Jean-Vincent Holeindre, politiste : « L’innovation procède moins d’une rupture que d’une sédimentation des tactiques à travers l’histoire »
Jean-Vincent Holeindre est professeur de science politique à l’université Paris-Panthéon-Assas et directeur du Centre Thucydide, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la guerre, dont Un monde sans foi ni loi ? coécrit avec Julian Fernandez (éditions Panthéon-Assas, à paraître en juin).
Vivons-nous un moment-clé dans l’innovation et les transformations militaires ?
Oui, du fait de la nécessité, en Europe, de s’adapter à un environnement changeant et menaçant, afin de se donner les moyens de l’autonomie. L’impératif de l’innovation révèle par contraste que les Européens ont subi les transformations au lieu de les mettre en route. L’injonction à innover devient dès lors proportionnelle au « retard », technologique et stratégique, que nous accusons. Et s’il y a urgence, c’est parce que nous avons jugé improbable le retour d’une guerre majeure sur notre sol.
Sur le fond, il faut nuancer la singularité du moment. L’innovation procède moins d’une rupture que d’une sédimentation des techniques et des tactiques à travers l’histoire. Ce qui me frappe en observant les théâtres d’opérations actuels, en Ukraine notamment, c’est la combinaison de l’ancien et du nouveau. Innover, c’est savoir faire du neuf avec du vieux. Pensons à la manière dont les Ukrainiens s’adaptent, avec les moyens du bord, atteignant une masse critique par le développement de dispositifs low tech, peu coûteux : par exemple, les drones et les robots permettent d’économiser les moyens humains et de soutenir l’effort de guerre.
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