Journée nationale de réflexion du don d’organes : en Guadeloupe, le taux de refus dépasse les 58 %

Chaque année, le 22 juin est consacré à la réflexion sur le don d’organes et à l’hommage rendu aux donneurs. L’Agence de la biomédecine profite de cette date pour rappeler un message simple : si l’on est favorable au don de ses organes après sa mort, il est essentiel d’en parler à ses proches.

En France, le principe du consentement présumé est en vigueur depuis la loi Caillavet de 1976. Toute personne est considérée comme donneuse potentielle, sauf si elle a exprimé son opposition de son vivant. Pourtant, au moment du décès, les équipes médicales consultent systématiquement les familles afin de recueillir le témoignage de la volonté du défunt.

À l’échelle nationale, près de 1 600 personnes ont fait don de leurs organes en 2025, permettant la réalisation de plus de 6 100 greffes. Malgré ces résultats, plus de 23 000 patients demeurent en attente d’une transplantation.

Un taux d’opposition en forte hausse sur le territoire

En Guadeloupe, les chiffres inquiètent les professionnels de santé. Depuis le début de l’année 2026, le taux de refus au prélèvement d’organes atteint plus de 58 %, contre 35,7 % en 2024.

Pour le Dr Roland Lawson, médecin coordonnateur du prélèvement d’organes et de tissus au CHU de Guadeloupe, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution.

« Le taux d’opposition varie d’une année à l’autre. En 2024, le taux de refus était de 35,7 %, donc nous étions mieux placés que la moyenne nationale. Depuis le début de l’année 2026, nous sommes à 58 %. Il faut savoir que la population a d’autres préoccupations telles que le problème de l’eau, le problème des sargasses ou encore le problème de l’emploi. Ce sont des situations qui interfèrent, à mon avis, avec cette question de santé publique. »

Dr Roland Lawson, médecin coordonnateur du prélèvement d’organes et de tissus au CHU de Guadeloupe · ©Yannis Elie

Le praticien estime également que le manque de sensibilisation contribue à cette hausse des refus. Selon lui, les périodes marquées par de grandes campagnes d’information coïncident généralement avec une meilleure adhésion de la population au don d’organes.

Des centaines de patients toujours en attente d’une greffe

Les besoins restent pourtant importants dans l’archipel. L’an dernier, 48 greffes rénales ont été réalisées en Guadeloupe. Dans le même temps, 90 patients étaient inscrits sur liste d’attente. Depuis, 82 nouveaux malades ont rejoint cette liste et cinq personnes sont décédées. À l’échelle de la liste Antilles-Guyane, 252 patients attendent actuellement une greffe rénale.

« L’objectif, c’est que l’on en parle davantage et que chacun informe ses proches de sa décision. Le gros problème, c’est que lorsque nous avons des donneurs potentiels en réanimation, les familles ne connaissent pas forcément la volonté du défunt. Dans le doute, elles préfèrent souvent refuser le prélèvement. C’est la raison pour laquelle nous incitons tout un chacun à faire connaître son opinion, qu’elle soit pour ou contre le don d’organes. Les enquêtes qui ont été menées montrent que près de 60 % des Guadeloupéens sont favorables au don. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas informé leurs proches. Si au moins une personne sur deux le faisait, ce serait déjà une avancée considérable. »

Pour le Dr Roland Lawson, la priorité est d’inciter chacun à faire connaître sa position à son entourage. · ©Yannis Elie

Un simple échange en famille pourrait pourtant permettre de sauver plusieurs vies. C’est le message porté ce 22 juin par les acteurs du don d’organes, qui rappellent qu’un seul donneur peut permettre de greffer jusqu’à sept personnes.

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