INFO RMC SPORT. Aston Villa et Annecy, c’est signé: pourquoi ce n’est pas une multipropriété comme on l’entend

INFO RMC SPORT. En faisant entrer le fonds V Sports, qui détient Aston Villa, dans son tour de table, le FC Annecy passe un cap important dans son évolution, sans basculer dans la multipropriété des modèles connus en France avec Chelsea (à Strasbourg) ou Manchester City (à Troyes). La raison est simple: V Sports participe à une augmentation de capital en tant qu’actionnaire minoritaire (30%) dans un fonctionnement gagnant-gagnant sur la formation. Le contrat entre les dirigeants français et britanniques, signé ce mardi 2 juin, propulse Annecy dans une nouvelle dynamique et pourra passer le cap de la DNCG dans 10 jours avec une idée plus claire de sa saison du centenaire.

Avant le mariage du jour, il y a eu… la rencontre. Pour cela, il faut remonter à la fin de la saison 2024-2025, quand des dirigeants d’Aston Villa s’assoient comme des spectateurs anonymes, dans les gradins du Parc municipal des sports d’Annecy lors du dernier match de la saison, face à Grenoble. Leur idée? Prospecter en France pour repérer l’endroit idéal pour développer une collaboration sur la formation. Cette phase de « scouting » comme on la décrit très souvent pour des joueurs mais accolée à la recherche d’un club, se poursuit ensuite, en direct, par une série de rencontres sur les bords du lac avec les dirigeants mais aussi quelques personnalités du territoire : il leur faut en effet sonder la pertinence de cette projection auprès de l’écosystème local.

Le courant passe, les idées se complètent, les planètes s’alignent: les réunions en Haute-Savoie et en Grande-Bretagne, ou par visio entre Annecy et Birmingham s’intensifient cet hiver, tandis que les avocats prennent la main dans la dernière ligne droite finale dans le mois de mai avec cette issue annoncée ce 2 juin.

Qui est V Sports?

Chercher son origine revient à trouver qui se cache derrière « V », en l’occurrence « Villa ». Il s’agit donc… d’Aston Villa, car cette société, détenue depuis 2018 par un milliardaire américain (Wes Edens) et un Egyptien (Nassef Sawiris), complétée par une société d’investissement américaine (Atairos) détient le club de Birmingham, en version masculine et féminine. Cette holding a ensuite développé son entité en signant un partenariat avec un club égyptien (ZED FC), puis le Vissel Kobe (Japon) ou encore avec l’ASEC Mimosas (Côte d’Ivoire). À cela s’ajoutent des participations dans les clubs de Vitoria au Portugal et du Real Union, le club de la famille d’Unaï Emery, l’entraîneur des Villans.

Depuis ce jour, le CV de V Sports comporte donc un nouveau nom: le FC Annecy, qui a vu se multiplier les visites très régulières de Matthew Kidson, responsable du développement à Aston Villa et de Tony Carss, responsable des joueurs prêtés pour affiner les contours du travail en commun.

Pourquoi Annecy?

Parce que comme tout club de Ligue 2, il avance dans une période d’incertitudes générales et globales sur le financement, sur fond de droits TV en berne. Un club qui veut continuer de grandir, sereinement, en misant à terme sur la formation et le trading: « Nous avons eu le cas il y a quelques mois d’un joueur qui a signé au Bayern Munich (Noah Codjo-Evora), car nous étions dans l’incapacité de lui faire signer quelque chose. Nous n’avions pas l’outil opérationnel en termes d’hébergement et de structures d’entraînement », explique Sébastien Faraglia, le président du club.

Des paroles aux actes, les dirigeants savoyards mettent dans la corbeille du marié les avancées structurelles récemment obtenues: installation par la mairie d’une pelouse hybride, avec le changement du (très vieux) dispositif d’éclairage qui reposait sur des ampoules, offertes par… le PSG! Fini donc le terrain peu propice au jeu en hiver: la pelouse est notée cette saison 2019-2020 par la LFP. Un détail qui n’en est pas un pour les joueurs éventuellement prêtés par le club britannique …

Les « visiteurs » anglais notent aussi la montée en puissance sur le terrain avec, depuis dix ans, Jean-Philippe Nallet, le directeur technique à la manœuvre. La partie visible – les résultats de l’équipe de Laurent Guyot, arrivé au club en 2021 et prolongé jusqu’en 2028 – le prouve, avec une montée de National à Ligue 2 en 2022, puis une progression constante dans les classements: 17e en 2023, 14e en 2024, 6e en 2025, 7e en 2026, mais plus de points (52) que son total historique.

