Le District scolaire francophone Nord-Ouest, un chef de file en littératie au N.-B.

Alors que les élèves francophones du Nouveau-Brunswick peinent à atteindre les cibles de lecture fixées par le ministère de l’Éducation, les résultats du District scolaire francophone Nord-Ouest montrent une progression enviable depuis bientôt une décennie, une tendance qui s’explique par un programme de littératie mis en place par les administrateurs scolaires.

Les difficultés en lecture et en écriture des jeunes francophones inquiètent des intervenants du secteur de l’éducation depuis de nombreuses années.

Entre 2018 et 2025, la moyenne d’élèves ayant réussi le test de lecture en deuxième année est passée de 75 % à 60,2 %, alors que la cible établie par le ministère de l’Éducation est de 90 %.

Face aux résultats des élèves qui stagnent, certains ont évoqué l’idée que l’élaboration du nouveau plan d’éducation de 10 ans du Nouveau-Brunswick pourrait être l’occasion de revoir les cibles du ministère à la baisse.

Les moyennes provinciales cachent toutefois de bons résultats.

Le District scolaire francophone Nord-Ouest (DSFNO) se démarque depuis de nombreuses années par des résultats en lecture de plusieurs points de pourcentage plus élevés que ceux des autres districts.

Luc Caron, directeur général du District scolaire francophone Nord-Ouest. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Selon le directeur général sortant du DSFNO, Luc Caron, cette tendance s’explique par les efforts déployés depuis bientôt 15 ans afin d’améliorer les résultats des élèves.

Grâce à l’appui de spécialistes en littératie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), le DSFNO a mis en place en 2013 un programme pour préparer les enfants de la maternelle à l’apprentissage de la lecture et l’écriture.

On était épaulé par des chercheurs, donc ç’a été notre premier bon coup, en élaborant du matériel pour notre cohorte de maternelles, raconte M. Caron.

Orthopédagogue et professeure au Département de didactique des langues de l’UQAM, Line Laplante a collaboré au développement des programmes pour les enfants de la prématernelle et de la maternelle utilisés par le DSFNO. Ceux-ci sont axés sur la pédagogie explicite, qui diffère des approches traditionnelles par le fait que l’enseignant sert de modèle aux élèves.

On va leur montrer comment s’y prendre. Comment, par exemple, décoder un mot qu’on n’a jamais vu, comment s’y prendre pour le découper en syllabes, explique celle qui est aussi titulaire de la Chaire sur les apprentissages fondamentaux en littératie.

La titulaire de la chaire des apprentissages fondamentaux en littératie à l'Université du Québec à Montréal, Line Laplante.

La titulaire de la chaire des apprentissages fondamentaux en littératie à l’Université du Québec à Montréal, Line Laplante. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Charlotte Dubois

L’approche vise aussi à développer la conscience phonologique chez les élèves, c’est-à-dire la conscience des sons de la langue orale.

Sur le plan scientifique, c’est l’une des habiletés les plus associées […] à la réussite des premiers apprentissages en littératie, dit Mme Laplante.

C’est la raison pour laquelle un programme pour appuyer les apprentissages chez les enfants de la première année a aussi été développé et une extension de ce programme est en cours d’expérimentation pour les élèves de la 2e et de la 3e année depuis 2022.

On continue, on n’arrête pas. À partir de cette année, on travaille pour nos 4e année, la formation est déjà commencée et c’est du matériel qu’on a développé, donc on est en train de se bâtir un programme structuré de la maternelle à la quatrième année, explique Luc Caron.

Une approche qui donne des résultats

Selon Line Laplante, la littératie explicite offre une fondation solide aux enfants qui apprennent à lire.

Les enfants qui ont développé une bonne conscience des sons de la langue, qui sont capables d’associer ces sons-là aux lettres correspondantes, ce sont ceux qui deviennent les meilleurs en lecture en tout début d’apprentissage et ce sont eux qui deviennent les meilleurs en orthographe, dit Mme Laplante.

