Le paysage médiatique néo-brunswickois se transforme plus vite que jamais

IJL

Le paysage médiatique au Nouveau-Brunswick a bien changé en une assez courte période. Les changements les plus importants ont été observés du côté de la presse écrite. Qu’est-ce que cela signifie pour l’avenir de ce véhicule d’information dans la province?

Selon le Local News Research, une plateforme en ligne gérée par des universitaires qui observe la situation des médias d’information au Canada, 13 d’entre eux ont fermé leurs portes depuis 2008 au Nouveau-Brunswick.

Au Canada, 490 quotidiens et journaux communautaires ont connu le même sort entre 2008 et juin 2026.

On peut aussi observer que c’est la presse écrite qui a subi le plus de changements au cours de cette période au Nouveau-Brunswick, alors que 19 journaux ont connu des bouleversements, contre cinq publications numériques, deux radios et trois du côté de la télévision.

Comme son plus récent rapport date du début juin, ces données ne prennent pas en compte les récentes fermetures, par Postmedia, des journaux Infoweekend et l’Étoile à la fin juillet, ainsi que du Miramichi Leader qui a cessé ses activités quelques semaines plus tôt.

En 2025, le Centre canadien de politiques alternatives, un institut de recherche progressiste fondé en 1980, indiquait dans un rapport que le Nouveau-Brunswick avait perdu 13% de ses médias d’information locaux (imprimés et en ligne) depuis 2008 dans des communautés de moins de 100 000 habitants.

Selon ce rapport, il n’est devancée à ce chapitre que par l’Île-du-Prince-Édouard (19%), le Québec (30%) et Terre-Neuve-et-Labrador qui a perdu un pourcentage ahurissant de 73% de ses mé

dias locaux imprimés et en ligne en moins de 20 ans.

Au Nouveau-Brunswick, bien des fermetures de journaux dans la province remontent aux 10 dernières années. Entre autres, Brunswick News a procédé à la fermeture de publications comme Le Madawaska à Edmundston, certaines éditions locales de l’Étoile (comme La Cataracte et La République) en 2018, ainsi que le Victoria Star et le Bugle Observer dans les années qui ont suivies.

L’Aviron, publication francophone à Campbellton, a fermé ses portes en 2015. Du côté anglophone, quatre journaux (The Tides, The Valley Viewer, The Sussex Herald et The Hampton Herald) ont cessé de paraître en raison de la fermeture de Ossekeag Publishing en 2018. Le Sackville Tribune-Post a quant à lui fermé ses portes en 2021.

Du côté francophone, cela signifie qu’il n’existe essentiellement que deux journaux imprimés, soit le quotidien L’Acadie Nouvelle et l’hebdomadaire le Moniteur acadien. On peut aussi ajouter le Saint-Jeannois, journal francophone en ligne de la région de Saint-Jean qui publie des exemplaires papier 10 fois par année.

Du côté anglophone, Postmedia compte sur les quotidiens Daily Gleaner, Telegraph Journal et Times & Transcript, ainsi que les hebdomadaires Northern Light, The Tribune et Kings County Record.

On compte également un journal anglophone indépendant dans le sud-ouest de la province, The Courier, qui diffuse des nouvelles en ligne et qui publie une édition papier une fois par mois. Après avoir cessé sa publication pendant un certain temps en 2024, le journal a été racheté par une station de télévision de la région et a repris ses activités en 2025.

Il existe aussi un autre journal communautaire dans la région de Woodstock, le River Valley Sun, qui est aussi publié mensuellement et a une présence en ligne.

Dans tous les cas, le nombre de publications imprimées sur papier a diminué au fil des années.

Un changement radical

Marie-Linda Lord, professeure émérite en information-communication à l’Université de Moncton, parle d’une transformation radicale du paysage médiatique au Nouveau-Brunswick, en particulier du côté de la presse écrite.

Elle explique que les facteurs économiques comme la baisse des revenus publicitaires au profit des réseaux sociaux, le changement des habitudes des lecteurs et le branle-bas de combat entre les médias traditionnels et les géants du web sont en grande partie responsables de la situation actuelle.

Bien qu’elle ne veuille pas nécessairement lui donner le mauvais rôle dans toute cette histoire, elle reconnait que la concentration de la presse dans les mains d’une compagnie comme Postmedia, qui a notamment fait l’acquisition de Brunswick News en 2022, engendre des fermetures massives de médias d’information partout au Canada.

«Ils ont fermé des centaines de journaux à travers le pays pour des raisons économiques. Ils l’ont fait ici aussi, comme ils l’ont fait dans le reste du Canada. Si ce n’était pas eux qui l’avaient fait, ç’aurait probablement été quelqu’un d’autre.»

«C’est une situation inévitable ce qui se passe présentement dans le paysage médiatique au niveau de la presse écrite.»

Elle estime que certains journaux, bien qu’ils aient réussi à survivre pendant une certaine période, n’étaient plus l’ombre d’eux-mêmes. Elle a évoqué l’exemple de l’Étoile.

«C’est un journal qui avait un cahier provincial et des cahiers régionaux qui lui donnait une présence locale. Il n’avait pas nécessairement les mêmes nouvelles que L’Acadie Nouvelle et Radio-Canada et avaient parfois des “scoop”.»

«Malheureusement, au cours des dernières années, L’Étoile est devenue un véhicule pour les circulaires.»

Avec la disparition de nombreux hebdomadaires, Mme Lord estime que les communautés francophones et anglophones ont perdu beaucoup de sources d’information locales et communautaires qui ne peuvent être entièrement comblées par les médias qui font toujours partie du paysage.

«Les gens vont dire qu’ils peuvent utiliser Facebook pour s’informer correctement, mais ce n’est pas vrai. Les gens ne vont pas commencer à suivre toutes les activités locales sur les réseaux sociaux comme les journalistes locaux le font.»

Par conséquent, elle croit que les gens vont être beaucoup moins informés des enjeux qui les concernent de près ou ils seront informés différemment par des organismes ou des gens qui ne publient pas nécessairement des faits qui ont tous été vérifiés.

«Ça va créer beaucoup plus de polarisation, alors qu’avant, avec le journaliste sur le terrain, on pouvait avoir une version un peu plus équilibrée.»

Les quotidiens néo-brunswickois de Postmedia. – Photo: Acadie Nouvelle

L’importance de ceux qui restent

Pour Marie-Linda Lord, malgré le bouleversement du paysage médiatique et le changement des habitudes de ceux qui consomment la nouvelle, la présence des médias demeure essentielle, même s’il sera impossible de revenir à la diversité des titres de journaux qui existait auparavant.

«Dans l’Acadie Nouvelle, selon certains enjeux qui apparaissent dans l’actualité, les pages, dans l’opinion du lecteur par exemple, sont encore utiles pour qu’il y ait un débat au sein de la société acadienne.»

Quoi qu’il en soit, Mme Lord croit qu’il y aura toujours des gens convaincus de l’importance d’une presse écrite au Nouveau-Brunswick. Elle juge toutefois que ceux-ci devront redoubler d’ardeur pour la conserver.

«Le lectorat est moins présent et les jeunes ne connaissent à peu près plus ça lire un journal. On devra savoir se renouveler pour garder le lectorat et inciter les jeunes à s’y intéresser.»

«Je crois qu’il y aura, pour longtemps encore, des gens intéressés à avoir un point central qui rassemble de l’information factuelle, crédible et digne de confiance. Dans toute bonne démocratie, on a besoin de cela.»

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