pourquoi les richesses minières ne suffisent pas au développement de la Guinée

Enfin ! La Guinée tient sa revanche sur l’histoire. Désormais, l’or guinéen sera raffiné en Guinée. L’annonce de la plus haute autorité du pays a été accueillie avec une telle ferveur que beaucoup pensent déjà à la sortie de la pauvreté. Youpi, enfin le développement s’écrient-ils.

Il faut dire que nous avons une relation particulière avec les ressources naturelles. Chaque découverte, chaque projet minier, chaque inauguration nous donne l’impression que le paradis est à deux kilomètres, juste après le rond-point de la Tannerie.

Cette fois, c’est l’or. Hier, c’était le fer. Avant-hier, c’était le diamant, la bauxite. Demain, ce sera peut-être les terres rares. À ce rythme, la Guinée devrait être la Suisse, le Qatar et la Norvège réunis. Pourtant, les nids-de-poule continuent d’organiser leurs congrès sur nos routes, les ordures construisent des buildings dans nos quartiers, l’eau potable reste une denrée plus précieuse que le métal jaune et des hôpitaux continuent d’être mouroirs.

C’est là que revient à l’esprit le vieux conte de Karibi. Ça vous dit ?

Karibi était un brave homme, ou plutôt un brave paresseux. Il rêvait d’être riche sans avoir à transpirer. Un sorcier lui offrit des montagnes d’or. En échange, ses enfants devaient porter le poids de cette richesse sous forme de terribles infirmités. Karibi accepta sans réfléchir. Plus tard, il comprit que l’or ne guérissait pas les souffrances de ses enfants. Il rendit sa fortune et choisit ce qu’il avait méprisé : le travail, la santé et la dignité.

Heureusement, nous ne sommes pas Karibi. Enfin, pas tout à fait.

Nous savons que l’or raffiné ne remplace pas un professeur dans une salle de classe. Nous savons qu’un lingot ne soigne pas un malade. Nous savons qu’une raffinerie n’éteint pas les coupures d’électricité ni ne remplit les robinets à sec.

Enfin… nous le savons en théorie.

Car en pratique, dès qu’une nouvelle mine ouvre, certains commencent déjà à compter les milliards avant même de compter les écoles. On célèbre les tonnes extraites avec plus d’enthousiasme qu’un taux de réussite scolaire. On admire les chiffres des exportations comme s’ils allaient eux-mêmes réparer les routes et ramasser les ordures de Bouba, le Facebookeur.

La vérité est pourtant têtue. La richesse d’un pays ne se mesure pas seulement à ce qui sort de son sous-sol, mais surtout à ce qui entre dans la tête de ses enfants.

Raffinons donc notre or en Guinée. Très bonne idée. Mais profitons-en aussi pour raffiner notre administration, notre système éducatif, notre justice, notre santé publique et parfois même notre sens critique.

Sinon, nous risquons de découvrir, comme Karibi avant nous, qu’il est possible de dormir sur un tas d’or tout en restant pauvre de l’essentiel. Et le sorcier, cette fois, ne viendra pas reprendre les lingots. Il nous laissera simplement contempler, depuis nos mines, tout ce que nous aurions pu devenir.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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