Les résultats obtenus dans le Nord-Ouest semblent lui donner raison. En 2024-2025, 72 % des élèves de la 2e année du district ont réussi l’évaluation provinciale de lecture. C’est 12 points de pourcentage au-dessus de la moyenne provinciale et près de 17 points au-dessus de la moyenne des élèves du District scolaire francophone Sud (DSFS).

Juste avant que la pandémie frappe, en 2019, les jeunes en 2e année réussissaient à un taux de 85 %. Avec la pandémie, on a pris un pas de recul, mais on est en train de renverser la vapeur avec ce que l’on voit aujourd’hui, dit Luc Caron.

Les succès obtenus par le DSFNO semblent avoir inspiré les autres districts de la province. Dans le Nord-Est, une approche semblable est en place depuis quelques années.

On a fait un effort conscient d’être à l’affût de ce qui se passe au niveau des recherches et des nouvelles façons de faire éprouvées au niveau de la littératie, explique Shannon Haché, directrice des services de soutien à l’apprentissage au District scolaire francophone Nord-Est (DSFNE).

Une salle de classe vide.

Le District scolaire francophone Nord-Est a lui aussi adopté un programme de littératie structuré pour ses élèves de la maternelle à la troisième année. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Le programme, en place depuis deux ou trois ans pour les élèves de la maternelle à la troisième année, commence à porter des fruits, dit-elle.

Même si les progrès demeurent timides pour l’instant, Mme Haché explique qu’il faut laisser le temps aux initiatives de faire leur chemin.

Ces élèves vont grandir et continuer de passer à travers de notre système et on devrait avoir de belles répercussions dans le futur. C’est déjà ce que l’on remarque à première vue, prédit-elle.

Le défi de l’immigration

Le DSFS a lui aussi mis sur pied un nouveau programme de littératie depuis environ trois ans dans l’espoir d’améliorer les résultats en lecture de ses élèves.

On travaille surtout de la maternelle à la cinquième année, avec notre personnel dans les écoles, explique la directrice générale du DSFS, Monique Boudreau.

Cependant, le sud de la province est confronté à des défis qui feront en sorte que les succès du DSFNO seront plus longs à reproduire, nuance-t-elle.

Monique Boudreau pose pour la photo.

La directrice générale du District scolaire francophone Sud, Monique Boudreau. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

Elle cite notamment le fait que de nombreuses communautés que l’on retrouve sur le territoire du DSFS, notamment Moncton, Fredericton, Saint-Jean et Miramichi, évoluent dans un contexte minoritaire.

Le district doit aussi composer avec le fait que sa population d’élèves est de plus en plus hétérogène.

Alors que les élèves issus de l’immigration ne formaient que 12 % des effectifs scolaires du DSFS en 2022-2023, cette proportion a bondi à près de 20 % en 2024-2025.

Cette réalité signifie que des ressources doivent être consacrées à la francisation, ce qui en laisse moins pour la littératie.

On a plus d’immigration, ce qui fait en sorte qu’on a plus d’élèves qui ont des besoins en actualisation linguistique, qui ont besoin d’apprendre la langue, dit Mme Boudreau.

Selon elle, c’est ce contexte qui explique que les résultats en lecture des élèves de son district n’ont pas retrouvé leurs niveaux d’avant la pandémie.

Surtout au primaire, c’est vrai qu’on a un écart lorsqu’on se compare par rapport à la province, mais lorsqu’on arrive en 7e ou au test de compétence langagière au secondaire, c’est là qu’on voit qu’on est beaucoup plus près de la moyenne provinciale, illustre-t-elle.

Et c’est sans compter le fait qu’il n’y a que 60 % des élèves du DSFS qui ont le français comme langue maternelle, comparativement à environ 88 % dans le DSFNO.

C’est difficile de transposer les mêmes stratégies qui se passent dans le Nord-Ouest parce qu’on n’a pas nécessairement les mêmes réalités et on n’a pas la même clientèle, ajoute Monique Boudreau.

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