PM malien : « il faut déconstruire certaines perceptions sur le Mali »

À l’occasion de l’ouverture du Forum panafricain des médias (FOPAME), le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga a livré un plaidoyer en faveur d’une « déconstruction » de certaines perceptions entourant le Mali, sa transition politique et l’Alliance des États du Sahel (AES). Devant des professionnels des médias venus de plusieurs pays africains, il a défendu la trajectoire engagée par les autorités maliennes et appelé à une lecture qu’il estime plus conforme aux réalités du pays.

À l’heure où le FOPAME place la question du récit au cœur des débats, Abdoulaye Maïga a transposé cette réflexion au cas malien. Le Premier ministre malien a ainsi consacré une large partie de son intervention à déconstruire plusieurs perceptions relatives à la transition, à la politique extérieure du Mali et à l’Alliance des États du Sahel (AES).

« Je voudrais insister sur trois idées qui méritent d’être déconstruites », a-t-il déclaré devant les participants réunis à Bamako pour cette première édition du forum.

« La transition a un cap »

La première idée que le chef du gouvernement malien entend contester concerne la transition politique engagée depuis 2020. Selon lui, l’affirmation selon laquelle la transition malienne manquerait de vision ou de direction ne correspond pas à la réalité.

Pour étayer son propos, Abdoulaye Maïga a rappelé les précédentes transitions qu’a connues le Mali, en 1978, en 1991 et en 2012, avant l’ouverture de celle engagée en 2020. À ses yeux, cette succession de périodes transitoires témoigne de la nécessité de s’attaquer aux causes profondes des crises récurrentes qui ont affecté le pays au cours des dernières décennies.

Il a notamment mis en avant les Assises nationales de la refondation, dont sont issues 517 recommandations, ainsi que la Vision Mali 2063, présentée comme le cadre stratégique destiné à orienter les politiques publiques à long terme.

Le Premier ministre malien a insisté sur le fait que les autorités actuelles considèrent la transition comme une conséquence de difficultés structurelles accumulées au fil des années et non comme une fin en soi.

« Une transition constitue toujours une conséquence et jamais la cause », a-t-il affirmé, expliquant que l’objectif poursuivi consiste à s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité et du sous-développement. « Notre but est d’appliquer les 517 recommandations des Assises nationales de la refondation ainsi que la Vision 2063 », a-t-il ajouté.

Réfuter l’idée d’un Mali isolé

Deuxième idée à déconstruire : celle d’un Mali coupé du reste du monde. Le chef du gouvernement malien a rejeté cette lecture, qu’il juge incompatible avec la réalité diplomatique du pays.

La participation de délégations venues de plusieurs États africains ainsi que la présence de représentants étrangers au FOPAME constituent, selon lui, une illustration de l’ouverture du Mali.

Il a rappelé à cette occasion les trois principes régulièrement mis en avant par les autorités maliennes : la défense de la souveraineté nationale, le libre choix des partenaires et la prise en compte des intérêts vitaux du peuple malien dans les décisions stratégiques.

Pour Abdoulaye Maïga, la diversification des partenariats ne saurait être assimilée à une logique de rupture ou d’isolement. « Ouvert à tous les acteurs ne veut pas dire que l’on subit », a-t-il résumé.

Cette approche, a-t-il souligné, s’inscrit dans une volonté d’ouverture fondée sur le respect mutuel et la préservation des intérêts nationaux.

L’AES comme expression du panafricanisme

Le troisième point développé par le Premier ministre concerne l’Alliance des États du Sahel, créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Selon lui, l’AES fait l’objet d’interprétations qu’il convient également de déconstruire. Abdoulaye Maïga a notamment rejeté l’idée selon laquelle cette alliance aurait été conçue comme un instrument dirigé contre d’autres organisations régionales africaines comme la CEDEAO.

À ses yeux, l’AES doit au contraire être comprise comme l’expression d’une vision panafricaine et comme une réponse aux défis sécuritaires auxquels sont confrontés les trois pays.

Le Premier ministre malien a présenté cette initiative comme un cadre destiné à renforcer la coopération régionale et à contenir la menace terroriste dans l’espace sahélien. « L’AES n’est pas un instrument anti-africain. L’AES est un instrument du panafricanisme », a-t-il affirmé.

Il a également salué la vision des dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger, estimant que leur démarche vise avant tout à consolider la stabilité régionale et à renforcer la coopération entre les peuples du Sahel.

Médias, souveraineté et lutte contre la domination

Au-delà de ces trois axes, Abdoulaye Maïga a établi un lien direct entre la question des médias et celle de la souveraineté.

Dans le prolongement des réflexions soulevées lors de la cérémonie inaugurale, il a établi un lien direct entre la question des médias et celle de la souveraineté.

Le chef du gouvernement malien a notamment repris la grille de lecture distinguant plusieurs fronts de confrontation contemporains : sécuritaire, économique et médiatique.

Dans cette perspective, l’information apparaît non seulement comme un enjeu de communication mais également comme un facteur de puissance et d’influence.

Abdoulaye Maïga a ainsi invité les journalistes à mesurer la portée des récits qu’ils contribuent à diffuser. « Lorsqu’ils écrivent, lorsqu’ils transmettent, lorsqu’ils mettent en relief certains propos, ils doivent se demander s’ils servent une cause nationale ou une cause allant dans le sens de la domination », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre malien a également appelé à rejeter « massivement » toute forme de domination et d’impérialisme, estimant que les peuples africains doivent pouvoir définir eux-mêmes leur trajectoire et leurs priorités.

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