L’inquiétude grandit dans l’Est de la République Démocratique du Congo après l’annonce dimanche dernier du premier cas d’Ebola à Goma qui abrite près de deux millions d’Habitants. Les autorités redoutent une hausse des contaminations dans cette ville sous contrôle des rebelles du M23. Omar Ouahmane a pu joindre des habitants de la ville de Goma où la peur d’une nouvelle catastrophe sanitaire est dans tous les esprits. Dans les rues de Goma, l’inquiétude est palpable affirme Fidèle Kitsa journaliste indépendant.
« Les habitants d’eux même évitent de faire des attroupements. Le lavage des mains. C’est devenu comme un réflexe. Il y a certaines personnes qui ne sortent plus. Et trouvent utile de rester à la maison plutôt que déambuler. »
Ce qui inquiètent les habitants, c’est que leur ville de Goma est devenue quasiment inaccessible contrôlée par la rébellion du M23 en guerre ouverte avec le pouvoir central de Kinshasa. L’aéroport international est fermé tout comme la frontière avec le Rwanda.
« Il y a ce sentiment de la population d’être coupée du monde. Nombreux se demandent comment va se faire la riposte. Parce que, avec cette fermeture Goma et enclavée, c’est ce qui inquiète le plus la population. «
Un isolement qui pourrait compliquer l’acheminement de l’aide médicale et humanitaire, redoute également Lucie une travailleuse sociale.
« C’est la panique totale. En fait, à Goma, c’est un état de confinement qui ne présage rien de bon. En fait, si, il n’y a pas d’accès pour l’aide humanitaire et que la maladie se propage à une telle ampleur, ce qui peut arriver, c’est la catastrophe. Aujourd’hui, les habitants de Goma sont seuls. Il y a de quoi s’inquiéter. «
L’autre problème majeur, c’est la localisation de l’épicentre de l’épidémie une région marquée par de forts mouvements de population et la guerre Autant de facteurs qui favorisent la propagation du virus.
« Nous traçons »
Le bilan s’alourdit en République démocratique du Congo, où l’épidémie d’ Ebola continue de se propager dans l’Est du pays.
Le ministre de la Santé de RDC a fait état de 136 décès « supposés » être liés à Ebola et d’environ 543 cas suspects. » tout en soulignant l’implication des pouvoirs publics. Sophie Douce, notre correspondante à Kinshasa.
Face à la presse, Samuel Roger Kamba a tenu à rassurer. Ses équipes s’activent pour rechercher les personnes contacts et isoler les cas suspects « Nous traçons « . Un numéro vert a été mis en place pour signaler tout symptôme inquiétant. Une course contre la montre. Mais le ministre se montre confiant. « Nous savons, avec l’expertise que nous avons, avec nos seize épidémies précédentes, nous savons quelles sont les mesures que nous devons prendre pour résoudre ces problèmes. Le monde peut se rassurer, parce que souvent dans le monde, ce qui se passe, c’est qu’on va chercher des experts pour répondre à un problème. L’avantage de la RDC, c’est que les experts sont déjà sur place. « Mais sur le terrain, les coupes budgétaires de l’aide internationale se font sentir par les équipes« , assure-t-il. Il manque de matériel de protection, mais aussi baisse des moyens dédiés à la recherche scientifique. Le virus ne connaît pas de frontières, insiste le ministre. : »Les virus nous concernent tous. »
Plusieurs vaccins candidats doivent être testés dans les prochains jours. Mais Jean Kesaya, le directeur de l’Agence sanitaire de l’Union africaine, présente qu’il faudra encore patienter.
« Mais je dois être très clair avec les gens. Nous ne pouvons pas attendre un vaccin avant les quatre cinq mois. Cela prend du temps, mais on est en train d’avancer Avant décembre. Cette année, on aura le vaccin et c’est à cela qu’on s’attelle. «
En RDC, l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière, avait fait plus de 2 000 morts entre 2018 et 2020.
Les recommandations de l’OMS
Cette nouvelle épidémie préoccupe également l’Organisation Mondiale de la santé qui a déclaré une alerte internationale en raison de l’ampleur et de la vitesse de propagation de la maladie. Et l’Organisation mondiale de la santé tient son rôle. Et c’est ainsi, que ce matin encore, l’OMS a précisé ses recommandations pour enrayer l’épidémie. Jérémie Lanche à Genève.
