« IA : la vraie bataille est organisationnelle, pas technologique »

Au-delà de la technologie, l’IA exige une révolution du travail. Comment les entreprises peuvent-elles s’adapter pour libérer le potentiel de leurs équipes ?

Par Arnaud Gangloff, Président de Kéa (*)

Les entreprises françaises n’ont jamais autant investi dans l’intelligence artificielle et peinent encore à en tirer de la valeur. Malgré des investissements conséquents dans des infrastructures technologiques, la formation de leurs équipes et des capacités propres de recherche, la plupart ont du mal à passer de l’expérimentation à un impact significatif sur leur performance. Ce décalage révèle une réalité souvent sous-estimée : elles pensent mener une bataille technologique, alors que derrière la course aux outils, se cache un chantier bien plus complexe et déterminant : la transformation de leur organisation.

En réalité, il n’y a pas plus humain que le déploiement de l’intelligence artificielle. Déployer des agents d’IA de manière efficace nécessite en effet des process clairs, standardisés et explicites. Or, beaucoup d’entreprises ont développé au fil de leur histoire des façons de travailler aujourd’hui peu adaptées à des organisations désormais pilotées par la donnée ou des agents : décisions basées sur l’habitude plutôt que sur l’éclairage des données, arbitrages implicites entre services, règles de gestion jamais formalisées et processus métiers qui varient d’une équipe à l’autre, etc. Lorsqu’on sait que l’âge moyen des entreprises du CAC 40 dépasse 100 ans, on mesure le poids de l’héritage organisationnel qui les sépare des acteurs nés à l’ère numérique.

La capacité de l’économie française à tirer profit de l’IA dépend donc dès aujourd’hui de la rapidité avec laquelle les entreprises feront évoluer leur manière de travailler. Or, si selon une étude récente, seulement 20 % des organisations ont redessiné en profondeur certains pans de leurs activités pour intégrer l’IA, plusieurs exemples nous prouvent que cela est possible. Ainsi, des entreprises comme Carrefour ou Décathlon sont reconnues pour avoir repensé leurs processus métiers, réinventant au passage des métiers de terrain comme celui de vendeur, désormais délestés des tâches administratives et logistiques.

Cette transformation organisationnelle ne signifie donc pas déshumaniser l’entreprise, bien au contraire. Il s’agit de libérer les collaborateurs des tâches répétitives et chronophages pour les recentrer sur ce qui fait la valeur de leur expertise : le jugement, la créativité, la relation client, la résolution de problèmes complexes, la sécurité ou la réputation. Cela implique en revanche de repenser les rôles, de clarifier les responsabilités et d’accepter que certaines décisions soient prises différemment. 

Les entreprises qui réussiront cette transition sont celles qui sauront engager dès maintenant trois chantiers simultanés : simplifier et réorganiser leurs processus métiers, former massivement leurs équipes, non pas seulement aux outils, mais à la collaboration homme-machine, et surtout, faire évoluer leur culture managériale vers plus de transparence et de rigueur dans la prise de décision.

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Loin des discours alarmistes, la révolution de l’IA relève donc davantage d’une transformation profonde du travail et des organisations que d’une destruction massive de l’emploi. Une transformation qui ne se jouera pas dans les laboratoires ou les lignes de code, mais sur le terrain — dans les usines et les salles de réunion, là où se décide, au quotidien, la façon dont une organisation fonctionne réellement.

(*) Diplômé de l’ESSEC, Arnaud Gangloff a réalisé toute sa carrière dans le conseil. En 2001, il a participé à la création de Kea & Partners, dont il est aujourd’hui le président-directeur général. Il a contribué à faire de Kea & Partners un acteur de référence dans le monde du conseil de direction générale, pionnier et innovant dans le domaine de la transformation des entreprises. Depuis plus de quinze ans, il porte et oriente les travaux de R&D du cabinet en la matière (innovation managériale, entreprise alerte, transformation responsable…).
En tant que dirigeant, il a développé une conviction : au-delà des citoyens, de l’Etat, des acteurs de la société, l’entreprise a un rôle à jouer pour que la société dans son ensemble soit soutenable demain, d’un point de vue social et environnemental. Il a co-signé ou signé plusieurs tribunes en faveur de la loi Pacte, afin de redonner à l’entreprise la place qu’elle se doit d’avoir, en particulier dans le champ de sa responsabilité sociale et sociétale au sens large. Il a également témoigné, aux cotés de 7 autres dirigeants, dans le livre blanc : « Entreprise à mission : 10 bonnes raisons d’y aller » et est un membre actif de la Communauté des Entreprises à Mission. Engagé dans l’action aux côtés de ses clients, il travaille principalement sur des grands projets de transformation à l’international dans des environnements complexes.

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