Malick GUEYE, vice-Président du CNP : « Le Sénégal a grand besoin de formation et (…)

Malick GUEYE, Vice-Président du Patronat sénégalais. Photo © DR

Au premier Forum économique PRICE, organisé le 29 et 30 avril à Paris, à l’initiative de l’ambassade, le Vice-Président du Patronat sénégalais Malick GUEYE a fait œuvre de pédagogie en invitant la diaspora à s’engager davantage pour faire face aux 400 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Entretien.

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Propos recueillis par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse

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APP – Voulez-vous nous dire quelques mots sur votre beau parcours professionnel et vos responsabilités actuelles ?

Malick GUEYE – Je suis ingénieur de formation et j’entreprends aujourd’hui dans le secteur des BPO (Business Process Outsourcing) et de l’intelligence artificielle en France et au Sénégal, comme dans la sous-région ouest-africaine, notamment en Sierra Leone et Côte d’Ivoire. C’est ce que l’on appelle aussi des centres de contact spécialisés dans la relation clients et la télévente, des clients basés en France principalement et en Afrique de l’Ouest.

À côté de mes activités d’entrepreneur, je suis impliqué au Sénégal dans plusieurs associations patronales, notamment le Conseil National du Patronat (CNP) dont je suis le Vice-Président. J’y préside la Commission « Formation, Emploi et Entrepreneuriat » et, à ce titre, je préside depuis cinq ans le fonds de formation professionnelle et technique au Sénégal.

Outre mes expériences dans le secteur privé, j’ai eu l’occasion de servir mon pays en étant Directeur des Grands Travaux au sein de l’APIX (Agence de Promotion des Investissements) au moment de sa création en l’An 2000, avant de diriger l’Agence de régulation des Télécoms du Sénégal, puis de retourner dans le secteur privé.

APP – Que peut-on dire de cette première édition du Forum PRICE auquel vous participez aujourd’hui à Paris à la Mairie du XVe arrondissement ?

Malick GUEYE – Ce Forum consacré à la Promotion des Investissements et à la Compétitivité économique (PRICE) est une excellente initiative de Son Excellence l’ambassadeur Baye Moctar DIOP, qui vient à son heure. Car nous savons que nous avons une diaspora très forte en France qui a non seulement des capacités et des talents, mais qui envoie aussi beaucoup d’argent au pays.

C’est donc une excellente idée de mettre en contact cette diaspora avec le secteur public, le secteur privé sénégalais et le secteur privé français qui investit au Sénégal. C’est une formidable initiative que de faire en sorte que ces différentes parties communiquent et parlent des opportunités qui s’offrent pour apporter de la compétence, du capital, des investissements pour créer des emplois au Sénégal.

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« Le secteur privé
a créé 90 % des emplois »

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APP – Car c’est le secteur privé qui crée le plus d’emplois…

Malick GUEYE – Parfaitement. Le secteur privé au Sénégal a créé 90 % des emplois. Comme je le soulignais tantôt dans mon panel, c’est en effet le secteur privé qui crée des emplois, qui prend des risques, qui investit et qui innove. On ne peut donc que se réjouir d’avoir été associé à cette initiative de Monsieur l’ambassadeur qui, comme il le disait dans ses conclusions, considère que l’administration gagne à s’ouvrir et à échanger avec les opérateurs économiques du secteur privé.

Nous sommes partenaires des politiques, des réformes, des projets, des programmes que l’Etat veut mettre en place pour répondre en amont aux préoccupations du secteur privé et assurer ainsi une exécution la plus efficiente.

Comme je le rappelais dans un panel, 90 % de la stratégie, c’est l’exécution. Si on associe en amont tous les acteurs, c’est beaucoup plus efficace pour identifier les freins et les points de friction, les anticiper, les lever et assumer une exécution la plus correcte possible.

APP – N’êtes-vous pas aussi le fondateur d’une société spécialisée dans l’IA ?

Malick GUEYE – C’est une initiative que l’on a lancée il y a deux ans à Paris et au Sénégal. C’est en réalité une plateforme de formation, augmentée par l’intelligence artificielle. Des pays ont mis des décennies, voire des siècles, pour construire leurs infrastructures de formation, construire des écoles et des centres et former des personnels à même de former.