La question majeure, c’était de savoir s’il est seul vaccin existant contre Ebola, c’est à dire contre la forme Zaïre peuvent aussi protéger contre la forme Bundibugyo. On parle beaucoup d’un vaccin, le Ervebo fabriqué par l’américain Merck, mais en l’absence de preuves de son efficacité dans le contexte actuel, l’ OMS ne le préconise pas. A la place, l’agence évoque deux vaccins en phase de développement, un qui cible spécifiquement la forme Bundibugyo , mais qui ne devrait pas être prêt avant plusieurs mois. Un autre développé sur la même plateforme que le vaccin AstraZeneca et dont les essais cliniques pourraient débuter bientôt, mais pour lequel on a aucune donnée fiable. Le salut immédiat ne viendra donc vraisemblablement pas du côté des vaccins, comme lors des dernières épidémies. C’est la 17e pour Ebola en RDC. Il faut donc surtout tracer les contacts, identifier les personnes contaminées, livrer les tests avec la bonne souche d’Ebola, ce qui n’était pas le cas au début de l’épidémie. Et puis apporter aussi des moyens de se protéger du virus, surtout pour le personnel de santé. De l’eau, du gel hydroalcoolique, des combinaisons de protection. En plus d’informer la population, tout mode de propagation du virus qui est, rappelons-le, extrêmement contagieux, c’est à dire par les fluides corporels comme le sang, la salive ou la sueur.
L’OMS a « un peu tardé » à identifier cette épidémie a estimé hier Marco Rubio le chef de la diplomatie américaine, l’OMS que le président des États-Unis Donald Trump a cessé de financer.
Le risque d’une infection à Ebola dans l’UE est « très faible » et « rien n’indique » que les Européens devraient prendre des mesures spécifiques au-delà des recommandations habituelles de santé publique avance la Commission européenne, la Commission dont la porte-parole de l’exécutif précise « Nous faisons tout notre possible pour soutenir la région des Grands Lacs. »
Risque très faible de propagation à Mayotte
Y a t-il un risque d’arrivée du virus Ebola à Mayotte ? Le gouvernement se veut rassurant. « Le risque d’importation en France hexagonale et à Mayotte est très faible » a affirmé Matignon hier en fin d’après midi.
Depuis l’apparition de l’épidémie Ebola dans le nord-est de la République démocratique du Congo, certains à Mayotte se questionnent compte tenu de la situation géographique de l’île française située aux larges des côtes africaines et de l’arrivée de migrants venus d’Afrique de l’Est et notamment des grands lacs. Sandy Dauphin
Depuis quelques années, les ressortissants de la République démocratique du Congo sont de plus en plus nombreux à débarquer à Mayotte. Les Congolais font désormais partie des principales nationalités à demander l’asile. Mais d’après Matignon, les modélisations épidémiologiques de l’Inserm réalisées à ce stade montre que le risque d’importation du virus Ebola à Mayotte est très faible, avis partagé par Patrick Mavingui, chercheur au CNRS, spécialiste des maladies infectieuses à l’université de la Réunion.
« Pour ce genre de pathologie, les symptômes commencent dès 48 h, même si ça peut aller jusqu’à 21 jours. Pour faire ce circuit entre la République Démocratique du Congo, passer jusqu à Mayotte sans symptômes, je trouve ce risque extrêmement faible. Mais comme le risque zéro n’existe pas, on ne peut pas l’écarter. «
Par précaution, le gouvernement a mis en alerte les autorités sanitaires à Mayotte pour se préparer si besoin à prendre en charge des patients.
Patrick Mavingui espère que l’on n’en arrive pas là, car le système de santé de Mayotte est déjà fragilisé par le cyclone Chido.
« Je ne pense pas que Mayotte, à l’heure actuelle, puisse répondre à une épidémie qui se déclencherait. Et puis les nids d’Ebola. A l’heure actuelle, la surveillance est de mise. C’est des arrivées potentielles qu’il va falloir augmenter en termes d’attention, de suivi. C’est absolument important. «
Le gouvernement annonce le renfort des contrôles aux frontières de Mayotte.
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