Pourquoi les jobs saisonniers séduisent de nouveau ces jeunes : « J’ai trouvé ma stabilité dans l’instabilité » – Edition du soir Ouest-France

Longtemps associés à de la précarité et à des conditions de travail difficiles, les emplois saisonniers séduisent à nouveau les jeunes, notamment via les réseaux sociaux. Derrière ce regain d’intérêt se dessinent une nouvelle façon d’envisager le travail et un mode de vie : voyager, multiplier les expériences, les rencontres et gagner en liberté.

Il y a deux ans, Eva travaillait à l’hôpital. Aujourd’hui, elle enchaîne les saisons entre la montagne, l’hiver, et le bord de mer, l’été. Comme elle, de plus en plus de jeunes perçoivent les emplois saisonniers comme un style de vie à adopter plus qu’un simple job d’été, relate un article du quotidien 20 Minutes.

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« J’ai trouvé ma stabilité dans l’instabilité »

Après cinq années passées comme infirmière en réanimation, Eva, 26 ans, a tout quitté. Interrogée par l’édition du soir, elle explique : « J’ai connu la stabilité avec un CDI. Aujourd’hui, j’ai trouvé ma stabilité dans l’instabilité. J’aime cette liberté qui me permet de choisir quand je veux travailler, dans quel endroit et dans quel domaine. Pour moi, les saisons, ce n’est plus une parenthèse, c’est vraiment ma vie. »

Depuis deux ans, elle enchaîne les saisons d’hiver et d’été. Sur TikTok, Instagram, et sur son blog Bagage cabine, Eva partage son quotidien de saisonnière. « Je veux raconter mon expérience et casser certains clichés. Les saisonniers ont parfois cette réputation de personnes instables qui veulent profiter du chômage ou qui passent leur temps à faire la fête. Je veux montrer que c’est un véritable mode de vie, mais que ce n’est pas fait pour tout le monde. »

Pour elle, les réseaux sociaux permettent de mieux faire connaître le milieu des saisons, à condition de rester transparente sur les difficultés.

« Je veux aussi montrer les longues heures de travail, la fatigue, l’éloignement des proches, la précarité ou encore l’incertitude de trouver une saison. Cette vie offre beaucoup de liberté, mais elle demande aussi beaucoup en échange. »

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Les réseaux sociaux changent le regard porté sur les saisons

Depuis plusieurs mois, les vidéos de saisonniers se multiplient sur les réseaux sociaux. Ils y montrent leurs journées de travail, leur logement, leurs collègues ou encore les activités à faire en dehors de leurs heures de travail. Longtemps associés à des conditions difficiles, les emplois saisonniers retrouvent ainsi une image plus positive auprès des jeunes.

Laura Krasniqi, directrice générale de la plateforme Ohmyseason, contactée par l’édition du soir, observe directement ce regain d’intérêt pour les jobs saisonniers. « Par rapport à l’été dernier, nous enregistrons + 300 % d’inscriptions quotidiennes. 68 % des nouveaux inscrits ont entre 18 et 25 ans. Les jeunes ont vu que c’était une nouvelle manière de travailler. Ils peuvent voyager, apprendre dans de nouveaux secteurs et rencontrer de nouvelles personnes. »

Pour elle, les vidéos publiées sur les réseaux sociaux participent à cet engouement et permettent aux jeunes de mieux comprendre ce qu’est réellement une saison.

« C’est un mode de vie que beaucoup de jeunes diplômés ne connaissent pas. Dans un monde où le stress des études et de l’emploi est important, ça permet de montrer qu’il existe d’autres façons de vivre avant de s’engager dans un CDI. », confie Tom, 22 ans, régisseur de bar, dans des festivals de musique. Lui aussi partage son quotidien sur les réseaux sociaux. Régulièrement, il reçoit des messages de jeunes qui souhaitent se lancer dans cette aventure et qui demandent conseil pour trouver une saison.

À la recherche d’une expérience

Si les emplois saisonniers permettent toujours aux jeunes de gagner un peu d’argent, leurs motivations, elles, semblent avoir aussi évolué. « Aujourd’hui, les candidats recherchent surtout une expérience. Ils regardent l’ambiance d’équipe, le cadre de travail, la proposition d’un logement, puis le salaire. Avant, on vivait pour travailler. Maintenant, les jeunes veulent profiter, tout en travaillant. », explique Laura Krasniqi.

Ce qui a plu à William, 27 ans, saisonnier dans une entreprise de loisirs extérieurs dans le Finistère, c’est le fait de pouvoir rencontrer de nouvelles personnes : « En saison, les liens se créent très vite et on garde souvent des contacts sur le long terme. » Ce que confirme Tom : « C’est un moyen de gagner de l’argent tout en s’amusant avec des jeunes de tous horizons, de découvrir des métiers, des pratiques et des cultures. On intègre une petite famille pendant trois à six mois. »

Employé polyvalent dans un port de plaisance à Anglet, Eneko, 24 ans, insiste quant à lui sur la durée limitée du contrat qui fait selon lui aussi partie des avantages. « Les jobs saisonniers offrent plus de liberté, moins de contraintes et moins de responsabilités qu’un CDI. Et si le travail ne plaît pas à 100 %, ce n’est pas grave puisqu’il y a une date de fin. »

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« Le travail n’a plus la même place dans leur vie »

Ce regain d’intérêt pour les emplois saisonniers, les structures qui accompagnent les jeunes vers l’emploi l’ont également observé. Marie Laizet, chargée du dispositif Job Saison au sein de la mission locale Avenir Jeune Ouest Côtes-d’Armor, a constaté une forte fréquentation lors de son dernier forum consacré à l’emploi saisonnier. « 800 visiteurs sont venus. Le travail saisonnier devient une solution, analyse-t-elle. Le CDI ne les fait plus rêver. Le travail n’a plus la même place dans la vie des jeunes. » 

Selon elle, les employeurs ont également joué le jeu en faisant évoluer leurs pratiques. « Il y a un réel investissement de certains employeurs pour fidéliser les salariés, que ce soit sur la qualité de vie au travail ou la reconnaissance. Les jeunes ont envie de s’engager, mais il faut aussi qu’on les considère. »

L’hôtellerie-restauration reste le principal secteur qui attire les jeunes, aux côtés de l’animation, de l’agriculture, des espaces verts et des collectivités. Les postes de serveur, d’employé polyvalent, de barman et d’animateur figurent parmi les plus recherchés par les candidats.

Dans un article publié par 20 Minutes, ce phénomène est résumé sous le terme de seasoning. Il désigne une nouvelle façon de considérer le travail saisonnier, non plus comme un simple job étudiant mais comme un nouveau mode de vie assumé.


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