Au Burkina Faso, l’organisation des concours de beauté féminins est désormais interdite, en attendant l’élaboration de nouvelles règles qui garantiraient “le respect de l’identité culturelle burkinabè”, selon les termes des autorités militaires à la tête du pays.
Le cas du Burkina Faso n’est pourtant pas isolé sur le continent africain.
Depuis dix ans, les interdictions ou restrictions de tenues, de types de coiffures et d’autres libertés vestimentaires des femmes se sont accrues.
L’argument de la morale
Plus les États durcissent les lois contre les femmes, plus ils fondent leurs arguments sur une démarche de souveraineté et de retour aux “valeurs africaines”. Préserver “les valeurs morales et sociales”, c’est l’argument évoqué au Burkina Faso.
Le communiqué du ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme précise que les concours de beauté sont suspendus jusqu’à ce que de nouveaux textes réglementaires soient décidés, sans donner plus de précision.
Toutefois, la suspension n’a pas provoqué de résistance chez les promoteurs et organisateurs de ce type d’événement. Les concours de beauté sont en effet la cible de nombreuses critiques depuis plusieurs mois, au Burkina Faso.
Leurs détracteurs dénoncent une mise en scène qui ne servirait qu’à exhiber l’apparence physique des jeunes filles.
Côte d’Ivoire et Sénégal : interdiction des perruques
D’autres pays connaissent un durcissement similaire des contrôles sur l’apparence des femmes.
En Côte d’Ivoire et au Sénégal, les interdits s’étendent jusqu’aux cheveux.
Lors de la dernière élection de Miss Côte d’Ivoire 2025, les perruques, tissages et extensions des cheveux naturels ont été bannis pour “valoriser une beauté naturelle, sans filtre ni artifices”, a justifié le comité d’organisation.
Le débat s’est aussi concentré sur la question de la beauté sans l’influence des “standards occidentaux”.
C’est la première fois que les cheveux artificiels sont interdits dans un concours de beauté. Cette mesure a suscité un grand débat dans le pays, où les perruques et tissages sont encore très populaires parmi les femmes.
Mais le débat ne se concentre pas uniquement sur les concours de beauté.
Le 15 juillet 2025, l’interdiction du port de perruques par le personnel du Grand Théâtre de Dakar a provoqué l’émoi des employés. Serigne Fall Guèye, le directeur du Grand Théâtre, sera contraint, deux jours plus tard, de revenir sur sa décision qu’il avait d’abord justifiée par une mission “panafricaniste”.
La décision s’était heurtée à l’opposition de la société civile et des féministes sénégalaises.
La ministre des Sports sénégalaise victime de cyberharcèlement
Au Sénégal, la dernière affaire en date concerne la ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports.
Entrée dans le nouveau gouvernement début juin, Djireye Clotilde Coly est prise a parti sur les réseaux sociaux depuis qu’elle a assisté dans les tribunes à la défaite du Sénégal contre la France au Mondial de football le 16 juin. En cause : ses cheveux courts.
Un étudiant en journalisme a été suspendu par son école après avoir publié sur Facebook que « Diomaye (le président du Sénégal, ndlr) n’aurait jamais dû nommer cette dissidente culturelle”. Cette publication est devenue virale, et nombre d’internautes s’attaquent au physique de la ministre jugé contraire aux valeurs traditionnelles.
Parmi les réactions indignées, l’ancienne Première ministre Aminata Touré dénonce des attaques « misogynes et moyenâgeuses”. Le ministère sénégalais de l’Action sociale a condamné le cyberharcèlement contre les femmes.
Les mini-jupes illégales en Ouganda
Une autre loi réprimant l’apparence des femmes est celle sur l’interdiction des mini-jupes en Ouganda. Appelée la loi contre la pornographie et adoptée en 2014, celle-ci va rester valide pendant sept ans.
Ce n’est qu’en 2021 que la Cour constitutionnelle, saisie par des plaintes d’ONG féministes, a fini par l’abroger, la jugeant “incompatible ou contraire à la Constitution de la République ougandaise”.
Au Burundi, en revanche, une disposition similaire demeure en vigueur. Il s’agit de la loi sur les violences liées au genre. La loi a été adoptée dans le but de prévenir les violences sexuelles, mais elle inclut une disposition, dans son article 60, qui stigmatise les femmes en punissant quiconque inciterait à la violence basée sur le genre par un “habillement indécent”.
Le motif : les tenues courtes des jeunes filles sur la voie publique attirent les regards et constitueraient l’une des causes des agressions. La sanction pénale prévoit une amende allant de 50 000 à 100 000 francs burundais.
L’ONG Amnesty International continue de réclamer le retrait de l’article qui risque de “stigmatiser et de renforcer des stéréotypes néfastes de genre”.
Retour des “valeurs familiales africaines”
Le 3 juin dernier, au siège du parlement ghanéen, à Accra, en dépit des pressions des activistes des droits de l’Homme, des dizaines de personnes vêtues d’habits traditionnels africains ont ouvert la quatrième Conférence sur les valeurs familiales et la souveraineté.
Le but de cette initiative, ultra-conservatrice, est de lutter contre les identités de genre non-binaires qui seraient, selon ses promoteurs, une “importation de l’Occident”.
Le groupe, composé entre autres de parlementaires, de responsables religieux et d’acteurs de la société civile, entend achever la rédaction d’une Charte des valeurs africaines, entamée en Ouganda en 2023, en bannissant certains droits fondamentaux des femmes comme l’avortement.
Un sujet déjà sensible en Afrique, où l’interruption d’une grossesse peut coûter jusqu’à dix ans de prison dans un pays comme Madagascar. La Mauritanie et l’Egypte criminalisent aussi l’avortement.
En République démocratique du Congo, au Sénégal, à Djibouti et en République du Congo, l’avortement est aussi illégal, mais il demeure toutefois possible sur justification médicale.
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