Un crucifix imbibé d’urine exposé au New Brunswick

La Beaverbrook Art Gallery, située à Fredericton, la capitale du Nouveau-Brunswick, expose cette œuvre controversée de l’artiste américain Andres Serrano jusqu’à la fin du mois de novembre.

C’est la première fois que Piss Christ (Immersions), prêtée par la Rennie Collection de Vancouver, est présentée dans le Canada atlantique.

Le directeur général de la galerie, Bernard Doucet, ne craint pas la polémique qui entoure cette œuvre de 1987. C’est le rôle de la Beaverbrook, et d’autres organisations comme elle, de susciter le débat, a-t-il expliqué.

«Les musées font également partie des infrastructures communautaires et ont la responsabilité de susciter la conversation et le dialogue», a mentionné M. Doucet depuis une salle de réunion de la galerie en début de semaine.

M. Doucet a expliqué qu’il exposait la photographie, critiquée par certains chrétiens comme étant sacrilège et dégénérée, afin que le public ait l’occasion de ressentir la «palette d’émotions» qu’elle suscite.

Alors que l’exposition de M. Serrano s’ouvrait au public cette semaine, le député conservateur John Williamson a critiqué l’œuvre, jugeant qu’elle n’était «pas du grand art au sens sérieux du terme».

«La Beaverbrook Art Gallery ressasse une polémique qui a fait long feu. Il s’agit là d’une nostalgie de la transgression, ce qui est sans doute la catégorie la plus banale qui soit en matière de programmation artistique», a souligné M. Williamson dans un communiqué.

«Les années 1980 ont appelé et voudraient récupérer leur photo», a ajouté le député fédéral de Saint John—St. Croix.

Le diocèse catholique romain de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, qui dessert la région de Fredericton, n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.

Pour sa part, M. Serrano affirme qu’il est chrétien et a, lors de plusieurs entretiens, décrit son œuvre et de nombreuses œuvres similaires comme des expressions personnelles de sa foi.

«Ce n’est pas une attaque contre Dieu ou l’Église, mais au contraire une célébration des deux, a déclaré M. Serrano dans un communiqué transmis à la galerie. Non seulement je crois en Dieu, mais je crois aussi en l’art religieux, ainsi qu’en la beauté et la puissance de cet art.»

Un débat de plusieurs décennies

La photographie est considérée comme l’une des œuvres d’art les plus controversées de ces dernières décennies.

Elle a déclenché un débat aux États-Unis sur le financement des arts publics, et l’organisme qui finançait la pratique artistique de M. Serrano a vu ses subventions réduites, selon la description fournie par la galerie.

En 1997, alors qu’elle était exposée à Melbourne, en Australie, la photographie a été attaquée à coups de marteau.

En 2011, des manifestants chrétiens protestants ont utilisé un marteau pour briser Piss Christ alors qu’elle était exposée à la Collection Lambert d’Avignon, en France.

L’attaque a brisé la vitre de protection et perforé le tirage. Après l’attaque, le musée français a décidé de la laisser en place afin que le public puisse constater les dégâts.

La polémique a même suivi «Piss Christ» jusqu’à Santa Barbara, en Californie, en 2023. Là-bas, les médias locaux ont rapporté que des parents et des élèves chrétiens avaient protesté contre l’utilisation de la photographie dans le support pédagogique. Elle a ensuite été retirée.

Sarah Moore Fillmore, PDG du Musée des Beaux-Arts de la Nouvelle-Écosse, a avancé que Piss Christ a un «effet polarisant» qui l’a fait sortir des salles d’exposition minimalistes pour toucher un public plus large.

«Elle a en quelque sorte dépassé le cadre du monde de l’art, mais elle s’impose sans conteste comme une œuvre d’art à part entière», a-t-elle précisé par téléphone.

Mme Moore Fillmore s’attend à ce que les gens souhaitent voir «Piss Christ» en personne en raison de l’impact qu’elle a eu sur la culture grand public au fil des ans.

Et, lorsqu’ils le feront, ils pourraient en ressortir choqués ou curieux d’en savoir plus, a-t-elle ajouté.

Autres œuvres

L’exposition Andres Serrano: Incarné présentera également Blood Cross (Bodily Fluids) (1985) et Piss Pope, Part I and II (Immersions) (1988), deux photographies qui mêlent des symboles chrétiens à des fluides corporels.

Les œuvres de M. Serrano seront exposées à proximité d’autres œuvres d’art religieuses dans un espace de la galerie appelé la «Chapelle Dalí».

Cet espace abrite notamment le tableau de Salvador Dalí datant de 1957, Santiago El Grande, une toile de 13 pieds de haut représentant Saint Jacques le Majeur chevauchant un cheval blanc, ainsi que d’autres œuvres d’art religieux vieilles de plusieurs siècles.

Selon M. Doucet, les œuvres modernes de M. Serrano constituent un moyen d’amener le public à s’intéresser à la vaste collection d’art religieux et ecclésiastique de la galerie.

«Cela montre au public que l’art religieux ne se limite pas au 18e siècle, qu’il s’inscrit dans un contexte très, très contemporain», a déclaré M. Doucet.

«Et cela permet également à cette institution de mettre en valeur la beauté, la signification et la pertinence de toutes les autres œuvres», a-t-il soutenu.

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.