Les drapeaux autochtones, symboles de colonialisme ou velléités d’autonomie?

Wendats

L’emblème des Hurons-Wendat

Photo : Gracieuseté

Le castor est au centre des armoiries de cette nation située en banlieue de Québec. L’animal s’est adapté à de nombreux habitats et il vit en famille toute sa vie, mentionne le site Internet de la nation (Nouvelle fenêtre) pour expliquer son choix.

« C’est le plus travaillant de tous les animaux, il est un symbole d’endurance, d’intelligence et de fierté. »

— Une citation de  Nation huronne-wendat

Les outardes qui figurent en bonne place sont indirectement à l’origine de la création de la Terre, selon la mythologie wendate. Ce sont elles qui ont recueilli sur leurs ailes Yäa’taenhtsihk (mère de l’humanité) qui tombait du monde céleste. Elles l’ont ensuite déposée sur la carapace de Grande Tortue, la cheffe des animaux.

La communauté huronne-wendat est formée de huit clans, dont cinq sont représentés à Wendake. On les retrouve sur le canot, symbole (avec les raquettes) de moyen de transport, de moteur de l’économie et d’artisanat, sur lesquels mise beaucoup la communauté.

Le tout est entouré du Cercle de la parenté (reliant humains, animaux, plantes et esprits) réalisé à partir de foin d’odeur, qui est notamment utilisé dans des cérémonies de purification.

Ceux qui critiquent ce drapeau déplorent notamment le manque de consultation des anciens lors de sa conception et le fait que le drapeau est un symbole de colonialisme.


Kanien’kehá:ka (Mohawks)

Un pin au centre, relié à une série de rectangles sur un fond violet.

L’emblème des Mohawks regroupés au sein de la Confédération iroquoise.

Photo : Gracieuseté

À l’inverse de ceux qui voient les drapeaux comme des symboles de la colonisation, le résident de Kahnawake Sean French est un fervent utilisateur du drapeau des Warriors comme outil de dialogue et… de décolonisation (Nouvelle fenêtre).

L’été dernier, avec son drapeau warrior flottant au vent, il a parcouru l’avenue Christophe-Colomb à Montréal pour que les municipalités arrêtent d’honorer quelqu’un qui a tué encore plus d’Autochtones que le général britannique génocidaire Jeffrey Amherst.

Mais, contrairement à ce que certains pourraient croire, le drapeau des Warriors (rouge et jaune avec une tête d’Indien) n’est pas le symbole utilisé par la Confédération iroquoise (Hadenosaunee). Cette dernière lui préfère un emblème violet représentant un wampum tissé de perles d’Hiawatha. Ce personnage légendaire est le fondateur de la Confédération qui comprenait à l’origine cinq nations.

En tant que gardiens de la porte de l’Est, les Mohawks sont représentés par le carré de droite, juste à côté des Oneida (peuple de la pierre debout) situés essentiellement dans l’État de New York, puis des Onondaga (gardiens du feu et des archives de la Confédération) au centre. Les Cayugas, les Sénécas et plus récemment les Tuscaroras complètent la Confédération.


Atikamekw

Trois canots verts voguent dans un demi-cercle blanc sur fond rouge.

L’emblème du Conseil de la Nation Atikamekw

Photo : Gracieuseté

C’est l’artiste de Wemotaci Jacques Newashish qui a conçu le drapeau il y a plus de 30 ans, alors qu’il était l’illustrateur du Conseil de la Nation Atikamekw (CNA). Sa carrière de peintre et de sculpteur n’avait pas encore pris son envol et il multipliait à l’époque les contrats de graphisme.

Le CNA m’avait embauché pour illustrer des livres en atikamekw pour les écoles et se cherchait aussi un logo, raconte M. Newashish. Les trois canots représentent les trois communautés atikamekw (Wemotaci, Manawan et Opitciwan) qui sont du même sang (le fond rouge). Elles avancent dans la même direction.

La forme arrondie évoque le soleil, qui symbolise un jour nouveau, ajoute l’artiste. À l’époque, les Atikamekw venaient en effet de se retirer du CAM (Conseil des Atikamekw et des Montagnais) pour former leur propre regroupement, sans les Innus, mentionne-t-il. Le vert des canots représente la forêt et le territoire, chers à la plupart des nations.


