Mondial 2026: Convaincre un binational est un «travail de séduction» pour Haïti

«Les portes de la sélection sont ouvertes»: trouver puis convaincre des joueurs binationaux est un «travail de séduction» et de «persuasion» de longue haleine pour les sélectionneurs, notamment pour Sébastien Migné à la tête de la sélection de Haïti. Il explique à l’AFP faire face à une situation nationale complexe.

Convaincre des joueurs binationaux est un «travail de séduction» pour Sébastien Migné.

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A noter que parmi les joueurs de la sélection haïtienne figure le Fribourgeois Keeto Thermoncy (20 ans), qui porte les couleurs des M21 des Young Boys en Promotion League.

Sébastien Migné, comment identifiez-vous les joueurs qui vous intéressent?

«Il faut partir à la pêche aux renseignements, trouver des joueurs aux ascendances haïtiennes puis les ‘scouter’ à travers des plateformes disponibles. On a besoin aussi de suivre les matches pour voir si leur profil correspond à notre projet de jeu. Puis, nous allons les voir en présentiel pour voir si notre intuition télévisuelle est confirmée, aller à leur rencontre, voir si cela peut matcher en terme d’état d’esprit. Les portes de la sélection sont en permanence ouvertes pour rentrer et sortir. C’est d’abord un travail de construction pour bien définir et établir les projets de la sélection.»

Comment les convaincre?

«Il faut comprendre les difficultés de ces garçons à faire un choix. On doit donc montrer toutes nos capacités de séduction et ne jamais rien lâcher pour qu’ils viennent avec nous. Il faut faire en sorte de faciliter leur intégration, de trouver le bon timing pour les mettre en confiance. C’est un autre univers pour les joueurs qui évoluent en Europe car avec la sélection ce sont souvent des terrains synthétiques et aux Caraïbes c’est un climat différent. Il y a toujours un moment d’adaptation, quel que soit le talent du joueur.»

Comment avez-vous convaincu des joueurs comme Wilson Isidor (Sunderland) ou Jean-Ricner Bellegarde (Wolverhampton), qui évoluent en Premier League?

«Pour Isidor, cela a été un travail de longue haleine, cela fait plus de deux ans que j’essaye de le séduire, c’est le cas aussi pour Bellegarde, qui sont des talents et ont joué en sélection jeunes avec les Bleus. Ce sont des garçons qui n’ont jamais foulé le sol haïtien. J’ai dû les rassurer sur l’organisation autour de la sélection, je leur ai présenté le projet le plus clairement possible pour leur démontrer que depuis deux ans nous avons franchi un cap en terme de professionnalisme et que le conditions ne différeront pas de ce qu’ils connaissent en club.»

Quelles sont vos marges de manoeuvre sur ce sujet avec la fédération?

«J’essaye de mettre une pression relative aux dirigeants concernant les voyages, l’accueil dans les hôtels. Il faut qu’on se mette au niveau pour recevoir ce type de joueurs et un bond énorme a été fait depuis deux ans sur ces sujets.»

En revanche, vous n’avez pas réussi avec Odsonne Edouard, l’attaquant du RC Lens?

«Odsonne n’a pas encore pris sa décision concernant son choix pour Haïti (il n’est pas dans la liste pour le Mondial, NDLR). Bien malgré nous, on doit continuer à avancer sans lui. Je respecte sa décision bien évidemment. Nous devons avancer pour la Coupe du monde. On l’espère l’avoir plus tard pour les prochaines sélections.»

Une fois les joueurs identifiés, comment gérez-vous le suivi à distance?

«Je ne me suis pas rendu à Haïti, j’ai donc suivi le championnat à distance. J’ai des rapports réguliers de la direction technique nationale à propos des joueurs du championnat. Je n’ai pas de méthode particulière, c’est simplement une adaptation à avoir car cela diffère des autres sélections (Congo Brazzaville, Kenya, Guinée équatoriale) où j’avais l’habitude de vivre dans le pays et de participer à la détection des talents locaux. Ce travail, je dois le faire à distance, il faut savoir déléguer, j’ai des émissaires haïtiens sur place par exemple.»

Et pour les joueurs des autres championnats?

«Nous avons des logiciels performants, j’ai donc après chaque match le résumé toutes les semaines d’une quarantaine de joueurs qu’on suit. C’est un gros travail de recherche et de visionnage de manière à être au courant de tout. Même s’ils jouent partout dans le monde (Equateur, USA, France, Angleterre, Turquie…), il faut avoir des contacts réguliers -une fois par semaine – avec eux pour échanger sur leur prestation en club et pour qu’ils sachent ce que j’attends d’eux en sélection.»


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