Le plan d’un million d’euros pour éradiquer la fourmi manioc en Guadeloupe entre dans une nouvelle phase

Une rencontre s’est tenue ce jeudi (21 mai) à l’Espace Région du Raizet pour présenter aux professionnels agricoles les objectifs du programme et les aspects techniques du protocole expérimental PELAO (Projet Expérimental de Lutte collective contre Acromyrmex Octospinosus) lancé le 15 avril dernier.

L’enjeu : mobiliser l’ensemble des acteurs du territoire pour éliminer durablement cette menace qui pèse sur notre agriculture et, dans le même temps, améliorer les rendements des exploitations.

Un protocole de biocontrôle ciblé sur le terrain

Thomas Cely, chargé de mission en Santé du Végétal à la FREDON Guadeloupe (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles), explique comment ce protocole va être testé sur le terrain :

Des équipes sélectionneront et traiteront 15 nids par exploitation participante. Ces fourmilières seront identifiées grâce à des indicateurs simples : les colonnes de récolte, ces files de fourmis qui transportent fleurs, graines et fruits directement vers le nid – ou tout simplement par leurs dômes de terre caractéristiques. Le produit sera déposé à l’entrée du nid. Les fourmis vont le collecter et l’acheminer dans la cavité où se trouve la meule, le champignon dont elles se nourrissent. Ce produit va stopper la croissance du champignon et provoquer sa mort. C’est une solution de biocontrôle, naturelle, qui s’attaque uniquement au champignon cultivé par la fourmi, sans aucun impact sur les autres espèces végétales ou animales. Ce n’est pas un traitement « choc » immédiat, son action est progressive. C’est pourquoi la phase opérationnelle s’étale sur quatre mois, avec de premiers effets attendus au bout de 90 jours.

La lutte collective concernera six zones représentatives du territoire, ainsi que Marie-Galante, soit près de 200 exploitations et 12 000 à 13 000 nids de fourmis manioc visés par cette expérimentation.

Un envahisseur sans prédateur

Cette fourmi est une menace à prendre au sérieux. Malgré sa petite taille, elle est capable de dévaster des exploitations agricoles entières, des jardins privés, mais aussi des milieux forestiers.

Aurore Cavalier, chargée de mission recherche et développement à la FREDON Guadeloupe, explique les raisons pour lesquelles cet insecte est aussi invasif :

On parle d’espèce invasive car elle a été introduite au début des années 1950 dans un environnement qui n’est pas le sien. En Guadeloupe, elle n’a aucun prédateur naturel. Qui dit absence de prédateur, dit absence de régulation : elle a donc le champ libre pour se déployer. Une colonie se nourrit de végétaux pour alimenter un champignon avec lequel elle vit en symbiose étroite. Son régime alimentaire est extrêmement large : fleurs, jeunes tiges, bourgeons, feuilles… Cela touche les arbres fruitiers comme les cultures maraîchères et vivrières. De plus, la reine pond des œufs tout au long de sa vie. Si le nid ne subit aucune perturbation humaine ou environnementale pour freiner son cycle, certaines fourmilières peuvent prospérer pendant plus de 20 ans.

Un investissement d’un million d’euros

À l’initiative de cette réponse collective et innovante, la Région, la FREDON Guadeloupe et le Centre technique de la canne et du sucre portent le programme PELAO, un investissement d’un million d’euros.

De son côté, Myriam Saint-Cirel, directrice de la croissance verte à la Région Guadeloupe, s’occupe également du secteur agricole et du développement durable :

Pour l’instant, la Région s’est engagée à hauteur d’un million d’euros pour financer l’intégralité de la phase expérimentale. Cela comprend la formulation du produit, le déploiement des techniciens pour identifier les nids et poser les pièges, ainsi que toute la phase d’analyse scientifique. L’idée est d’apporter des réponses concrètes aux nombreuses interrogations des professionnels. Le calendrier est précis : nous avons débuté en janvier par le stockage local de la solution. En ce mois de juin, nous formons et recrutons les techniciens de terrain pour lancer les premiers piégeages. Enfin, la phase de restitution et d’analyse des résultats est prévue pour la fin de l’année 2026. »

Cette expérimentation se déploie en quatre grandes étapes pour 2026 : l’enquête épidémiologique (avril-mai) ouvre la voie au recrutement et à la formation des équipes dès la mi-juin.

S’ensuivra la phase opérationnelle de distribution du produit et de suivi terrain jusqu’en septembre.

Enfin, les quatre derniers mois de l’année seront dédiés à l’analyse et à la restitution des données.

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