« Pendant une heure, je me mets à vomir de la mousse » : la drogue du viol circule de plus en plus en Guadeloupe

Néons qui balaient la piste de danse, musique à plein volume… En discothèque, en festival ou en concert, la fête bat son plein. Mais parfois, en quelques minutes, la soirée peut virer au cauchemar. Une trentenaire en a fait l’expérience il y a quelques années, lors d’une sortie en boîte de nuit. Après avoir bu quelques gorgées de son verre, son état se dégrade brutalement.

« Pendant qu’on danse, on parle avec mon pote et, à un moment donné, il me demande si ça va. Je lui dis au même moment : « Je ne sais pas, mais je ne me sens pas bien du tout et j’ai du mal à tenir debout. » Pendant une heure, je me mets à vomir de la mousse blanche. »

Victime de soumission chimique

Sur le moment, la jeune femme ne comprend pas ce qui lui arrive. Aujourd’hui, avec le recul, elle est convaincue d’avoir été victime de soumission chimique.

« Je suis restée groggy, littéralement, deux jours, avec la tête lourde. Mais ça ne ressemble pas à une gueule de bois, j’étais sonnée. Surtout que tu te dis : je n’ai pas déposé mon verre. Qui a bien pu mettre quelque chose dedans, à part peut-être la personne au bar ? Tu te dis que tu n’es même pas en sécurité là. »

Victime de soumission chimique

Récemment, après une soirée organisée le week-end dernier (samedi 25 juillet), plusieurs participants ont évoqué des symptômes similaires. L’une des personnes présentes raconte.

Contacté, l’organisateur n’a, pour l’heure, pas répondu à nos sollicitations.

Une gorgée, puis le trou noir…

Le GHB est souvent cité lorsqu’il est question de soumission chimique. Incolore et quasiment inodore, il peut provoquer des troubles de la mémoire ou une perte de connaissance. Mais d’autres produits, notamment certains médicaments, peuvent aussi être utilisés. Dans tous les cas, l’objectif est le même : altérer la vigilance ou le discernement d’une personne à son insu.

Sur notre territoire, les signalements se multiplient ces dernières années. Pour les professionnels du secteur, la question est devenue incontournable.

« Il y a deux ans, on a participé à une campagne de prévention par l’affichage et des actions de sensibilisation. Beaucoup de personnes pensent que cela n’arrive qu’aux autres, mais c’est un problème sociétal. Ce n’est pas uniquement cette drogue-là. Expliquer ce qu’est cette drogue et ses conséquences, je pense que c’est ce qui manque. »

Christian Georges Henry-Léo, président de Syndipros (Syndicat de l’événementiel, de la restauration et des discothèques)

Face à ce risque, la prévention s’invite aussi au cœur des événements. Comme sur ce festival, où les fêtards sont sensibilisés aux bons réflexes notamment aux protections de verre.

« On le prend sur les côtés, on l’étire bien et on le pose sur le gobelet. Ça permet d’éviter l’introduction de produits stupéfiants dans les boissons. »

Mélina Gounouman, coordinatrice des interventions extérieures au Planning Familial de la Guadeloupe

Informer, échanger, distribuer du matériel de prévention… Les associations constatent une évolution des comportements depuis quelques années.

« Quand on a commencé en 2017, c’était difficile d’aller vers les personnes, car elles ne se sentaient pas forcément concernées. Maintenant, elles viennent nous réclamer des protections de gobelets parce qu’elles savent qu’il y a ce problème-là. »

Mélina Gounouman, coordinatrice des interventions extérieures au Planning Familial de la Guadeloupe

Du côté de la gendarmerie, le message est le même : au moindre doute, il faut agir rapidement.

« C’est surtout un message de prévention à l’égard des festivaliers. Déjà, on fait attention à son verre et on évite de le passer de festivalier à festivalier. Si possible, on met une paille, un couvercle et, au moindre symptôme, on se présente au poste de secours. »

Capitaine Steven Kichenama, commandant adjoint de la compagnie de gendarmerie du Moule

Professionnels de la nuit, associations et forces de l’ordre misent désormais sur la prévention et la vigilance collective.

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