Le trésor légendaire du pirate Samuel Bellamy livre enfin ses secrets : une étude révèle que l’or africain du Whydah coulé au large de Cape Cod venait des mines du Ghana

Les récits d’or barbouillé de sang marquent depuis des siècles
l’imaginaire de la piraterie caribéenne. Les chercheurs peinaient
pourtant à relier les pièces retrouvées à leurs véritables
fonderies atlantiques. Une épave découverte au large de Cape Cod
éclaire désormais les circuits commerciaux de l’or africain du
Whydah.

Une analyse chimique signée Bonn bouscule la légende
pirate

Les équipes de l’université de Bonn ont examiné vingt-sept
pièces d’or issues du Whydah Gally, navire négrier transformé en
vaisseau amiral par le capitaine Samuel Bellamy avant son naufrage
en 1717 au large du Massachusetts. L’étude, publiée dans npj Heritage Science, combine
fluorescence X portable et microscopie électronique pour
cartographier les empreintes chimiques de chaque pièce.

Selon Tobias Skowronek, auteur principal de l’analyse, les
compositions en trace métallique correspondent aux filons aurifères
de la ceinture Ashanti, au cœur de l’actuel Ghana. Aucune signature
compatible avec les mines d’Amérique espagnole n’a émergé, ce qui
écarte l’hypothèse longtemps défendue d’un métal principalement
dérobé aux
galions du Nouveau Monde. Les scientifiques ont également
comparé leurs résultats à des échantillons conservés au musée de la
Bundesbank.

© T.B. Skowronek et al. 2026, npj Herit.
Sci.

Tous les
échantillons analysés dans le cadre de cette étude.

Ce que l’or africain du Whydah apprend sur le commerce
akan

Les pièces examinées proviendraient en grande majorité des
réseaux marchands akan, actifs dès le XVe siècle le long de la
Volta. Ces négociants échangeaient leur métal contre des tissus,
des perles ou des armes européennes, avant que les lingots ne
gagnent les comptoirs portugais, hollandais puis britanniques
installés sur la Côte-de-l’Or. Une partie finissait dans les
caisses des
navires négriers, comme le Whydah avant sa capture par
Bellamy.

L’analyse souligne ainsi la dimension africaine d’une économie
souvent présentée comme exclusivement américaine, et réhabilite le
savoir-faire métallurgique des forges akan. Les archéologues
rappellent également la précision technique des fondeurs locaux,
capables de produire un métal titré avec constance pendant
plusieurs décennies consécutives.

Un éclairage pour les musées et les
descendants de la traite

La portée du dossier dépasse largement la simple curiosité
archéologique. Les pièces du Whydah, exposées au Whydah Pirate
Museum de Yarmouth Port, bénéficient désormais d’une fiche
scientifique précisant leur origine ghanéenne. Les conservateurs
comptent mettre à jour la scénographie afin de mieux relier ces
objets aux victimes de la traite atlantique. Parallèlement,
plusieurs musées africains sollicitent un accès aux données
comparatives pour vérifier la présence de signatures identiques
dans leurs propres collections. Les responsables ghanéens
envisagent même une exposition itinérante entre Accra, Kumasi et
Cape Coast, afin de rapprocher ces pièces de leur bassin d’origine
et de sensibiliser le public au rôle des forges akan.

Cette avancée ouvre également un débat plus large sur la
restitution des
trésors coloniaux. La chimie isotopique pourrait devenir un
outil systématique pour tracer l’or africain dispersé dans les
collections européennes et nord-américaines. Les historiens
espèrent voir s’étendre ces analyses à d’autres épaves de la

période dorée de la piraterie, notamment celles identifiées au
large de la Caroline du Nord et de la Floride. Les équipes
allemandes prévoient d’ailleurs une campagne élargie à plusieurs
monnaies conservées dans des collections privées britanniques.
Enfin, ces résultats éclairent le rôle central tenu par les
négociants akan dans le façonnement précoce de la mondialisation
marchande.


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