Océan Indien : quand l’Inde et la France partagent une même stratégie indo-Pacifique au Sommet IOD 10 de l’IORA. L’édito de Michel Taube
Il fut un temps où l’océan Indien semblait périphérique dans les grandes équations géopolitiques mondiales. Ce temps est terminé.
Du Golfe à l’Afrique orientale, des routes énergétiques aux câbles sous-marins, des tensions maritimes à la transition climatique, l’océan Indien est devenu l’un des théâtres centraux du XXIᵉ siècle. Et si l’Inde entend bien y tenir un rôle majeur, la France aussi compte y jouer sa participation.
Depuis presque dix ans, Emmanuel Macron, – et l’on ne peut soupçonner l’auteur de ces lignes de macronisme aigü -, a véritablement déployé une vision indo-Pacifique de la France. Pas toujours suivi par les corps constitués de notre pays, le chef de l’Etat joue un rôle d’avant-garde, ce dont la France tirera profit bien au-delà de son mandat.
La France est souvent perçue, à tort, comme extérieure à cette région. Or elle est une puissance résidente de l’océan Indien grâce à La Réunion, Mayotte et ses territoires ultramarins. Elle participe à la commission de l’océan Indien qui réunit les pays au large du sud-est de l’Afrique.
Inde, Indonésie, Japon… Le président français fait preuve de volontarisme visionnaire. Et le couple franco-indien fonctionne en grande harmonie.

Ainsi, en accueillant à New Delhi, les 7 et 8 mai 2026, la 10ᵉ édition du Indian Ocean Dialogue (IOD-10) sous le thème “Indian Ocean Region in a Transforming World”, New Delhi s’est assurée de la présence de la France en la personne de Jean-Claude Brunet, envoyé spécial français pour la coopération régionale dans l’océan Indien [notre photo] dont l’intervention a été saluée. À New Delhi, le représentant du président français a rappelé l’engagement de Paris en faveur de la sécurité maritime, de la gestion des risques climatiques, de l’économie bleue, et de la stabilité régionale.
Organisé par le ministère indien des Affaires étrangères, en collaboration avec l’Indian Council of World Affairs (ICWA) et le secrétariat de l’Indian Ocean Rim Association (IORA), le Dialogue a réuni ministres, diplomates, experts stratégiques et décideurs venus de toute la région.
L’Inde affirme sa doctrine MAHASAGAR
Le Dialogue de New Delhi avait une importance particulière cette année : l’Inde assure désormais la présidence de l’IORA (l’Association des États riverains de l’océan Indien) pour la période 2025-2027, organisation composée de 23 pays riverains de l’Océan indien, dont la France.
Les interventions inaugurales de Sarbananda Sonowal, ministre indien des Ports, du Transport maritime et des Voies navigables, de Dhananjay Ramful, ministre mauricien du Commerce et de l’Intégration régionale, ou encore du ministre yéménite Waleed Mohammed Al Qadimi, ont toutes insisté sur une même idée : aucun État ne pourra stabiliser seul cet immense espace maritime.
À travers sa vision dite MAHASAGAR (Mutual and Holistic Advancement for Security and Growth Across Regions), le gouvernement indien cherche à articuler sécurité maritime, développement économique, coopération régionale et souveraineté stratégique.
Derrière les discussions techniques sur la sécurité maritime, l’économie bleue, les investissements ou les risques climatiques, une réalité s’impose : la bataille pour l’influence mondiale passe désormais par les océans.
Piraterie, tensions géopolitiques, catastrophes climatiques, sécurité alimentaire, chaînes logistiques, cybersécurité maritime : les défis sont désormais interconnectés.
Et particulièrement dans l’Océan indien.
Près de 80 % du commerce mondial des hydrocarbures transite par l’océan Indien. Les nouvelles rivalités stratégiques entre puissances s’y déploient déjà. On le voit avec la guerre en Iran et la prise d’otage du détroit d’Ormuz. La Chine y avance ses infrastructures et ses ambitions navales. Les États-Unis y maintiennent leur vigilance militaire.
Le véritable enseignement de ce 10ᵉ Indian Ocean Dialogue est peut-être là : les mers ne sont plus simplement des espaces commerciaux. Elles redeviennent des espaces politiques.
Qui contrôle les flux maritimes contrôlera demain une partie de la croissance mondiale, de l’énergie, des données numériques et des équilibres stratégiques.
L’Inde l’a compris.
La France également.
Et elles partagent une même vision : celle d’un espace multipolaire, stable et coopératif.
Dans un monde fracturé, instable, traversé par les rivalités technologiques et militaires, l’océan Indien pourrait devenir soit une zone de confrontation permanente, soit un laboratoire inédit de coopération entre démocraties, puissances régionales et nations émergentes.
New Delhi et Paris veulent croire à la seconde option. Et au vu de la mobilisation des pays membres de l’IORA, cette ambition n’apparaît plus comme un simple discours diplomatique.
Michel Taube

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