Il y a 90 ans éclatait une guerre civile de trois ans en Espagne qui laissait des marques profondes sur la société espagnole. D’après le président de la République de l’époque, Manuel Azaña, de l’autre côté des Pyrénées, la « guerre a profondément divisé l’opinion publique, comme si la passion espagnole était contagieuse ».
Photo de couverture : Charles Maurras (geopolitica.ru)
Dès les premiers jours de la guerre, l’écrivain André Malraux réagit rapidement et, sans même réfléchir, il prend un avion pour Madrid et forme depuis l’aérodrome de Barajas l’escadrille « España » qu’il dirige afin de soutenir les républicains. L’auteur du Prix Goncourt 1933, La Condition humaine, est reconnu en Espagne pour son courage et son autorité, en prenant directement part aux batailles de Madrid et de Teruel. En novembre 1937, Malraux s’inspire de la victoire républicaine à Guadalajara et publie le roman L’Espoir, qui reste à ce jour une des références littéraires sur le conflit espagnol.
Face à un pacte de non-intervention franco-britannique inefficace, le Parti Communiste Français organise depuis Paris le recrutement des Brigades Internationales, et les premiers contingents étrangers arrivent sur le sol espagnol en octobre 1936. Dans ce contexte et depuis Albacete, un autre Français, André Marty commande et forme les troupes volontaires d’une main de fer afin de les préparer aux combats contre les troupes professionnelles de Franco.
Mais son rôle reste controversé et sa réputation sulfureuse. Il se montre autoritaire, violent, à l’insulte facile, et ne craint pas de menacer, d’emprisonner, voire de faire exécuter quiconque ne respecterait pas ses ordres, ce qui lui vaut même de se faire affubler du surnom de « boucher d’Albacete ».
L’engagement par la plume par Bernanos, Mauriac, Maurras et Brasillach
Hormis l’action directe dans les combats, d’autres choisissent la plume pour témoigner de ce qu’ils observent. C’est le cas d’un autre écrivain français, Georges Bernanos, profondément catholique, qui assiste depuis les îles Baléares aux évènements espagnols. D’abord favorable au coup d’Etat, Bernanos est rapidement bouleversé par les exactions nationalistes et « le régime de terreur » qu’est en train d’installer Franco. Excédé, l’écrivain décide de narrer et dénoncer « le charnier » qu’est devenue l’Espagne, dans son roman Les grands cimetières sous la lune, publié en avril 1938.
La trajectoire de François Mauriac, lui-aussi fervent catholique, est également originale. Après avoir dénoncé le projet d’intervention de Léon Blum en Espagne dans Le Figaro du 25 juillet 1936, il s’insurge progressivement des différentes atrocités commises par les troupes de Franco sur les territoires contrôlés. Ébranlé dans ses convictions, ce sont les bombardements fascistes au printemps 1937, et notamment celui de Guernica, qui le font définitivement basculer dans une opposition au Caudillo et à sa « croisade » religieuse. Pour lui, le catholicisme n’a rien à voir avec les crimes des franquistes et, au même titre que Bernanos, il est une des voix dissonantes des catholiques français.

Car il faut le dire, les prises de position de Bernanos et Mauriac sont restées rares. Beaucoup de conservateurs français voient d’un bon œil le soulèvement nationaliste et certains, comme Charles Maurras ou Robert Brasillach, n’hésitent pas à soutenir et faire l’éloge du général Franco, perçu et présenté comme le sauveur de la chrétienté européenne menacée, à leurs yeux, par la révolution communiste. Maurras, leader de L’Action Française, rédige un essai Vers l’Espagne de Franco, dans lequel il présente le Caudillo comme le premier vainqueur du communisme, tandis que Brasillach co-écrit avec Maurice Bardèche une Histoire de la guerre d’Espagne sans la neutralité des historiens de profession.
Un avant-goût de collaboration : le projet Laval
Certains hommes politiques ont pour leur part choisi de manœuvrer dans la clandestinité pour apporter leur soutien en Espagne. C’est le cas de Pierre Laval, tristement connu pour la collaboration qu’il a menée avec les nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale, qui proposait à Franco dans une lettre rédigée en avril 1937 une « offre de collaboration » afin de lutter contre le communisme.
Promettant de tout faire pour faciliter une propagande favorable au Caudillo en France et présentant déjà dans le maréchal Pétain le sauveur de la France, cette initiative donnait un avant-goût de la collaboration française envers les puissances fascistes. Il n’est alors en rien étonnant de voir Philippe Pétain comme le premier ambassadeur français sous le régime franquiste.
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