Les mammifères d’Amérique du Nord ont migré vers l’Amérique du Sud bien avant la formation de l’isthme de Panama, selon une étude
L’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud sont reliées par une étroite bande de terre appelée l’isthme de Panama. Situé entre la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique, cet isthme fait partie du Panama et s’est formé il y a environ 3 millions d’années. Il mesure près de 80 kilomètres de large à son point le plus étroit et permet aujourd’hui la continuité terrestre entre les deux continents. Avant cela, ils étaient séparés par une zone marine appelée la mer d’Amérique centrale. Ils appartenaient également à des ensembles tectoniques distincts et leur faune évoluait séparément depuis des millions d’années.
La formation de cet isthme a engendré le Grand Échange biotique américain, qui correspond à la migration massive d’animaux entre les deux continents. À cette époque, « les écluses se sont ouvertes et les mammifères ont migré à la fois vers le nord et vers le sud », a expliqué Jack Tseng, paléontologue des vertébrés à l’Université de Californie à Berkeley. Cependant, selon une récente étude publiée dans la revue Science, des chercheurs ont découvert, en analysant des fossiles de mammifères provenant du Mexique, que certaines espèces vivant en Amérique du Nord avaient déjà commencé leur migration vers le sud il y a au moins 10 millions d’années.
La chronologie des migrations intercontinentales des mammifères réécrite par de nouvelles découvertes
« Ces découvertes bouleversent non seulement notre compréhension de la dispersion des mammifères entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud, mais offrent également un éclairage nouveau sur la biodiversité actuelle des deux continents », a déclaré Jack Tseng, également coauteur de l’étude. Selon lui, cela pourrait aider les spécialistes de l’environnement à comprendre « quelles espèces sont les plus susceptibles de persister et de survivre aux futures perturbations environnementales, compte tenu de leur expérience au cours des dix derniers millions d’années ».
Pour mener à bien leur étude, les experts ont constitué une base de données regroupant un nombre beaucoup plus important de fossiles de mammifères découverts au Mexique. Ils ont ainsi presque doublé le nombre de spécimens connus dans le pays, couvrant une période allant de 12 millions d’années jusqu’à aujourd’hui. Leur analyse a révélé que plusieurs de ces fossiles, dont certains datent d’environ 10 millions d’années, présentaient de fortes similitudes avec des espèces retrouvées plus au nord du continent américain. Une découverte qui leur a permis d’établir une nouvelle chronologie des migrations intercontinentales des mammifères.
Selon les chercheurs, les mammifères originaires d’Amérique du Nord se sont adaptés à leur nouvel environnement et ont continué à se diversifier il y a entre 7 et 10 millions d’années. Puis, à partir d’environ 7 millions d’années, certaines espèces de petits mammifères nord-américains, comme les rongeurs ou les ancêtres des ratons laveurs, ont commencé à migrer ponctuellement vers l’Amérique du Sud. Ils ignorent toutefois encore comment ces animaux ont réussi à franchir cette barrière marine mais expliquent qu’ils pourraient notamment avoir dérivé sur des radeaux naturels de végétation ou voyagé d’île en île.
Les mammifères d’Amérique du Nord ont progressivement remplacé certaines espèces sud-américaines
Lorsque l’isthme de Panama s’est formé et a permis aux mammifères de migrer dans les deux sens, les espèces originaires d’Amérique du Nord ont progressivement pris le dessus sur certaines espèces sud-américaines, entraînant la disparition de nombreux mammifères du continent. Un phénomène que les scientifiques considèrent comme totalement normal. « Lorsque des plantes et des animaux se rencontrent pour la première fois, il y a forcément des gagnants et des perdants », ont expliqué Jenny L. McGuire et Claire M. Williams, paléobiologistes à Georgia Tech.
Et cela s’observe encore aujourd’hui. « Seuls quatre genres de mammifères modernes d’Amérique du Sud ont des origines nord-américaines, tandis que plus de la moitié des 217 genres de mammifères d’Amérique du Sud ont des ancêtres nord-américains », ont révélé les chercheurs. « Les mammifères du Nord n’étaient pas nécessairement biologiquement supérieurs à leurs homologues du Sud. Ils ont peut-être simplement acquis des préadaptations qui se sont avérées utiles lors d’une période de profonds bouleversements tectoniques », a expliqué Alberto Boscaini, paléontologue à l’Université de Buenos Aires en Argentine.
À l’avenir, les scientifiques espèrent découvrir et analyser davantage de fossiles en Amérique du Sud afin de mieux déterminer quelles espèces ont migré vers le sud et à quelle période ces déplacements ont eu lieu. « Nos résultats suggèrent qu’à mesure que nos archives fossiles s’enrichissent, notamment grâce à une meilleure précision sur l’âge des fossiles et leur localisation géographique, nous sommes capables d’observer des nuances qui nous échappaient auparavant », a conclu Xiaoming Wang, coauteur de l’étude.
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