Le président de la Commission de l’Union africaine (UA) est arrivé ce dimanche (12.07) à Bamako pour une visite officielle destinée à renforcer le dialogue et la coopération entre l’organisation panafricaine et le Mali. Mahmoud Ali Youssouf a également réaffirmé le soutien de l’UA aux autorités maliennes face aux défis sécuritaires auxquels le pays est confronté. Un soutien de l’UA africaine alors que le Mali reste suspendu des organes de l’Union africainedepuis le coup d’État de 2021. C’est une suspension prise en réaction à la rupture de l’ordre constitutionnel et qui vise à faire pression sur les militaires en vue d’un retour rapide du cadre institutionnel. Mais l’UA ne veut pas isoler le Mali, considérant que la stabilité du pays est une question de sécurité continentale. Elle maintient donc une coopération diplomatique, notamment via son représentant spécial pour le Mali et le Sahel et la Mission de l’UA pour le Sahel et le Mali (MISAHEL).
Joindre les actes à la parole
Cette visite de Mahmoud Ali Youssouf c’est donc pour exprimer la « pleine solidarité » de l’Union africaine avec Bamako faceaux attaques armées qui secouent le pays. Mais pour l’expert indépendant et fondateur de « Africa Jom Center », Alioune Tine, l’UA doit aller au-delà du soutien politique en posant des actes concrets.
Pour lui, « il faut que le président de la Commission de l’Union africaine cherche à manifester sa solidarité de façon beaucoup plus active, beaucoup plus concrète, en essayant de sensibiliser les pays qui en ont les moyens de venir en aide, en mobilisant des troupes de pays de l’Union africaine pour venir soutenir le Mali dans la lutte contre le terrorisme. Je pense que ça, c’est de ça dont on a besoin le plus ».
Les limites de l’action de l’Union africaine
Malgréla remise en cause de l’Accord d’Alger de 2015 par les autorités maliennes, l’Union africaine continue de privilégier le dialogue et les solutions politiques pour résoudre la crise.
Aujourd’hui, alors que les séparatistes du Nord sont devenus des alliés du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans(Jnim), certains experts s’attendent à un changement de discours après cette visite du président de la commission de l’Union africaine. L’Union africaine, il faut le préciser, voit la coalition JNIM–FLA ( indépendantistes touarègues) comme une évolution très préoccupante du conflit malien. Elle ne reconnaît ni la légitimité des offensives de cette coalition ni leurs revendications.
L’organisation continue de défendre l’unité territoriale du Mali tout en appelant au renforcement des efforts régionaux contre le terrorisme. Mais Aly Tounkara du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel souligne les limites structurelles et politiques de l’organisation.
« Il va être difficile de s’attendre à ce que l’Union africaine apporte un soutien du point de vue militaire ou même un soutien en termes de renseignement quand on sait que les différents pays membres de cette organisation ne sont pas forcément en phase entre eux même à fortiori de s’accorder sur un agenda quelconque vis à vis des pays comme le Mali », explique Aly Tounkara.
L’analyste estime qu‘ »il y a quand même de sérieux problèmes d’interférences, l’Union africaine étant grandement dépendante des bailleurs extra sahéliens. C’est une des difficultés majeures que l’organisation est censée franchir pour la pertinence et l’efficacité des différentes actions qui pourraient venir de l’Union africaine ».
Entre soutien diplomatique, appel à l’unité territoriale du Mali et contraintes politiques internes, l’Union africaine tente de faire entendre sa voix. Reste à savoir si cette visite marquera un simple geste de solidarité ou le début d’un engagement plus concret aux côtés de Bamako et les autres pays de l’AES.
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