Niger : mariage en milieu Touareg : des rites, des codes et des symboles qui particularisent cette société matriarcale

Niamey, 31 juil. (ANP)- La célébration du mariage chez la communauté Touaregs obéit à des rituels précis, d’activités culturelles et festives spectaculaires qui donnent l’occasion de magnifier les valeurs de la famille, de la solidarité et du pouvoir féminin dans cette société matriarcale.

Abdourahamane Gabidan, Directeur du Musée National Boubou Hama de Niamey fait savoir que le processus du mariage chez les Touareg se déroule suivant des rituels traditionnels précis : demande en mariage, cérémonie religieuse, et des festivités qui sont tout aussi codés et chargés de sens.

Le mariage dans ces milieux est avant tout la continuité de la lignée et la solidarité entre les familles, note-t-il.

‘’Au-delà de l’union entre deux personnes, le mariage a une portée de cohésion sociale et elle lie aussi des familles, des communautés’’.’ Le mariage est considéré comme une alliance stratégique entre deux lignées, un contrat spirituel devant Dieu et une célébration esthétique de l’identité culturelle et comme dans toutes les sociétés à dominance musulmane, fait-il savoir.

La première manche était les démarches de demande qui restaient en  »coulisse » avant leur officialisation avec l’acceptation du  »collier ». Il prenait la forme de cadeau en numéraire ou en nature.

Tout commençait par des échanges entre les deux futurs fiancés : le premier pas est effectué par le garçon qui confie son projet à ses parents qui envoient une délégation auprès de la famille de la jeune fille. C’est la phase de demande en mariage.

 Chez les Touaregs, ‘’les négociations de la dot sont un aspect essentiel du mariage au cours desquelles les familles et les partenaires établissent un accord sur la valeur du contrat matrimonial. Cette contrepartie est payée en nature par le passé, rappelle l’homme de culture Gabidan, lui-même issu de cette communauté nomade.

Le mariage est officialisé par la cérémonie religieuse qui regroupe les parents des deux parties. Cette phase marque le moment où l’union devient légitime aux yeux de la communauté. Par la suite, il donnait lieu aux cérémonies de réjouissance au cours desquelles tant les habillements, les mets culinaires, les chants et danses sublimaient l’identité touareg.

‘’Les mariages sont célébrés par des chants et des danses, et les festivités peuvent durer plusieurs jours allant jusqu’à une semaine, le tout dans une ambiance festive et chaleureuse. Ces rites sont des éléments fondamentaux de la culture touareg, elles sont des cérémonies traditionnelles qui reflètent leur identité culturelle et leur mode de vie nomade’’, explique le Directeur du musée national du Niger.

Le jour des noces, le jeune marié portera pour la première fois le turban pour passer toute la journée, entouré de ses amis et parents se soumettant à un régime au minima -sans trop manger ni trop boire-en limitant ses paroles et à cet instant-là, qu’il est devenu un homme et il va commencer á jouir de sa capacité d’homme’’, renseigne l’homme de culture.

Au milieu de roulements des tam-tams, des you-yous, du son tendé, dans une sorte de concurrence, les différents parents du marié dévoilent, la solidarité fonctionnant à fond.

La jeune mariée pour sa part est enveloppée dans un voile qu’on appelle ‘’ALLECHO’’ portant des bijoux en or, le tout se déroule dans une ambiance de fête au cours de laquelle elle reçoit elle aussi des cadeaux en or et des têtes de bétail de ses parents.

La nuit venue, par le passé, la jeune mariée est conduite à la maison nuptiale à dos de chameau ou de l’âne ou encore à dos de chevaux.

Chez les touareg, ‘la construction de la tente nuptiale appelée ‘’Ehan’’, est un évènement social majeur confié aux femmes. Elle repose sur un savoir-faire précis, l’assemblage d’une armature en bois et la disposition minutieuse de nattes en fibres végétales et de peaux aussi, cette tente appartient entièrement à l’épouse et se transmet traditionnellement de mère en fille symbolisant son autonomie et son nouveau statut’’, documente M. Abdourahamane Gabidan .

Enfin, ‘’une fois le mariage scellé, les parents jouent un rôle de soutien moral, ils assurent l’accompagnement des jeunes mariés dans leur installation, ils veillent à la bonne entente des familles et interviennent en cas de désaccord pour préserver l’harmonie, ils continuent d’assister les mariés, notamment en cas de tension au sein du couple, ‘’ce sont les parents et les sages qui font office de médiateurs pour trouver une solution afin que la paix règne dans leur foyer’’.

 ‘’ Dans ce milieu c’est la femme qui choisit son partenaire, c’est elle aussi qui construit sa maison donc tous les biens appartiennent à la femme même en cas de divorce, c’est la mère, l’oncle de la mère et le neveu de la mère qui sont les personnes les plus importants dans le processus du mariage ‘’, relate le directeur du musée national, relevant que de nos jours ces principes reposant sur le matriarcat sont en train de partir’’.

Pour le fonctionnaire de la culture, le matriarcat est fondé sur le lait, c’est un régime social, où la mère est le chef de famille, c’est elle qui détient l’autorité principale et une transmission par la lignée maternelle et celui du patriarcat ‘’père’’ est fondé sur le sang, où les hommes détiennent les pouvoirs économiques ainsi que l’autorité dans les sphères privées et publiques.

Sur cette logique de la société, le mariage est monogamique, donc la polygamie n’est pas permise dans la société d’avant parce que c’est rare de voir un touareg avec deux femmes donc cette portée est liée à nos coutumes’’, énonce-t-il.

‘’ Les femmes touareg sont respectées par leurs maris, c’est notre tradition, c’est notre culture, c’est pourquoi on dit que les hommes touareg sont esclaves de leurs femmes des ‘’Bayoun Mata’’ alors que ce n’est pas dans ce sens-là mais plutôt parce que notre culture nous oblige à le faire, la femme doit être bien traitée’’, témoigne-t-il.

HA/CA/ANP 0360 Juillet 2026

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