Sur le papier, il s’agit d’une visite d’amitié et de travail entre deux pays voisins. Mais le contexte lui confère une portée particulière. Bassirou Diomaye Faye effectue ce déplacement quelques semaines après avoir pris la présidence tournante de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), alors que le Mali n’appartient plus à cette organisation régionale depuis son retrait, avec le Burkina Faso et le Niger, effectif depuis janvier 2025.
Cette rencontre intervient alors que les relations institutionnelles entre la Cedeao et les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) restent profondément transformées.
Une visite bilatérale, pas une négociation entre la Cedeao et l’AES
Les autorités des deux pays ont tenu à préciser que cette rencontre relevait exclusivement des relations entre le Sénégal et le Mali.
Le président sénégalais n’était pas accompagné d’une délégation de la Cedeao et le général Assimi Goïta ne s’exprimait pas au nom de l’Alliance des États du Sahel. Cette précision est importante. Elle montre que, malgré les divergences institutionnelles, les États de la région continuent à privilégier le dialogue bilatéral pour traiter des sujets d’intérêt commun.
La sécurité reste la priorité
Le principal défi demeure la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel. Le Mali fait face depuis plusieurs années à des attaques de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique, ainsi qu’à des affrontements avec certains mouvements armés indépendantistes.
Ces derniers mois, la situation s’est encore tendue avec une reprise des offensives dans plusieurs régions du pays. Pour le Sénégal, voisin directement concerné par la stabilité régionale, la coopération sécuritaire avec ses partenaires demeure un enjeu majeur.
Des enjeux économiques très concrets
La visite a également permis d’aborder une question essentielle : la circulation des marchandises. Le Mali, qui ne dispose pas d’accès à la mer, dépend largement du port de Dakar pour ses importations. Or les attaques répétées contre les axes routiers reliant Kayes à Bamako perturbent fortement les échanges commerciaux. Au-delà de la diplomatie, la sécurité de ces corridors conditionne une partie de l’activité économique des deux pays.
Le Sénégal cherche à préserver le dialogue régional Depuis son arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye défend une diplomatie qui privilégie le dialogue entre les États de la sous-région. Son déplacement à Bamako illustre cette volonté de maintenir des canaux de discussion avec l’ensemble des acteurs régionaux, y compris avec les pays qui ont quitté la Cedeao.
Cette approche ne remet pas en cause les positions respectives des organisations régionales, mais traduit une réalité géographique et politique : les défis sécuritaires, économiques et migratoires dépassent les frontières institutionnelles.
Un équilibre diplomatique délicat
Pour Dakar, l’exercice est particulièrement sensible. Le Sénégal demeure un membre influent de la Cedeao tout en partageant une longue frontière, des échanges économiques importants et une histoire commune avec le Mali. Dans ce contexte, maintenir une relation de confiance avec Bamako constitue un intérêt stratégique, sans pour autant effacer les nouvelles lignes de fracture apparues en Afrique de l’Ouest depuis les différents coups d’État survenus dans la région.
La visite de Bassirou Diomaye Faye rappelle ainsi qu’au-delà des organisations régionales, le dialogue entre États voisins demeure un levier essentiel pour répondre aux défis communs du Sahel.
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