Les manières de faire la guerre ont largement évolué ces dernières, offrant une place de choix aux drones de combat. L’armée française tente de suivre cette évolution rapide en augmentant le nombre d’appareils fabriqués et en formant de plus en plus de pilotes spécialisés.
Les drones de combat ont pris une place extrêmement importante dans les conflits armés ces dernières années. Ces appareils sont très utilisés dans les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.
L’occasion de faire un point sur l’équipement français. La France dispose de 3.000 drones. L’année prochaine, le pays compte en commander 15.000 de plus. Mais le problème pour l’armée française repose sur le nombre de pilotes capables de les faire voler. L’objectif est d’en recruter 6.000 d’ici la fin de l’année.
L’adjudant Paul fait partie des pilotes déjà formés du 61e régiment d’artillerie. « Le drone arrive un peu partout, et en voyant des collègues qui faisaient du drone first person view (à la première personne, ndlr), j’ai voulu m’y mettre », explique-t-il sur RMC.
L’Ukraine en possède beaucoup plus
La maîtrise de l’appareil nécessite « un entraînement régulier », prévient l’adjudant Paul. « Avant de pouvoir faire voler un drone cinq pouces de manière sécuritaire, on demande au minimum 20 heures de vol sur simulateur. » Une fois les heures effectuées, les apprentis pilotes doivent d’abord se former sur des petits drones, avant de passer « assez vite » sur « les drones cinq pouces », un plus gros modèle, davantage utilisé.
L’équipement français est très faible par rapport à celui de l’Ukraine par exemple. Le pays de Volodymyr Zelensky, en guerre, a produit 4 millions de drones en 2025. Elle devrait en produire 7 millions cette année.
Les États-Unis, qui disposent du plus grand budget militaire au monde, n’ont que 100.000 drones. Un chiffre assez bas à l’échelle d’un si grand pays. Il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter pour la France selon le chef d’état-major de l’Armée de terre Pierre Schill.
« Je conteste la notion de décalage, dans le sens où l’Ukraine et la Russie sont en guerre et mettent toutes leurs forces dans cette évolution. Nous, qui sommes en paix, on ne peut pas s’organiser. Je ne peux pas demander, demain, aux fabricants de machine à laver de fabriquer des drones », justifie le général Pierre Schill.
Les industriels demandent davantage de commandes
La priorité n’est pas dans la quantité, mais sur la technologie en elle-même selon lui: « L’enjeu, pour les pays qui ne sont pas en guerre, est de suivre cette évolution extrêmement rapide qu’il y a autour des drones et plus largement de la robotisation sur les champs de bataille. »
Les drones à la première personne se pilotent avec un casque spécial, équipé de lunettes de vue à la première personne. Pour fabriquer ces drones, il faut passer par des acteurs privés.
Le directeur marketing de l’entreprise Safran Michael Soulat reconnaît que la France avait « un peu de retard » sur ce type de drone. Mais le secteur se « structure ». Il évoque notamment le pacte drone signé entre les armées françaises et les industriels.
« Il faut peut-être formaliser ce pacte, regagner un peu de souplesse dans les cadres réglementaires », nuance Michael Soulat.
Ce dernier estime notamment que « la mise en œuvre, l’entraînement et le développement ne sont pas des choses aisées » aujourd’hui. En cause, le flux de commandes est, selon lui, « encore limité ».
Des économies dans l’armement
Un changement de stratégie dans l’armement français est en train d’être opéré. Jusqu’ici les industriels fabriquaient des missiles high-tech, de l’artillerie haute précision, un secteur dans lequel la France a un grand savoir faire. Mais ce n’est pas forcément adapté à la guerre d’aujourd’hui, comme l’explique Marianne Renaux, experte dans le secteur des drones et de l’aéronotique.
Elle évoque notamment « une massification » des appareils qui n’avait pas été « anticipée ». « La guerre en Ukraine nous a permis de voir que peut-être au lieu d’avoir un avion ou un drone multimission, il était peut-être utile d’avoir aussi des petits drones plus dédiés à une certaine mission, qui sont plus simples, moins chers et plus faciles à produire », avance Marianne Renaux.
Le développement des drones est effectivement moins coûteux. Pendant la guerre au Moyen-Orient, les Rafales français déployés aux Émirats Arabes unis ont abattu plusieurs dizaines de drones, mais ils l’ont fait en tirant des missiles qui valent près d’un million d’euros. Les drones, eux, ne coûtaient que 30.000 euros en moyenne.
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