L’été… d’un comédien du Pays de la Sagouine

Si la plupart des gens peuvent profiter des douceurs de l’été, d’autres sont obligés de travailler. À quoi peut donc ressembler leur saison estivale? C’est ce que nous vous proposons de découvrir au cours des prochains jours. Aujourd’hui, un comédien du Pays de la Sagouine.

Émilien Cormier est l’un de ceux dont l’occupation est fortement liée à la saison estivale. Il entame cette année son 9e été au Pays de la Sagouine à Bouctouche en tant que comédien et musicien.

Il personnifie depuis 2018 le personnage de Thadée Deveau, un musicien et conteur.

Le Pays a d’ailleurs rapidement encouragé l’homme de Chéticamp en Nouvelle-Écosse à garder son accent du Cap-Breton, en créant un personnage qui y ressemble.

«Moi, je viens du “Nourd” de la Nouvelle-Écosse. Le monde de la Baie-Saint-Marie, ça vient du Sud. Il y a une grande différence dans nos langues. Souvent, le monde pense que l’accent de la Nouvelle-Écosse c’est l’accent de la “bâille” (baie), mais nous autres, on parle pas d’même», explique le diplômé en arts dramatiques de l’Université de Moncton.

Quand on lui demande ce qu’il aime le plus de son travail au Pays, Émilien Cormier évoque les particularités de ce travail de scène en interaction avec le public, ce qui est très différent du théâtre conventionnel.

«Ça part du fait d’être comédien. Moi, j’adore raconter des histoires. J’aime faire des personnages. J’aime créer des mondes. Je suis comme ça depuis que j’étais tout petit. Mes parents m’appelaient l’’entertainer». Pas capable de me fermer la d’jeule.»

«Ça part du plaisir d’amener des gens dans notre monde et de leur conter des choses.»

L’occasion que lui a offerte le Pays l’a aussi réconcilié avec sa culture. Il explique qu’au secondaire, il avait hâte de quitter Chéticamp pour découvrir autre chose.

«Tu ne réalises pas ce que tu as tant que tu n’es pas parti. Grandir à Chéticamp, tu entends des tournes de violons 24 heures sur 24. Donc quand je suis parti, je m’étais juré que plus jamais de ma sainte vie je n’écouterais des tounes de violon.»

Mais rapidement, sa culture le rattrape.

«Étant parti, ça m’a manqué. Puis là, en arrivant au Pays, j’ai voulu replonger dans mes racines acadiennes.»

Émilien Cormier a depuis l’occasion de faire vivre sa culture et surtout de la partager avec les gens de l’extérieur. Mais cette occasion particulière vient également avec son lot de défis.

Comme c’est souvent la même clientèle qui revient – qu’elle soit locale ou de l’extérieur de la province – l’attraction s’efforce de renouveler ses pièces et ses spectacles de saison en saison.

«Certains reviennent chaque année. On se souvient d’eux comme ils se souviennent de nous. On essaie toujours de s’ajuster pour s’améliorer et d’apporter de nouveaux spectacles. Ça peut être très exigeant – comme actuellement – pendant la période de répétitions. On n’a pas juste un spectacle à faire. Je joue dans six ou sept spectacles différents cet été.»

Mais le plus gros défi est de composer avec Dame nature. Avec les étés de plus en plus chauds qu’on connaît, les artistes de Bouctouche en prennent parfois pour leur rhume.

«Le plus difficile, c’est l’environnement. Et je ne parle pas des gens avec qui on travaille. Ce sont surtout les grosses chaleurs, les journées où il fait extrêmement chaud. Ou quand il ne fait pas beau. Car beau temps mauvais temps, on est ouvert. Seul le tonnerre nous arrête, selon les mesures de sécurité.»

Travailler avec les touristes apporte aussi son lot de surprises.

«Ce que j’aime, c’est la magie (du théâtre). Le monde y croit. Dans mes premières années, je proposais des légendes dans le phare. Un jour, y’a un touriste… je ne me souviens plus doussé qu’il venait. Il a écouté mes histoires. Après le spectacle, j’ai remercié la foule et leur ai indiqué où aller voir les prochains, mais lui est resté.»

«Il était intéressé par mon personnage et d’où il venait. Moi, j’avais mes légendes, mais je n’avais pas de contenu pour les questions qu’il me posait. Donc j’ai dû improviser “on the spot”.

«Je lui ai dit que je suis arrivé là par cheval, avec ma jument.»

– «Comment as-tu fait pour l’apporter (sur l’île aux Puces)».

– «Quand je joue sa chanson à l’ocarina (une flûte en céramique), elle m’entend et ce n’est que moi qu’elle vient voir.»

Selon le comédien, l’homme le croyait tellement, qu’il est revenu plus tard avec sa conjointe pour tirer ça au clair, comme elle demeurait naturellement sceptique.

– «Là là monsieur, il faut que vous me disiez que c’est la vérité, parce que ma femme ne me croit pas!»

– «Ah, monsieur, c’est de la magie!»

– «Bin oui, je te l’avais dit!» de répondre son épouse.

Émilien Cormier est fasciné par ce que les visiteurs retiennent, année après année.

«Il y a des touristes qui reviennent et même si je n’en ai parlé qu’une fois, ils vont me demander “Eh pis, comment est ta jument!” Et tu te dis “How the hell que tu te souviens de ça?”»

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