C’est une rencontre entre les traditions africaines et européennes, orchestrée par le pianiste, guitariste, chanteur et compositeur congolais Ray Lema. Il dévoile un nouvel album intitulé tout simplement Passion Congo. Un disque comme un CV musical où le pianiste de 80 ans, et presque autant d’années d’expérience pianistique, déploie avec précision ses connaissances musicales, fruits de toute une vie passer à jouer et à apprendre avec la curiosité d’un débutant.
Dès ses débuts à l’orgue dans les églises, l’enfance de Ray Lema à Kinshasa a été nourrie par les traditions musicales congolaises mais aussi par le répertoire classique européen : Mozart, Chopin, Bach, Beethoven… Sur Passion Congo, il fusionne ces deux univers, entouré de six musiciens italiens de haut niveau : un quatuor à cordes, un saxophone soprano et des percussions qui forment l’ensemble Partage.
Ray Lema avait déjà joué avec des orchestres symphoniques et des formations de musique de chambre, mais il se considère toujours comme en apprentissage. Il en parlait au micro de Joe Farmer dans l’émission L’épopée des musiques noires sur RFI : « Le problème des cordes, c’est qu’il y a énormément d’articulations différentes. Ce n’est pas comme la guitare, où il suffit de prendre son plectre et ça fonctionne… Le violoniste, il faut lui expliquer que quand on envoie l’archet vers le haut, c’est une articulation qui sonne très différemment de quand on l’envoie vers le bas. Et ça change aussi selon si on s’approche ou si on s’éloigne du sillet. Il y a mille articulations dans les cordes, donc moi je me sens étudiant dans cet univers. »
Une écriture et une composition complexes et exigeantes
Le pianiste ne se pose pas simplement en soliste avec les cordes derrière, en accompagnement. Ici, tous les musiciens interagissent avec le piano, un vrai dialogue se crée avec Ray Lema qui s’efface même parfois derrière l’ensemble Partage à qui il laisse le devant de la scène. Ses interventions sont parfois très discrètes, seulement pour maintenir un ostinato à la basse ou appuyer les contre-temps. Le tempo change en cours de morceaux, la tonalité aussi, les musiciens superposent des mélodies différentes avant de se rejoindre à l’unisson… Une écriture riche et joyeuse, où l’on sent tous les musiciens à l’écoute les uns des autres.
Au-delà du jazz et de la musique classique, Ray Lema s’amuse aussi avec la salsa, comme dans le morceau « Salsa Gombo », mais aussi avec la rumba congolaise qui lui colle à la peau. Ici l’Afrique est présente dans les mélodies, la rythmique, les accentuations et la sensation de transe. Il en parlait également dans l’émission L’épopée des musiques noires sur RFI.
« J’ai la rumba en moi, forcément ! Tu ne peux pas être congolais et vivre dans la cité de Kinshasa sans avoir la rumba en toi. A Kinshasa, les haut-parleurs sont tournés vers la rue, jamais vers l’intérieur de la maison. Donc quand on traverse la cité, on passe d’un morceau de rumba à l’autre. Tout le temps, tout le temps, tout le temps. C’est ça la vie d’un Kinois ! » s’exclamait-il.
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