des deepfakes et des campagnes de harcèlement sur les réseaux sociaux, la lutte contre la haine en ligne ne peut plus être l’affaire exclusive des plateformes numériques ni des autorités publiques. Elle commence aussi par les comportements quotidiens des internautes.

C’est l’un des principaux messages portés par Beaugas Orain DJOYUM, président de Smart Click Africa et directeur général d’ICT Media STRATEGIES, lors de l’atelier de lutte contre la haine en ligne organisé le 25 mai 2026 à Yaoundé par le ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel) et l’association One Nation.

Dans son exposé consacré aux algorithmes de recommandation, à l’économie de l’attention et aux mécanismes de manipulation émotionnelle sur Internet, l’expert a formulé plusieurs recommandations pratiques destinées aux citoyens camerounais.

Ne pas partager avant de vérifier

Premier réflexe recommandé : prendre le temps de vérifier avant de partager.

Dans un environnement numérique où les contenus les plus émotionnels circulent souvent plus rapidement que les informations vérifiées, chaque utilisateur doit développer une culture du doute raisonnable.

Une capture d’écran, une vidéo virale ou une publication largement relayée ne constitue pas automatiquement une preuve. Les internautes sont invités à rechercher la source originale, à vérifier la date, à consulter plusieurs médias crédibles et à utiliser les outils de vérification disponibles avant toute diffusion.

Cette précaution devient d’autant plus importante à l’ère de l’intelligence artificielle, où les deepfakes, les clonages vocaux et les contenus manipulés s’avèrent de plus en plus sophistiqués. Pour Beaugas Orain, « voir ne suffit plus pour croire. Il faut douter, vérifier avant de partager »

Les administrateurs de groupes ont aussi des responsabilités

L’exposé de Beaugas Orain DJOYUM rappelle également que les administrateurs de groupes WhatsApp, Facebook ou Telegram jouent un rôle essentiel dans la prévention de la haine en ligne.

Administrer un groupe ne consiste pas uniquement à recruter des membres ni à animer les échanges. Cela implique aussi la mise en place de règles claires, la modération des discussions, la suppression des contenus dangereux et la sanction des récidivistes.

Dans de nombreux cas, les groupes de discussion deviennent les premiers vecteurs de propagation de rumeurs, de messages tribalistes ou de campagnes de désinformation. Les administrateurs constituent donc une première ligne de défense contre ces dérives.

Signaler les contenus dangereux

Plutôt que de répondre à la haine par la haine, Smart Click Africa recommande aux citoyens d’utiliser les mécanismes de signalement des plateformes numériques.

Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, X ou encore Telegram disposent tous d’outils permettant de signaler des contenus incitant à la violence, au harcèlement ou à la discrimination.

L’objectif n’est pas seulement de protéger les personnes directement visées, mais également d’empêcher l’amplification de contenus susceptibles de déstabiliser le débat public ou d’alimenter les tensions sociales.

Mobiliser les institutions nationales

La lutte contre la haine en ligne ne relève pas uniquement des plateformes étrangères.

Au Cameroun, plusieurs institutions peuvent être saisies lorsqu’un contenu constitue une menace sérieuse pour la cohésion sociale ou la sécurité des personnes. Parmi elles figurent notamment le ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel), l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (Antic), le Centre de réponse aux incidents de sécurité informatique (CIRT), les autorités judiciaires ainsi que les services de sécurité compétents.

Les organisations de la société civile, comme One Nation, Smart Click Africa ou encore Civic Watch, engagées en faveur de la citoyenneté numérique, peuvent également accompagner les victimes ou orienter les démarches de signalement.

Documenter avant d’agir

Autre recommandation importante : conserver les preuves.

Lorsqu’un contenu problématique est identifié, Beaugas Orain conseille d’effectuer des captures d’écran, d’enregistrer les liens, de noter les dates de publication et d’identifier les comptes ou groupes concernés.

Ces éléments peuvent s’avérer précieux pour les plateformes numériques lors des procédures de modération, pour les autorités en cas d’enquête ou encore dans le cadre d’éventuelles procédures judiciaires.

Toutefois, l’expert met en garde contre un piège fréquent : en voulant dénoncer un contenu haineux, certains internautes contribuent involontairement à lui donner davantage de visibilité. Il convient donc de documenter sans amplifier.

Construire une culture numérique de responsabilité

Pour Smart Click Africa, la lutte contre la haine en ligne ne pourra être efficace qu’à travers une mobilisation collective associant les citoyens, les familles, les écoles, les médias, les plateformes numériques, la société civile et les pouvoirs publics.

À l’heure où plus de 5,9 millions de Camerounais utilisent Facebook et où les réseaux sociaux occupent une place croissante dans l’information, la participation citoyenne devient un levier essentiel pour préserver un cyberespace pacifique, inclusif et respectueux de la diversité.

Le défi n’est plus seulement technologique. Il est aussi éducatif, culturel et citoyen. Dans une société de plus en plus connectée, la véritable innovation ne résidera pas uniquement dans les algorithmes, l’intelligence artificielle ou les plateformes numériques, mais dans notre capacité collective à faire du numérique un outil de cohésion plutôt que de division. « À nous de choisir ce que nous voulons rendre viral », conclut Beaugas Orain DJOYUM qui a poursuivi le lendemain avec des cas pratiques de signalement de contenus haineux sur Facebook et de vérification de fake news et deepfakes.

Par Digital Business Africa


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