Or : le Burkina Faso crée un fonds souverain pour porter des investissements de long terme

Porté par la hausse des cours de l’or et par une volonté croissante de souveraineté économique, le Burkina Faso mise sur un fonds souverain minier pour transformer une partie des revenus extractifs en investissements de long terme. Cette initiative intervient alors que les acteurs nationaux renforcent progressivement leur présence dans l’exploitation industrielle du métal jaune.

Le Burkina Faso accélère sa stratégie de souveraineté économique autour de son secteur aurifère. Réuni le 21 mai, le Conseil des ministres a adopté un décret portant création du Fonds souverain minier d’investissements du Burkina Faso (FSMIB), baptisé « Siniyan-Sigui ». Le mécanisme prendra la forme d’un compte d’affectation spécial destiné au financement de projets industriels et d’infrastructures, avec les premiers investissements attendus à partir de 2027.

Selon le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, le fonds sera alimenté par les recettes additionnelles générées lorsque les cours des minerais dépasseront les seuils de référence fixés par l’État. Les excédents dégagés au-delà de ces niveaux seront ainsi orientés vers des investissements de long terme, dans une logique inspirée des fonds souverains mis en place par plusieurs pays producteurs de matières premières.

Pour les autorités burkinabè, l’objectif est de transformer « les rentes minières en levier de développement durable et de souveraineté économique au profit des populations du Burkina Faso ». Le compte rendu du Conseil des ministres précise également que le fonds devra permettre de « financer de manière autonome des infrastructures stratégiques et la relance industrielle nationale », mais aussi de « renforcer la souveraineté financière du Burkina Faso et améliorer sa notation souveraine ».

Reprendre la main sur les revenus miniers

Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de réorganisation du secteur extractif engagé par les autorités de transition depuis 2022. Malgré son statut parmi les principaux producteurs d’or d’Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso faisait face à une situation où une part importante des revenus issus des mines était captée à l’extérieur du pays, sous forme de rapatriement des profits par les groupes internationaux.

Dans ce modèle, les retombées locales restaient limitées, aussi bien en matière de création de valeur que de transfert de compétences ou de développement d’un tissu industriel national autour de la chaîne minière. Pour Ouagadougou, la question dépasse désormais la seule collecte de recettes fiscales et touche directement à la souveraineté économique ainsi qu’à la maîtrise des ressources stratégiques.

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La création du FSMIB intervient d’ailleurs dans un contexte où les autorités multiplient les initiatives visant à accroître le contrôle national sur les actifs miniers. À travers la Société de participation minière du Burkina Faso (SOPAMIB), l’État contrôle déjà trois mines industrielles, marquant une rupture progressive avec plusieurs décennies de domination quasi exclusive des opérateurs étrangers sur l’exploitation industrielle de l’or.

Une montée en puissance des opérateurs burkinabè

Le paysage minier burkinabè connaît en parallèle une transformation progressive du profil de ses acteurs. Avant 2022, une seule mine industrielle était exploitée par un opérateur national : la mine de Karma, portée par Riverstone Karma et détenue par Élie Ouédraogo.

À fin 2025, le pays comptait quinze mines industrielles en production pour une production totale estimée à 51,5 tonnes d’or. Parmi elles, six seraient désormais détenues majoritairement par des acteurs burkinabè, soit 40 % du parc minier industriel national.

Cette progression traduit une évolution notable dans un secteur historiquement structuré autour des capitaux étrangers. Pour les autorités, l’enjeu consiste désormais à consolider cette montée en puissance des opérateurs locaux tout en utilisant les revenus miniers comme levier de transformation économique.

Au-delà de l’effet d’annonce, le défi sera toutefois de garantir une gouvernance suffisamment crédible et transparente du futur fonds souverain. Dans plusieurs pays riches en ressources naturelles, ces mécanismes ont parfois été fragilisés par des usages budgétaires de court terme ou par une faible capacité à orienter durablement les revenus extractifs vers des investissements productifs. Pour Ouagadougou, la réussite du FSMIB dépendra donc autant des volumes de recettes mobilisés que de la capacité de l’État à inscrire cet outil dans une stratégie industrielle cohérente et soutenable.

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