Niger : ‘’Hangandi’’ ou gavage, une quête de la rondeur séductrice, malgré les risques de santé

Par Haoua Abdoulaye

Niamey, 21 avril (ANP)- ‘’Hangandi ou Mani’’ est une pratique de gavage des femmes encore très répandue à des fins séductrices dans certains milieux au Niger où la rondeur est souvent associée à la beauté ou la réussite sociale.

Ce gavage consiste à surconsommer des aliments nutritifs et bourratifs auxquels on ajoute souvent des compléments alimentaires et des stimulants de l’appétit pour se donner une corpulence.    

Dans plusieurs régions du Niger, notamment dans les zones rurales, des jeunes filles sont soumises à cette tradition avant le mariage, selon la Présidente des femmes engagées de la Région de Tillabéri, Mme Aïssatou Adamou.

‘’Le gavage est très répandu dans nos coutumes. Au-delà de son côté séducteur, les femmes le pratiquent aussi pour se vanter, pour montrer aux autres femmes que leurs maris s’occupent bien d’elles. Quand un homme veut donner sa fille en mariage, il regarde d’abord la mère du beau-fils si elle est bien ‘’nourrie’’ et ‘’potelée’’ pour avoir la certitude que sa fille sera bien nourrie ’’, clarifie   cette dépositaire des valeurs traditionnelles.

Les femmes sont soumises à un régime calorifique souvent à base du son du mil appelé ‘’Dobou’’ en  Zarma ;  de la bouillie traditionnelle du mil et des mixtures concentrées et souvent fermentées du son de mil appelées ‘’Zori’’.

 Mais la consommation des céréales et des aliments dérivés est souvent jugée lente dans le processus de prise de poids par les candidates à la rondeur séductrice, fait remarquer Mme Aïssatou Adamou.

Expliquant que : ‘’de nos jours cette tradition de consommation des céréales est délaissée par les jeunes’’ car ‘’aujourd‘hui les substances avec lesquelles les femmes font leur gavage sont des produits médicamenteux qui attisent l’appétit, connus sous leurs noms locaux, comme ‘’GNAWA GA HEIN, COP KAAMA, ZINGUI-ZUIGUI, des sirops dynewell et du HYDEXA… ».

 « Au bout de quelques jours de gavage, tu vas voir le corps de la femme prendre de la masse. Et si cette pratique est prolongée sur une longue durée, elle peut ouvrir la voie à des maladies, comme l’obésité ou même des maladies cardio-vasculaires ou le diabète, avertit-elle.

Dans certaines localités du pays, il existe même des pratiques collectives du gavage sous forme de compétition, explique Mme Safi, Présidente d’un collectif féminin appelé ‘’Groupement Salmahara’’.

« Chaque année, un concours de gavage est organisé dans notre entourage. Les femmes candidates vont en brousse pour chercher des plantes qu’elles préparent elles-mêmes selon des recettes que nous leur donnons pour avoir un mélange que nous appelons ‘’Tontolba’’ qu’elles consomment avec   du poulet’’, détaille-t-elle.

Pour le sociologue et spécialiste en communication, M. Alou Aye Issa, ‘’la femme africaine coquette doit répondre au critère de rondeur’’.

‘’Toute les femmes sont, à la limite, dans l’obligation de répondre à ces critères d’appréciation des hommes, de la communauté, de la société pour être aussi au même diapason que tout le monde’’, observe-t-il.

Notant : ‘’donc la femme doit se donner les moyens pour pouvoir se gaver au maximum, de développer une partie de leur corps ou l’ensemble de leur corps afin de répondre à ces critères, à    cette appréciation de la société et de la communauté’.

Pour le sociologue, ‘’Ce phénomène a beaucoup évolué parce que dans le temps c’était un phénomène qui s’imposait à la femme de deux niveaux :  il  y ’a des jeunes filles qui veulent se marier  ou une femme après accouchement qui a l’obligation de répondre aux exigences de corpulence.’’

‘’C’est un phénomène extrêmement ancré dans notre communauté au point où les femmes surtout après les maternités qui n’arrivent pas à être rondes à la sortie de la quarantaine ; une femme moins forte est vue comme moins coquette et mal vue. Elle est stigmatisée, et mise au banc des accusateurs et elle est régulièrement indexée au regard de la société’’, fait-il observer.

Relevant qu’ ‘’on constate aujourd’hui, malheureusement, toutes les jeunes filles qui ont envie de paraître parce que c’est un des critères de coquetterie, c’est un des critères d’appréciation positive de la femme du point de vue social ou un élément de choix pour les hommes africains ou du Niger d’une manière générale’’ s’y adonnent.

Ajoutant : ‘’on constate que le gavage est aujourd’hui à la portée de toutes et c’est pratiquement difficile de voir une fille qui ne soit pas dans cette politique de vouloir paraître ronde. Nos marchés de  »pharmacie par terre » sont inondés de produits pharmaceutiques pour assister et pour aider à avoir d’embonpoint’’.

Pour sa part, le médecin spécialiste du Conseil National de l’Ordre des Médecins du Niger, Dr Hima Bagouari Aboubacar explique que, ‘’’les rondeurs sont vues comme signe de beauté, de richesse pour beaucoup des femmes et aussi une préférence chez certains hommes et aussi de la famille qui l’imposent, cependant, cette pratique a des conséquences néfastes sur la santé’’.

 Le praticien insiste sur la sensibilisation de la population sur les risques de ce phénomène ,à court terme, qui crée des troubles digestifs comme le vomissement, la diarrhée (constipation), des étouffements, des infections diverses et de détresse respiratoire et à long terme, il est source d’obésité  liée à une mauvaise alimentation qui accélère la morbidité de l’hypertension, le diabète, l’AVC, infarctus du myocarde et aussi des problèmes au niveau des articulaires (Arthroses)’’

‘’On peut éviter tout ceci en renforçant la promotion de la santé pour le bien être, sensibiliser les hommes et les femmes surtout ces dernières, en insistant sur les risques de mort, de promouvoir l’alimentation équilibrée selon l’âge, moins de sel, moins de sucre, faire des activités physiques régulières 3 à 4 fois par semaine et de contrôler son poids par rapport à la taille’’, conseille- t-il.

 HA/CA/ANP 0187 Avril 2026

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