« Manipulatrice », « animal blessée » : des descriptions contadictoires de Sabine Béraud jugée pour tentative d’infanticide

L’émotion était au rendez-vous mardi après-midi à la cour d’assises de la Martinique. Des photos des blessures infligées aux trois enfants de l’accusée ont été diffusées à l’assistance. L’une des voisines a fondu en larmes dans la salle d’audience mais aussi Sabine Béraud. Face à la cour, la mère de famille pleure essuie ses larmes avec un mouchoir, et cache son visage dans sa main.

Une réaction qui résume toute l’ambiguïté de son comportement.

Pour maître Laurence Vieyra qui représente l’association Les Enfants d’Abord, certains sont symptomatiques d’une forme d’éducation par la violence encore trop intégrée dans les pratiques antillaises :

Très souvent, ce qui est plaidé, en tout cas par les personnes qui sont poursuivies, c’est que les corrections, les violences aux enfants, l’éducation rigoureuse, l’éducation « à l’Antillaise », elle est ancrée dans notre culture. Le législateur français, depuis 2019, lui, dit qu’il est interdit de violenter les enfants. Donc, des poursuites sont légitimement entreprises à l’encontre des contrevenants. Mais c’est vrai que lorsqu’on entend les réponses qui sont faites par les personnes poursuivies, c’est très banalisé. C’est extrêmement banalisé. Le corps de l’enfant est à disposition. On le gifle, on le frappe, on le punit, on le violente, on lui parle mal, on l’insulte, on le dénigre et on met tout ça sous le compte de l’éducation

« Une manipulatrice »

D’un côté, pour l’une des policières interrogées, l’accusée est, une « manipulatrice », aux propos contradictoires et mensongers. Selon elle, cette femme, en grande difficulté, était très bien entourée, suivie par une trentaine de travailleurs sociaux et psychologues.

« On a tout le temps fait le nécessaire pour cette personne et si vraiment elle était à bout, elle avait la possibilité de se faire aider »

Maître Nathalie Nadir, avocate des parties civiles se montre moins catégorique dans son jugement sur l’accusée mais pointe tout de même la pleine conscience de Sabine Béraud :

Dans le cadre de l’affaire qui nous occupe, on sait qu’il y a un souci parce que cette dame était probablement en crise quand elle a commis des actes sur ses enfants. Mais le reste du temps, elle n’est pas privée de sa conscience. Elle est en pleine réalité avec nous, là. Par exemple, à cette audience, elle entend ce qui se passe, elle sait très bien. C’est une jeune femme intelligente. Vous avez entendu qu’elle a eu un diplôme. Donc, ce n’est pas non plus quelqu’un qui est en marge de la société parce qu’elle aurait un psychique qui serait absent

Un oncle compatissant

Un portrait qui contraste avec celui dressé par l’oncle de l’accusée. Affirmant être le seul à aller la voir au parloir, il a expliqué que si sa nièce ne se rappelle pas des faits, elle regrette tout de même son geste. 

Selon lui, il s’agirait d’un « incident de parcours »

Elle a tellement souffert d’injustices, c’est un animal blessé… je suis peut-être le seul à ne pas avoir peur de Sabine, je suis le seul à la défendre. Tout le monde l’a lâchée

Une thèse que met en avant également l’avocat de la défense, maîte Max Bellemare :

J’attends qu’on comprenne la situation de cette femme. J’attends qu’on comprenne que ce n’est pas une mère qui a décidé de tuer ses enfants, que c’est une femme, je dirais comme on pourrait dire, c’est une formule un peu bateau, un peu facile de dire: Les mamans solos sont souvent des mamans sous l’eau et qu’elle n’a pas tenu. Elle a craqué un moment

Il s’inquiète également de l’absence de mesures intermédiaires dans l’arsenal de sanction de la justice pour sa cliente :

La justice va se dire: On ne peut pas la laisser en liberté parce qu’il y a des enfants, même s’ils sont placés. En hôpital psychiatrique, sa santé s’est améliorée parce qu’elle a été en hôpital psychiatrique, parce que lorsqu’elle a été arrêtée, le médecin qui s’est prononcé et a dit: On ne peut pas la maintenir en garde à vue parce que son état de santé ne permet pas qu’elle soit maintenue en garde à vue. Le problème, c’est que je dirais qu’ils n’ont pas d’autres solutions parce qu’il faudrait une situation intermédiaire entre l’hôpital psychiatrique et la détention. Surtout que nous savons que les conditions de détention sont déplorables

Sabine Béraud est jugée depuis lundi pour tentative de meurtre sur trois de ses enfants (deux jumelles âgées de 2 ans à l’époque et un nourrisson de 5 semaines) et trois voisines. Des faits commis le 29 novembre 2022 dans un immeuble du quartier Dillon à Fort-de-France.

L’audience reprend demain matin, à 8h… plusieurs témoins seront entendus dont la mère de l’accusée.


Des enfants pris en charge

En marge du procès, maître Nathalie Nadir qui représente les trois enfants de l’accusée et le père du benjamin de la fratrie a donné de leurs nouvelles :

Les enfants sont dans leur innocence. Ils ont compris qu’ils doivent évoluer dans un autre cadre. Les jumelles sont placées en famille d’accueil. À priori, les informations que j’ai, c’est qu’elles sont épanouies. Le dernier petit garçon, Maïwan, est avec son père. Il grandit bien, il voit ses sœurs. Il y a des rencontres qui sont faites tous les 15 jours pour garder un peu de cellule familiale

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