En Afrique, et au Sénégal en particulier, nous avons un important retard en termes d’infrastructures, de capacités et de formateurs. Les États investissent beaucoup dans les infrastructures, mais il y a un grand besoin de former cette multitude de jeunes à la recherche d’un premier emploi…

Avec cette démographie que nous connaissons chez nous, où 75 % de la population a moins de 30 ans et 400 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail au Sénégal, comment faire face à cette problématique ? L’IA nous permet de décupler et de dupliquer ces formations. On n’est plus limité par les contraintes logistiques d’infrastructure.

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« Sans main-d’œuvre qualifiée,
personne ne viendra investir ! »

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APP – Concrètement, comment cela se -passe-t-il ?

Malick GUEYE – Le jeune qui se trouve à 400 km de Dakar peut être formé à distance, grâce à notre plateforme dédiée, à nombre de sujets sur son smartphone. Il restera alors environ 10 % purement pratique de la formation, qu’il aura déjà testée et pratiquée en réalité virtuelle, à finaliser dans des centres à Dakar, Thiès ou Tambacounda. Cela peut accompagner les efforts importants déjà entrepris dans ce domaine et les multiplier par dix ou par quinze. Notre société (Way2Tech.ai), dont je suis le fondateur, s’y emploie.

Le VP du CNP sénégalais, Malick GUEYE, lors de son entrevue avec le Grand Reporter Bruno FANUCCHI. Photo © DR

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Quand ces centres sont capables de former mille élèves, on les transforme en solutions portées par un agent de l’IA et, au lieu d’avoir un formateur pour trente personnes, vous allez démultiplier par autant d’agents de l’IA qui vont personnaliser la même formation pour dix ou quinze fois plus de personnels pour un coût nettement moins important.

Car nous n’avons pas le temps, comme cela a été fait en France, de prendre dix ans ou vingt ans pour refaire notre retard alors que notre population grandit.

APP – Quel est précisément votre message à l’adresse de la diaspora sénégalaise ?

Malick GUEYE – Tous nos compatriotes qui ont ici des compétences et ont accès à des niveaux de formation en France ou en Europe que parfois nous n’avons pas encore, je les invite à s’engager davantage et à renforcer de l’extérieur l’offre de formation sur ces plateformes de l’IA. Quelqu’un qui a en France une compétence spécifique qui n’existe pas au Sénégal, on prend tout de suite ce qu’il sait faire et on l’adapte à l’IA. Lui, avec son expertise bien sûr, corrige et ajuste le produit de formation qui devient disponible pour tous les Sénégalais… sans avoir besoin d’attendre quatre ou cinq ans la construction d’un centre de formation.

On crée ainsi une véritable dynamique pour le pays, pour les jeunes, qui va permettre d’avoir des gens qualifiés capables de supporter les investissements qui vont être faits dans le futur. Il nous faut donc des gens formés. Bien sûr, il faut de l’énergie pas chère, des infrastructures, des routes, des ports et des aéroports, mais cela ne suffit pas. Il nous faut de la main d’oeuvre qualifiée car, sans main d’oeuvre qualifiée, personne ne viendra investir !

APP – Comment fonctionne pratiquement votre système de formation avec l’IA ?

Malick GUEYE – L’IA n’est pas une « caisse à outils » que l’on donne à quelqu’un et qu’on laisse faire. Avec des directeurs de pédagogie et un encadrement professionnel, tout doit se faire sur instruction et sous contrôle Mais cela permet surtout de gagner énormément de temps. Là où quelqu’un mettait une semaine à concevoir un programme, grâce à l’IA on va pouvoir sortir des modules et des étapes de validation en quelques heures, mais tout cela est contrôlé.

On ne se substitue pas aux spécialistes du métier. On les aide tout simplement à pouvoir former dix ou quinze fois plus de personnes. Cela est très important à souligner. Les outils de l’IA ne sont pas des outils où l’élève reste passif, mais des outils interactifs et personnalisés. L’IA va ainsi donner – après un certain nombre de test – des cours à chaque personne selon son niveau. C’est comme si vous aviez un professeur pour vous tout seul !

EN SAVOIR PLUS :

www.way2tech.ai

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La XXIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 22)

se tiendra en deuxième quinzaine du mois de mai


Thème : Focus sur les atouts économiques de la Tunisie

Avec la participation confirmée de Son Excellence

M. Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France

Son Excellence Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France, durant son propos liminaire à l’ambassade de Tunisie, à l’occasion de la cérémonie des vœux de l’Alliance des Patronats francophones, le 22 janvier 2026. Photo © APF

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Contact partenariats et candidats panélistes :
alfred.mignot@africapresse.paris

06 43 19 12 05

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