Mali : l’impossible retour de l’armée française

Récemment, un haut gradé français expliquait au JDD que le métier de militaire consiste à anticiper et à élaborer des plans en vue de potentiels conflits. « Planifier des options fait partie de notre rôle lorsque les responsables politiques en expriment le besoin », détaille-t-il, alors que la situation sécuritaire se dégrade dans le nord du Mali. Le 25 avril, la ville de Kidal a été prise par des rebelles touaregs alliés à des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda. Depuis, la France observe avec attention l’évolution d’un pays qui pourrait devenir un sanctuaire du terrorisme. Si le Quai d’Orsay a demandé aux ressortissants de quitter le pays, Balard prépare-t-il des plans en vue d’une nouvelle intervention si l’État malien en faisait la demande, comme en 2013 ? « Je n’en ai jamais entendu parler », répond un officier.

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Un autre gradé ajoute : « Au regard de la manière dont nous avons été remerciés après avoir versé le sang de nos soldats, c’est surréaliste d’imaginer une intervention », insiste-t-il, alors que l’armée française a été contrainte de quitter le pays en 2022, sous la pression d’une junte arrivée au pouvoir quelques mois plus tôt. « Pourquoi irions-nous défendre une junte ? » interroge une source diplomatique française, alors même que les relations avec les autorités maliennes n’ont jamais été totalement rompues. « Nous avons toujours une ambassade à Bamako », rappelle-t-elle.

Un agent de la DGSE condamné à Bamako

Si le lien persiste, il paraît néanmoins difficile d’imaginer une aide venue de l’Hexagone, tant les tensions accumulées sont nombreuses. La justice malienne a condamné, vendredi 5 juin, un agent de la DGSE sous statut diplomatique à vingt ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État ». « Cette détention arbitraire est une agression », témoigne encore cette source anonyme. Par ailleurs, depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement d’Assimi Goïta refuse toute aide humanitaire en provenance de la France.

Pour l’heure, une nouvelle intervention tient
de la fiction

Il semble donc peu probable qu’il sollicite un soutien militaire alors même qu’il subit des revers stratégiques majeurs aux côtés de son allié russe et qu’un blocus menace la capitale, Bamako. Qu’en serait-il si le régime malien, fragilisé par la montée en puissance des djihadistes, venait à changer ? « Si le président de la République en faisait la demande, nous serions capables de formuler assez rapidement des propositions, car nous connaissons bien le pays et nous suivons attentivement la situation », répond un gradé, en précisant lui aussi qu’aucun plan n’est prêt.

Tandis que 58 militaires français ont perdu la vie au Sahel entre 2013 et 2022, notre interlocuteur poursuit : « Nous avons conservé notre expertise et nos travaux antérieurs. Nos dossiers n’ont évidemment pas été jetés à la poubelle. » Si une nouvelle intervention tient, pour l’heure, de la fiction, la France n’envisage pas d’y retourner seule : elle agirait uniquement dans le cadre d’une coopération internationale.

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