Le Teatro alla Scala di Milano accueille depuis le début du mois de juin une nouvelle production de Carmen de Georges Bizet. Dans cette série de représentations, le ténor guyanais Loïc Félix interprète le rôle du Remendado. « J’ai ressenti une très grande fierté lorsque j’ai appris par mon agent, il y a maintenant deux ans, que la Scala de Milan me proposait d’interpréter ce rôle. »
Cette participation s’inscrit dans un parcours déjà bien établi sur les grandes scènes lyriques internationales. La Scala, lieu emblématique de l’opéra mondial, constitue une étape décisive dans la trajectoire d’un artiste régulièrement invité dans les maisons d’opéra européennes.
« Ce n’est pas pour moi un aboutissement, car la route n’est pas finie. Mais en me produisant sur la scène de ce théâtre illustre, j’ai le sentiment d’être entré dans la cour des grands. J’ai beaucoup travaillé pour y arriver et je me dis simplement que je n’ai pas fait tout ça pour rien. »
Loïc Félix, artiste Lyrique (Ténor)
Une formation exigeante
Le parcours de Loïc Félix débute très tôt en Guyane, dans un chœur créé par ses parents. À 9 ans, il rejoint les Petits Chanteurs à la Croix de Bois dans l’Hexagone, avant de revenir en Guyane pour y passer son baccalauréat.
De retour à Paris, il effectue son service militaire au sein du Chœur de l’armée française, puis poursuit sa formation au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Il y suit notamment l’enseignement de Christiane Eda-Pierre qui compte parmi les premières personnalités à avoir marqué son parcours artistique. Figure majeure de l’art lyrique français, la cantatrice martiniquaise, morte en 2020, s’était elle-même produite sur la scène de la Scala de Milan en 1979.
Loïc Félix participe également à de prestigieuses masterclasses animées par Michel Sénéchal, Régine Crespin et Renata Scotto. Un parallèle qui prend aujourd’hui une résonance particulière alors que son ancien élève foule à son tour les planches du prestigieux théâtre milanais.
Dès sa sortie du Conservatoire, son aisance vocale et scénique lui permet de s’illustrer dans un répertoire très varié qui lui ouvre les portes de nombreuses scènes européennes. Il aborde Mozart avec Die Entführung aus dem Serail (Pedrillo), Die Zauberflöte (Monostatos) et Le Nozze di Figaro (Don Basilio), Britten avec Le Petit Ramoneur et Albert Herring (rôle-titre), ainsi que la création du Nègre des Lumières du Chevalier de Saint-George. Il chante également dans Benvenuto Cellini, Carmen, Orphée aux Enfers, Roméo et Juliette, Falstaff, Salomé, Les Mamelles de Tirésias, Doktor Faust et Turandot de Busoni.
Une carrière internationale dense
La carrière de Loïc Félix se construit progressivement sur un large répertoire et une présence régulière dans les maisons d’opéra en France et à l’étranger, avec des passages remarqués à l’Opéra national de Paris, sur les scènes de l’Opéra Bastille et du Palais Garnier, ainsi que dans plusieurs grandes institutions européennes. « Nous sommes un peu comme des acteurs de théâtre, nous nous produisons là où on nous le demande. », précise-t-il.
Il se produit notamment au Théâtre des Champs-Élysées dans La Favorite, Samson et Dalila et Dialogues des carmélites, ainsi qu’à l’Opéra Comique dans Fantasio. Son parcours le mène également sur de nombreuses scènes françaises : Nice, Marseille, Valence dans La Flûte enchantée ; Montpellier dans Lakmé, Les Noces de Figaro, Eugène Onéguine et Rigoletto ; ou encore Marseille dans Orphée aux Enfers, L’Enlèvement au sérail et Tosca et à Lille et Caen dans Falstaff. À l’international, il se produit également à Venise dans Carmen, à Glyndebourne, Lausanne et Naples, ainsi qu’à Munich dans Pénélope de Fauré au Bayerische Staatsoper. Il chante également à Bruxelles dans Les Contes d’Hoffmann et Norma, au Luxembourg dans Falstaff, et à Québec dans Roméo et Juliette.
Cette diversité de scènes et de répertoires dessine le profil d’un artiste polyvalent, à l’aise aussi bien dans le répertoire français que dans les grands ouvrages italiens et germaniques.
La Guyane au cœur du parcours
Loïc Félix revendique un attachement profond à la Guyane et à son environnement familial. Le parcours musical engagé très tôt avec le soutien de ses parents reste un repère central dans son cheminement artistique.
« Le soir de ma première prestation à La Scala, j’ai pensé à mes parents qui ont réalisé de nombreux sacrifices pour me permettre d’arriver là où je suis aujourd’hui. J’ai ressenti beaucoup de reconnaissance et d’émotion en pensant à eux et à mes sœurs. »
Loïc Félix, artiste Lyrique (Ténor)
Au-delà de sa carrière internationale, le ténor souhaite également contribuer au développement artistique en Guyane, notamment à travers des récitals et des masterclasses destinés aux jeunes talents. Une manière de transmettre une expérience construite entre formation exigeante et scènes internationales. Dans cette dynamique de transmission, il évoque également la soprano Marie-Laure Garnier, elle aussi originaire de Guyane et aujourd’hui l’une des voix lyriques françaises les plus reconnues de sa génération, qui aurait confié avoir eu « sa première étincelle après l’avoir entendu chanter ».
Une saison particulièrement rythmée
En parallèle de sa présence à la Scala de Milan les 22, 23, 25 et 27 juin, Loïc Félix enchaîne les productions. Il incarne notamment Bardolfo dans Falstaff à Montpellier et Le Dancaïre dans une production de Carmen à Macao. Après une pause estivale, il retrouvera les scènes de Liège, de Montpellier, d’Angleterre et à nouveau le rôle de Carmen, mais cette fois à Monaco.
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