Innus

Un tambour autochtone vu du dessus en trois couleurs.

L’emblème des Innus

Photo : Gracieuseté

L’étendard de la Nation innue date de près de 10 ans, à une époque où les neuf communautés souhaitaient faire avancer plusieurs dossiers de façon commune. Avec l’aide de l’Institut Tshakapesh, il a été décidé de retenir comme emblème le teueikan, ce tambour utilisé initialement par les chasseurs pour communiquer avec le monde du rêve et des animaux.

Et spécialement avec le caribou (en blanc sur l’image), dont les jeunes spécimens sont utilisés pour former la peau du tambour. Le brun (qui forme la caisse) et le beige sont associés au bouleau, mais aussi à la babiche, cette ficelle de cuir qui traverse le dessus du tambour de part en part et dans laquelle on a inséré des pointes de plumes de cacaoui, un canard plongeur de l’Arctique.

La notice explicative inclut aussi ces pensées : À travers le teueikan / J’entends la vie / J’entends le battement de cœur du peuple innu / Une communion avec l’univers / Il me dit d’où je viens / Qui je suis / Et où je vais / Il est mon guide / Mon confident / Mon ami / Je m’exprime à travers lui.


Mi’kmaq

Une croix horizontale surmontée d'une étoile et au pied, un croissant de lune.

L’emblème des Mik’maq

Photo : Gracieuseté

Le drapeau créé il y a plus de 10 ans est utilisé aussi bien au Québec que dans les provinces de l’Atlantique.

Le soleil [symbolisé par une étoile] est la représentation de nos grands-pères et la lune est la représentation de nos grands-mères. Le ciel est la représentation de notre père et la terre est la représentation de notre mère, indique une note explicative.

« Le blanc du drapeau représente la pureté des Mi’kmaq. La couleur rouge représente la peau rouge. Les premiers colons voyaient la peau de nos ancêtres comme étant rouge, alors qu’en réalité c’était à cause de l’ocre rouge qu’ils avaient appliquée sur leur peau. »

— Une citation de  Nation mi’kmaw

Ceux qui critiquent ce drapeau trouvent qu’il évoque trop le drapeau de l’envahisseur anglais ainsi que la religion par la présence d’une croix. Sur ce dernier point, la nation précise qu’il s’agit plutôt de représenter les quatre points cardinaux et les relations entre la trentaine de communautés réparties à divers endroits. C’est parce que les Mi’kmaq sont considérés comme le peuple de l’aurore que la croix est plus longue vers l’est.


Cris

Le visage d'un chef autochtone avec sa coiffe.

L’emblème des Cris du Canada

Photo : Gracieuseté

L’emblème est utilisé par le Grand Conseil des Cris ainsi que par le gouvernement de la Nation crie. Les deux cadres en peau de castor, symboles d’échanges, représentent nos forces économiques et communautaires, mentionne le gouvernement cri sur son site Internet.

Le tambour symbolise la force de la nation. On y retrouve 11 lignes verticales, de même que 11 points pour représenter les 11 communautés qui composent au Québec la Nation Crie d’Eeyou Istchee répartie sur un territoire équivalant à 60 % de la France.

On retrouve également dans le logo le poisson (l’eau et la vie aquatique), l’oie (l’air et les créatures ailées), l’arbre (la terre et les animaux) qui sont tous interconnectés.

« En tant que nation, nous avons la responsabilité de nous assurer que ces éléments restent en équilibre afin de perpétuer le mode de vie qui fait ce que nous sommes : Eeyou (les personnes). »

— Une citation de  Grand Conseil des Cris

Naskapis

Des lettres en alphabet cyrillique sur fond jaune, serti de vert, de rouge, de blanc et de noir.

L’emblème des Naskapis

Photo : Gracieuseté

Ce mot signifie peuple d’au-delà de l’horizon. On retrouve le terme écrit en écriture syllabique (commune aux Cris) au centre du drapeau, indique une note sur le sujet (Nouvelle fenêtre).

