« Mon père m’a promis un vélo si j’étais premier à l’école » : meilleur élève de Guinée au bac, Ibrahima vise la Sorbonne ou HEC
“Dans le quartier, on nous prenait comme exemple. On disait qu’on était les intellos du coin.” Ibrahima Sory Condé se souvient encore très bien de son enfance à Conakry, en Guinée, où il a grandi jusqu’à ses 17 ans. Plus précisément, c’est dans le quartier populaire d’Yimbaya qu’habitait Ibrahima. “Là-bas, l’éducation n’est pas forcément au centre des priorités, la plupart des jeunes sont à la débauche”, raconte l’étudiant.
Chez lui, au contraire, l’école est une priorité. Ibrahima est le quatrième enfant d’une fratrie de cinq. “Mes parents ont tout fait pour qu’on réussisse à l’école, parce qu’eux n’ont pas forcément eu cette chance. Il fallait faire des études, obtenir des diplômes et réussir sa vie”, raconte-t-il. Pour cela, ils leur imposent une discipline rigoureuse :“On allait à l’école, puis on rentrait directement à la maison pour réviser. On ne faisait qu’une pause pour manger. Même les jeux d’enfants, c’était compliqué”, se souvient-il. Dès l’école primaire, Ibrahima fait partie des meilleurs élèves de sa classe. “Chez nous, sortir du top 3 n’était même pas envisageable.”
Lors de sa dernière année de primaire, le père d’Ibrahima le pousse davantage. “Il me promet un vélo si je finis premier de la classe à la fin de l’année. Tous mes amis en avaient un, moi non. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je gagne.” Ibrahima termine en tête de sa classe. “Ça a été un déclic. À partir de là, j’ai toujours voulu être le meilleur.”
Pour son collège, il vise le Lycée d’excellence Professeur Alpha Condé. “Pour moi et ma famille, c’était l’élite de l’élite. Personne autour de nous n’y était allé”, confie-t-il. Ibrahima est admis au concours et y découvre un niveau scolaire plus élevé. “La première année, je suis cinquième de la classe. Il me manquait des connaissances de base.” Ibrahima redouble d’efforts : pendant les vacances, notamment, il travaille les programmes à l’avance. “J’ai commencé à être encore plus exigeant envers moi-même que mon père ne l’était avec moi. En deuxième année, j’ai retrouvé ma première place, que j’ai gardée jusqu’au bac.”
À son arrivée au lycée, Ibrahima entend parler d’une bourse permettant de partir étudier au Maroc après le baccalauréat. En Guinée, ce sont les 20 meilleurs élèves au baccalauréat qui la décrochent. “Je me suis dit : ‘Je veux être le premier de toute la Guinée au baccalauréat’. Étudier à l’étranger représentait la réussite pour moi”, assure-t-il. Et pour y parvenir, il pousse encore plus loin ses sacrifices. Ibrahima ne prend aucun jour de vacances et prend des cours particuliers en philosophie, mathématiques et français. “Avant la rentrée de terminale, j’avais déjà terminé le programme. Après les cours, je retournais étudier à l’école jusqu’à 4 heures du matin. Je dormais à peine deux heures. Ma mère me disait que j’allais devenir fou. Mais moi, je me répétais que je dormirais plus tard.”
En 2024, lorsque les résultats du baccalauréat tombent, Ibrahima est premier de Guinée, avec 16,97 de moyenne et la mention très bien. “Ma famille n’y croyait pas. En quelques jours, toutes les radios et les télévisions étaient dans notre quartier. C’était complètement fou”, raconte-t-il avec fierté.
Grâce à la bourse, il part donc étudier au Maroc, en licence de sciences économiques et de gestion, à l’université Chouaïb Doukkali d’El Jadida. Ibrahima valide son année avec 16,84 de moyenne. Mais il avait déjà une autre idée en tête : poursuivre ses études dans une grande université ou école française. “Intégrer la Sorbonne ou HEC, pour moi, c’est un rêve. En Guinée, la Sorbonne représente quelque chose de très prestigieux.”
Ibrahima n’ayant pas de bourse pour partir en France, ses parents décident de financer son départ. Via Campus France, il obtient une place en licence AES à l’université de Nîmes pour la rentrée 2025. “J’avais candidaté à la Sorbonne, mais mon dossier a été refusé parce que mon projet professionnel n’était pas assez clair.” En France, Ibrahima jongle entre les études et le travail. Les week-ends, il est caissier dans une enseigne de prêt-à-porter pour aider ses parents à financer ses études. Cela ne l’empêche pas de terminer major de promotion, avec 16,7 de moyenne.
Aujourd’hui, Ibrahima n’a toujours pas abandonné son rêve. “J’ai de nouveau candidaté à la Sorbonne en licence 2 Économie-gestion”, glisse-t-il. Et pour la suite, ses idées sont plus précises. “J’aimerais faire un master en finance. Pourquoi pas à HEC ?” Ibrahima en est convaincu : “Il faut toujours rêver grand et viser l’excellence. J’ai toujours voulu accomplir ce que personne autour de moi n’avait encore osé faire”.
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