L’Assemblée nationale ferme la porte à l’exploitation des hydrocarbures : la Guyane exprime sa déception et ne compte pas baisser les bras

La déception est grande chez les élus et dans certaines entreprises du territoire, qui s’étaient mobilisés en faveur d’une relance de l’exploitation des hydrocarbures en Outre-mer. Rejetée ce jeudi 11 juin par l’Assemblée nationale avec 74 voix contre et 64 pour, la proposition de loi suscite de nombreuses réactions en Guyane. Porté par le sénateur Georges Patient, le texte avait été adopté au Sénat en janvier dernier. Dans un communiqué sur sa page Facebook, le sénateur précise que le débat n’est pas clos.

« Le débat n’est pas clos. Les besoins des Outre-mer demeurent. Ce vote démontre au contraire qu’il est devenu impossible de parler sérieusement d’autonomie, de responsabilité et de développement sans donner aux territoires les moyens de décider eux-mêmes de leur destin. Je continuerai à défendre cette exigence »

Georges Patient, Sénateur de la Guyane

Même son de cloche pour les autres élus

Malgré ce non de l’Assemblée nationale, les élus guyanais unis et favorables à l’autorisation de l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer, ne comptent pas baisser les bras et entendent poursuivent leur mobilisation afin que la question des ressources naturelles et du développement économique de la Guyane ne quitte jamais les discussions nationales.

« En ce jour, je suis en rupture, mais aligné : en rupture avec l’hypocrisie qui prédomine sur les bancs de cette assemblée et avec ceux qui se drapent, avec complaisance, dans une vertu complètement hors-sol, aligné avec ce qui m’anime, la défense de ceux qui, à des milliers de kilomètres d’ici, attendent, dans des conditions de vie souvent indignes, que leur situation évolue » dénonce Davy Rimane, député de la 2eme circonscription de Guyane.

« Notre responsabilité, aussi c’est d’appeler la population à se mobiliser, parce qu’on n’a pas d’autres choix et c’est aussi la raison pour laquelle on veut s’émanciper politiquement, on veut pouvoir décider nous-mêmes. Parce que si on avait un statut comme la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie, on n’en serait pas là à plaider et ne pas être entendu » regrette le député de la 1re circonscription de Guyane, Jean Victor Castor.

« Nous déplorons ce rejet, ce texte avait un large consensus entre le monde économique et les parlementaires. Nous prenons acte, mais cette décision doit interroger sur la réelle prise en compte de nos besoins par les députés en France Hexagonale. Jean-Luc Mélenchon, candidat aux élections présidentielles, nous promet d’aller vers une large autonomie, mais alors que la LFI vote contre le texte(…) ça nous interroge, on va se réunir avec les élus pour en parler et analyser » explique Michel Ange – Jérémie, Président de l’association des Maires de Guyane.

Faible participation des autres députés ultramarins

À noter que la faible participation des élus ultramarins sur ce vote a été fortement remarquée par les élus guyanais. Sur les 27 députés, seulement 9 étaient présents hier, lors de la séance. Cette levée concernerait le pétrole en Guyane et le Gaz à Mayotte, à cette occasion la députée mahoraise du Rassemblement nationale, Anchya Bamana a réagit « Pendant que nos voisins explorent et exploitent les richesses du canal du Mozambique, la France s’interdit même d’évaluer ce que recèle son propre sous-sol. À Mayotte, nous subissons déjà les conséquences de choix décidés depuis Paris : dépendance énergétique ,sous développement et manque d’investissements. Je refuse que des dogmes écologiques condamnent notre territoire à rester spectateur de son propre avenir« .

Réactions des entreprises du territoire

Pour les acteurs écologiques du territoire, ce rejet est un soulagement.

« La Guyane est montée sur le débat national sur des questions qui nous stresse tous, celle du carburant qui fait écho à la vie chère donc de façon générale, nous sommes soulagés du fait que cette proposition ne soit pas passée, mais ça questionne aussi dans le modèle de société qu’on va envie de vivre en tant que Guyanais. Les questions statutaires sont importantes dans le cadre dans lequel nous sommes en Guyane, ne nous permettent pas d’imaginer un développement endogène à la hauteur des besoins du territoire et ça, on en est tout à fait conscient » explique Raphaelle Rinaldo, Directrice de la Sepanguy.

« On subit déjà les effets de la surconsommation des énergies fossiles, donc rajouté un poison dans l’air aux Guyanais qui va empirer la situation actuelle… Le développement doit passer par l’agriculture, on apporte l’intégralité de notre nourriture, ce n’est pas du tout normal » se réjouit Mathieu Guillaumard, Coordinateur de la Guyane Nature Environnement.

Ce vote marque une étape, mais certainement pas la fin du débat. En Guyane, la question des hydrocarbures continue d’opposer deux visions du développement économique du territoire.

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