Interview. Dieudonné Ndinga Moukala: « Uni Congo développe un programme d’accompagnement articulé des PME locales »
Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : Quelles sont vos principales priorités en tant que nouveau président d’Uni Congo ?
Dieudonné Ndinga Moukala (D.Nd. M.) : Permettez-moi d’abord de saluer la confiance de mes pairs et de rendre hommage au travail accompli par mon prédécesseur, dont la nomination à des fonctions ministérielles honore l’ensemble du patronat congolais. Ma première responsabilité est d’inscrire mon action dans cette continuité, en consolidant les chantiers engagés.
Je souhaite, d’une part, renforcer l’influence du secteur privé dans les décisions publiques, afin que les politiques économiques soient davantage en phase avec les réalités des entreprises. D’autre part, nous devons poursuivre nos efforts en faveur de l’amélioration du climat des affaires, en nous inscrivant dans une logique de résultats concrets. Enfin, il est essentiel de continuer à développer des services à forte valeur ajoutée pour nos adhérents, afin qu’Uni Congo soit non seulement une organisation de représentation, mais aussi un véritable partenaire de leur croissance.
L.D.B. : Comment comptez-vous renforcer la collaboration entre les membres d’Uni Congo ?
D.Nd. M. : La cohésion interne est un levier essentiel de notre efficacité collective. Nous devons franchir un cap en allant vers davantage d’interactions, de partage, de co-construction… et surtout davantage d’opportunités d’affaires entre nos membres. Cela passera notamment par le renforcement du rôle des fédérations, qui doivent s’affirmer comme de véritables espaces d’expression, de structuration des positions sectorielles, mais aussi d’identification d’opportunités concrètes de collaboration.
Parallèlement, nous continuerons à développer activement la mise en relation entre adhérents, en multipliant les occasions d’échanges: formations, déjeuners d’affaires, rencontres sectorielles, mais aussi avec des formats plus informels comme les afterworks. L’objectif est clair : favoriser les échanges d’expériences, mais surtout créer des passerelles business concrètes entre entreprises.
Au-delà de la logique de réseau, mon ambition est de faire d’Uni Congo une véritable communauté d’acteurs économiques, structurée, engagée et orientée vers les résultats, capable non seulement de porter des positions communes, mais aussi de générer de la valeur pour ses membres en développant des synergies durables et en facilitant le “faire des affaires ensemble”.
L.D.B. : Quels défis spécifiques envisagez-vous pour les entreprises en République du Congo, et comment Uni Congo peut-elle aider à les surmonter ?
D.Nd. M. : Les entreprises congolaises évoluent dans un environnement marqué par plusieurs défis structurels : la trésorerie et les délais de paiement, particulièrement vis-à-vis de la commande publique ; le coût et la qualité des facteurs de production (Energie, transport, connectivité) ; la pression fiscale et parafiscale, la complexité administrative et les difficultés d’accès au financement bancaire pour les PME ; l’insuffisance d’une main-d’œuvre qualifiée alignée sur les besoins réels ; la nécessaire formalisation d’une économie où l’informel reste prédominant ; enfin, la prévisibilité dans l’application des règles, qui conditionne la confiance et l’investissement.
Face à ces défis, Uni Congo doit jouer pleinement son rôle de plaidoyer documenté : produire des analyses chiffrées, formuler des propositions techniques précises, accompagner concrètement nos membres et renforcer les partenariats avec les institutions de financement. Notre rôle, en somme, est simple : permettre aux entreprises de passer moins de temps à gérer les contraintes, et plus de temps à créer de la valeur.
L.D.B. : Comment envisagez-vous la relation entre Uni Congo et le gouvernement, et quelle coopération espérez-vous établir ?
D.Nd. M. : Je souhaite inscrire la relation entre Uni Congo et le gouvernement dans la continuité du dialogue constructif établi depuis longtemps. Le secteur privé n’est pas un contre-pouvoir : il est un partenaire indispensable de la mise en œuvre du Plan national de développement et de la diversification économique voulue par les plus hautes autorités.
J’aspire à une coopération structurée autour de trois leviers : la participation effective du patronat aux instances de concertation économique (Dialogue public-privé, comités de suivi des réformes du climat des affaires, consultations préalables aux lois de finances) ; des mécanismes opérationnels de résolution des difficultés rencontrées par les entreprises, notamment en matière fiscale, douanière et de commande publique ; un travail conjoint sur les chantiers d’avenir : Zone de libre-échange continentale africaine, transformation locale de nos ressources, économie numérique, transition énergétique. Notre ambition est de dépasser un simple cadre consultatif pour aller vers une véritable co-construction des politiques économiques.
L.D.B. : Quelles initiatives comptez-vous lancer pour soutenir les PME locales et renforcer leur compétitivité ?
D.Nd. M. : Les PME constituent l’épine dorsale de notre économie et le principal gisement d’emplois pour notre jeunesse. Nous développerons un programme structuré d’accompagnement articulé autour de la formation des dirigeants, du mentorat, de la mise à niveau organisationnelle et de l’accès facilité à l’information économique et réglementaire. Nous renforcerons les passerelles avec les institutions de financement.
Une attention particulière sera portée à la sous-traitance et au contenu local : il s’agit de faire en sorte que les grands donneurs d’ordres (Pétroliers, miniers, BTP, télécoms) intègrent davantage les PME congolaises dans leurs chaînes d’approvisionnement, dans une logique gagnant-gagnant. L’enjeu est de faire émerger des PME plus solides, capables de croître durablement et de contribuer pleinement à la création de richesse et d’emplois.
L.D.B. : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs qui souhaitent se lancer dans le monde des affaires en République du Congo ?
D.Nd. M. : Aux jeunes Congolaises et Congolais qui aspirent à entreprendre, je voudrais d’abord dire ceci : votre pays a besoin de vous. La diversification de notre économie ne se fera pas sans une nouvelle génération d’entrepreneurs audacieux, rigoureux et patriotes. Mes conseils tiennent en cinq points : partir d’un besoin réel du marché plutôt que d’une idée séduisante mais sans fondement. La réussite repose sur la rigueur autant que sur l’intuition. Adopter la formalisation et la rigueur de gestion : une comptabilité claire, la séparation des finances personnelles et professionnelles, ainsi que la déclaration de l’activité sont les fondations d’une croissance durable et d’un accès futur au financement.
Investir dans la formation continue : management, marketing digital, gestion financière, langues, intelligence économique. De nombreuses ressources, y compris en ligne, sont aujourd’hui accessibles gratuitement ou à coût réduit. Cultiver la patience et la persévérance. L’entreprise est une course de fond: c’est dans la durée que se construit la valeur. Ne pas entreprendre seul. Rejoignez des réseaux et des structures d’accompagnement. Uni Congo sera attentive à mieux intégrer les jeunes entrepreneurs et à leur ouvrir des espaces de mentorat avec des dirigeants confirmés.
À tous, je dis : l’avenir économique du Congo se construira par vous et avec vous.
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