Le tout est complété par les bonnes dynamiques des équipes des jeunes du club: la réserve arrive en National 2, les U17 jouent en championnat de France tandis qu’une autre équipe joue son accession le prochain week-end. De quoi devenir « the place to be » pour le club anglais dans sa volonté de développer des nouveaux talents hors de son pré carré britannique.

Pour faire quoi?

Annecy n’est pas dans une multipropriété comme on les connait depuis quelques temps dans le monde du football. « J’insiste sur ce fait, précise le patron Sébastien Faraglia, car cette entrée se déroule dans un processus d’augmentation de capital et que V Sports arrive comme minoritaire (30%), sans racheter les parts d’un des 25 actionnaires présents dans le tour de table. »

Ce nouvel apport va permettre prioritairement d’investir dans du durable et dans la formation avec un dossier au-dessus de la pile: les bâtiments du lieu de vie à quelques centaines de mètres des quatre terrains d’entraînement nécessaires pour remplir le cahier des charges de la FFF. L’actuel siège officiel du club – de simples bâtiments modulaires sur deux étages à côté du Parc Municipal des sports – complètera le nouveau FCA dans un investissement évalué à 11 millions d’euros.

Car c’est dans cette aide à structurer le club au niveau de sa formation qu’intervient cette arrivée. « Dans un contrat gagnant-gagnant, des joueurs en manque de matches vont prolonger la collaboration, concrétisée cette saison, avec les prêts de Triston Rowe et Travis Patterson », détaille encore le patron qui ajoute: « nous allons travailler aussi sur les échanges de méthodologies et d’individualisation des séances, avec des formations pour nos éducateurs avec leurs homologues anglais. »

Aston Villa pourrait aussi dénicher des talents de la région pour ses équipes en Angleterre comme le club l’a fait sur des collaborations de ce modèle, en Asie ou en Afrique. « Il ne s’agit pas de brûler des étapes, mais c’est à la fois un coup de fouet à notre projet de formation mais une assurance comme un gage de sérieux pour tout l’écosystème », dit-on dans les bureaux annéciens où les dirigeants ont obtenu le bail emphytéotique du terrain du futur centre de formation le 12 mars dernier à l’unanimité du conseil municipal.

Concrètement, ça change quoi?

Ne comptez pas sur le président Sébastien Faraglia et ses actionnaires pour s’emballer et annoncer une ambition démesurée à court terme, avec recrutement XXL afin d’atteindre l’élite du foot français dans l’année. Au pied des montagnes, où l’on sait ce que veut dire la formule « marche après marche » dans les ascensions, on a aussi le souvenir tenace que les derniers passages à ce niveau se sont terminés devant le tribunal de commerce: en 1987, pour Thonon, en 1993 pour le FCA ; en 2016 pour l’ETG Evian Gaillard…

Et cela ne change rien non plus dans la gestion au quotidien, puisque cette arrivée n’est pas signe d’une « OPA agressive, il n’y a aucune volonté prédatrice », prévient-on en interne de part et d’autre. Il s’agit juste de donner les moyens au FCA de poursuivre la politique engagée et d’offrir du développement à des jeunes prometteurs du territoire sans qu’ils se délocalisent ailleurs dans la région, à l’OL ou à l’ASSE. « C’est une collaboration intelligente », comme la décrit Sébastien Faraglia. « Cela accélère notre projet en matière de formation, cela le rend plus robuste avec une synergie de moyens et une mise à disposition de savoir-faire d’un immense club. »

Et la Ligue 1 dans tout cela, un étage du foot professionnel que la comète ETG a porté entre 2011 et 2015, avant la descente aux enfers et la liquidation en juillet 2026? « Il ne faut pas brûler les étapes », calment les dirigeants alors que les joueurs en parlent. Ainsi, le seul joueur à avoir tout connu depuis le National 2 et son arrivée en 2020, le capitaine Ahmed Kashi, ne cachait pas son ambition fin avril dernier dans une interview au Dauphiné Libéré: « Mon objectif est de monter en Ligue 1 avec le club, c’est vraiment ça qui me fait continuer à jouer. Je me lève tous les jours avec cette motivation, c’est ce qui m’anime. Il faut que j’y arrive. J’ai vécu des montées et, à chaque fois, c’est l’état d’esprit collectif qui a fait la différence. Il faut être chiant sur ça (sourire). »

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