Aux points cardinaux se trouvent quatre symboles différents. L’est est représenté par un wigwam, l’habitation typique des communautés nomades. C’est de là que sont issus des Naskapis dans ce qui est actuellement le Labrador. Le nord est illustré par la pointe de lance, symbole des Inuit que les Naskapis ont longtemps côtoyés avant d’être déplacés proche de la ville minière de Schefferville en 1956.

À l’ouest est dessiné un caribou, là où cet animal mythique migre à l’automne. Au sud figure un poisson, car c’est de là que vient cet aliment consommé en quantité quand le caribou se fait plus rare. Les quatre ronds noirs et rouges représentent les soleils et les lunes des quatre saisons.

Quant au mot Kawawachikamach, c’est le nom du territoire qui leur est réservé. Il signifie rivière sinueuse en langue naskapie.


Wolastoqiyik (Malécites)

Deux personnes, dans un cercle bleu, rament dans un canot rouge.

L’emblème des Malécites du Québec

Photo : Gracieuseté

La Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (qui signifie les Malécites du Saint-Laurent) est située à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent. Le drapeau de la communauté est inspiré de celui des Wolastoqey, des membres de la même nation répartis en six communautés au Nouveau-Brunswick.

« Le rouge symbolise les ancêtres qui sont passés avant nous. Le bleu symbolise toutes les eaux vivantes – les fleuves, les rivières, les ruisseaux, les lacs et les océans. Finalement, les canoteurs, homme et femme, représentent les Wolastoqiyik [Malécites]. »

— Une citation de  Catherine Plourde, porte-parole de la communauté

Le nouveau logo est bilingue afin de faire référence aux membres de la communauté qui sont anglophones. Outre le Nouveau-Brunswick, une partie des Malécites est aussi localisée dans le Maine.


Inuit

Un dessin fait de bleu et de blanc.

La proposition de drapeau faite par Thomassie Mangiok n’a pas été suivie.

Photo : Gracieuseté

Le Nunavik n’a pas de drapeau régional reconnu. Certains croient néanmoins que les Inuit du Québec devraient avoir leur propre unifolié afin de symboliser leur volonté d’autonomie.

C’est le cas de Thomassie Mangiok, un graphiste situé à Ivujivik, le village le plus au nord du Québec, qui a même proposé un design. Le design fait écho à la forme d’un oiseau, avec des plumes atteignant le ciel pour montrer l’autonomie et la liberté, a déclaré M. Mangiok lors d’une présentation rapportée par le Nunatsiaq News (Nouvelle fenêtre). Les grandes ailes représentent la force et le nombre de plumes est égal au nombre de communautés au Nunavik, c’est-à-dire 14.

Le design évoque également la forme des bois d’un caribou et un esprit entièrement soutenu par le corps. Thomassie Mangiok croit qu’avoir un tel drapeau permettrait d’unifier les Nunavimmiuts autour d’une identité commune.

C’était… en 2013. Dix ans plus tard, sa proposition n’a pas cheminé et son drapeau sert de plaid pour son divan, si l’on se fie à son compte Facebook. Pendant ce temps-là, aux derniers Jeux de l’Arctique, les athlètes représentant le Nunavik défilaient sous le fleurdelisé du Québec et il a été impossible de savoir auprès de la société Makivik si un projet de drapeau était dans les cartons.


Abénakis

Deux emblèmes côte à côte.

Les emblèmes des deux Nations abénaquises du Québec

Photo : Gracieuseté

Aucun drapeau officiel n’a été créé pour la nation qui compte deux communautés au Québec (Odanak et Wôlinak), situées proches de Sorel et Trois-Rivières, sur la rive sud du Saint-Laurent.

Des démarches de création d’un drapeau officiel en collaboration avec les membres et artistes w8banaki. Ce dernier devrait donc voir le jour au courant de la prochaine année, mentionne le Grand Conseil par courriel.


Anishinabeg

Des gens autour d'un tambour géant.

L’emblème des Anishinabeg

Photo : Radio-Canada

La situation est quasiment identique du côté des Anishinabeg, qui utilisent actuellement le logo du conseil tribal, faute de mieux.

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